Les couvents d’eau claire, d’Ivan Salamanca

Dans Les couvents d’eau claire, Ivan Salamanca fait une telle distinction entre le Pape et l’homme. Pour ce faire, il se met dans la tête du Pape Benoît XVI qui, le 28 février 2013, en renonçant au trône de Pierre, de Pape devient pape émérite.

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Les couvents d’eau claire, d’Ivan Salamanca

Publié le 4 septembre 2019
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Par Francis Richard.

Il y a tout juste trente ans un livre intitulé Les deux corps du roi, écrit par Ernst Kantorowicz, publié initialement en anglais en 1957, était traduit en français et publié aux éditions Gallimard, sous la direction de Pierre Nora.

Dans cet Essai sur la théologie politique au Moyen-Âge, l’historien allemand expose la conception médiévale de la royauté qui distingue deux corps en la personne du roi :

– son corps de roi, terrestre et mortel
– son corps de Roi, politique et immortel.

Dans Les couvents d’eau claire, Ivan Salamanca fait une telle distinction entre le Pape et l’homme. Pour ce faire, il se met dans la tête du Pape Benoît XVI qui, le 28 février 2013, en renonçant au trône de Pierre, de Pape devient pape émérite.

Un choix irrévocable

Ce que ressent Benoît XVI après ce choix irrévocable, commence avec son départ de Rome en hélicoptère pour le palais de Castel Gandolfo, au bord du lac d’Albano, où il va attendre que le conclave (cum clave) lui donne un successeur.

Il n’est plus Benoît, il est Aloisius. Avant de rejoindre le monastère Mater Ecclesiae, il a quelques jours devant lui pour se préparer. Avant que la fumée blanche ne s’élève, l’émérite barbote tout de même entre deux états, et tâche de se situer…

Quand son successeur est connu, il s’adresse intérieurement à lui : Le pape émérite n’est pas mort, il te regarde ; et plus haut que nous nous observe le Souverain Juge. Bonne chance l’Argentin. Ma place est dans ton ombre. Tu ne seras pas seul…

Aloisius se sent libéré : Benoît est oublié bien vite, et probablement aurait-il souhaité que l’ombre de François ne provoque pas une telle éclipse. Cependant, quel calme ! Quel repos, et quel temps à disposition pour vaquer à ses méditations…

Quand Aloisius rejoint Mater, il se sent moins contraint que Benoît à Sixte-Quint, dans les palais pontificaux. Naguère, pendant huit ans, il fut écrivain du Dire de l’Église, qui est une bâtisse faite avant tout de mots. Maintenant il écrit la suite :

En deux mois, il a bien changé. Ses mots ne sont plus les mêmes. Il se sent léger, impie et rempli de piété. Poète. Il renaît comme une flammèche sur le papier vibrant du monde – et ici-même sur le papier du livre. Le ciel peut se montrer bien généreux – alors le jeu laborieux est un éblouissement, une cataracte d’eau fraîche.

La poésie ? Elle libère. Elle ne sert pas à pêcher des hommes : elle sert à piocher de l’or. Il faut toujours reprendre, toujours creuser, toujours apprendre et toujours laisser filer ; mais il y a ces fulgurantes pépites qui tombent du ciel…

Les couvents d’eau claire, Ivan Salamanca, 152 pages, Éditions de l’Aire.

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