Reggae : Jamaican Deejays, les sound-system heroes (8)

Nous clôturons notre série estivale sur le reggae avec un article bonus sur les deejays.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Daddy U-Roy Reggae Artiste Sits in Empress' Studio with EMPREZZ

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Reggae : Jamaican Deejays, les sound-system heroes (8)

Publié le 18 août 2019
- A +

Par Selecta Nardus.

Au commencement étaient les sound systems. Des années 1940 à aujourd’hui, ils ont fait la musique jamaïcaine, popularisé et ringardisé tous les styles.

Un sound-system normalement constitué, c’est :

  • un patron, populaire comme Prince Buster, businessman hors pair comme Coxsone Dodd et Duke Reid, ou virtuose comme King Tubby ;
  • un matériel de pointe, des murs d’enceintes et des énormes caissons de basse pour faire trembler le quartier ;
  • les meilleurs tubes du moment, ceux que les adeptes des sounds (les « massive ») veulent entendre ;
  • de la bière fraîche pour attirer les messieurs ;
  • des hommes de main recrutés chez les voyous (rude boys ou gun men) pour rassurer les dames ;
  • un selector au goût certain, qui doit savoir adapter la playlist au gré des humeurs changeantes de l’auditoire ;
  • un operator, dont le rôle est d’assurer la délicate transition entre les morceaux ;
  • et donc : le deejay.

Retenez ça : le deejay à la sauce jamaïcaine n’a rien à voir avec David Guetta. Il ressemble davantage au MC/maître de cérémonie du rap et de l’électro.

C’est donc celui qui anime la soirée, introduit les chansons, fait monter la pression avant un « big tune ». Forcément, petit à petit, le deejay devient incontournable et le membre le plus populaire du sound system.

Count Machuki, deejay du sound Tom the great Sebastian, attirait des foules nombreuses à la fin des années 1950. Au mercato musical, il passa chez Coxsone (Downbeat) dans les années ska puis chez Prince Buster (Voice of the People), ravi de sa prise de guerre.

Duke Reid, le producteur terrifiant

Il faudra toutefois attendre encore 10 ans pour que le plus terrifiant des producteurs, l’ancien flic et vendeur de spiritueux Duke Reid, ait l’idee géniale de les enregistrer.

On est en 1970. Kingston n’a plus d’oreilles que pour les débuts très nerveux du reggae. Le Duke, lui, n’aime pas le reggae, qu’on se le dise. Il vit dans la nostalgie des années rocksteady où il régnait en maître avec son label Treasure Isle. Grâce au talent de son ingenieur du son King Tubby, une nouvelle jeunesse est donnée à ses tubes de 1966/67. En y ajoutant le toast du deejay mythique U-Roy.

Succès immédiat et immense à Kingston puis à Londres. Les yardies adorent, les branchés et skinheads aussi. Le deejaying va cartonner tout au long des seventies, en s’adaptant à toutes les tendances : roots reggae, lovers rock, rockers et rub-a-dub. Quelques grands noms sont à l’œuvre outre U-Roy : King Stitt, reconnaissable à son effarante dentition, le charismatique Dennis Alcapone, I-Roy l’imitateur de « U », ou encore Scotty, Dillinger et Prince Jazzbo.

Les superstars des deejays

À la fin des seventies, les superstars des deejays sont :

  • Big Youth à Kingston, qui sort des canons « cool » et « easy listening » pour proposer une alternative plus pêchue, « rastaïsante » et consciente ;
  • Dr Alimantado à Londres, adulé par la deuxième vague skinhead et les groupes punks, the Clash en tête. Sa chanson « Gimmie my gun » est une ode aux armes à feu et à l’auto-défense (à suggérer au NRA pour donner un coup de fouet à ses meetings).

Dans les années 1980, la Jamaïque se remet mal de la mort de Marley et le reggae perd peu à peu en qualité. La déferlante du digital, à partir de 1985 et du tube Sleng Teng, va finir d’enterrer les hymnes roots de la fin des seventies. Heureusement, les deejays de cette période, toujours plus nombreux et créatifs, vont remonter le niveau. Le meilleur : Yellowman, formé à la Alpha Boy School comme les grands du ska et du rocksteady. Pas gâté par la vie (orphelin, albinos et victime d’une paralysie faciale partielle), il transmet pourtant sa joie dans un toast malicieux et ultra-efficace.

[related-post id=351125 mode=ModeSquare]

Beaucoup d’autres sont à découvrir, notamment les excellents U-brown et Lone Ranger (compagnon de route d’un des meilleurs sound systems parisiens, Soul Stereo). Grâce au récent travail du français Manudigital, vous pourrez entendre dans les meilleures conditions ces voix de grands méchants loups : Burro Banton, Admiral Bailey, Josey Wales ou Papa Michigan.

Le deejaying s’enrichit dans ces années de plusieurs variantes. Le singjay d’abord, représenté par Tenor Saw et Barrington Levy, auteurs des gros tubes « Ring di alarm » et « Here I come ». Le faststyle ensuite, beaucoup plus underground, très apprécié dans les sound systems. Ce sous-genre est bien représenté par un autre Levy, général auto-proclamé.

Et après ?

À partir du milieu des années 1990, on ne parle plus de reggae (c’est heureux) – sauf pour quelques productions honorables mais dispensables – mais de Dancehall. Ou de raggamuffin/ragga en dehors de Kingston. Les stars, mondiales pour certaines, se nomment alors Shabba Ranks, Buju Banton (qui vient de faire l’événement au sortir d’une longue peine pour trafic de cocaïne), puis Sizzla, Capleton ou le dernier rejeton Marley, Damian, dit « Junior gong », fruit des amours adultérines de Bob avec une miss Univers. Tout n’est pas à jeter, même si globalement c’est moins bien… On a même récemment touché le fond avec l’ignoble Vybz Kartel, auteur de soupes pornographiques auto-tunées et condamné à perpétuité pour assassinats multiples. Heureusement, quand on se donne la peine, on peut toujours dénicher des chansons deejays récentes et plutôt réjouissantes comme celles de Skarra Mucci.

En dépit de ces dérives, il faut reconnaître au style deejaying son impressionnante capacité d’adaptation et sa popularité constante. Le rap doit beaucoup au toast jamaïcain et Booba devrait se prosterner devant « Daddy » U-Roy plutôt que devant Tupac, gangster de pacotille. Le style deejaying a créé des vocations partout. En France, les deejays autochtones produisent régulièrement des tubes, de Tonton David à Naaman en passant par Nuttea et Raggasonic.

Voici une sélection gratinée de deejay songs 100 % yardie, de 1970 à aujourd’hui. Basses à donf !

Playlist deejays

  • U-Roy – Wake the town
  • U-Roy – Version galore
  • King Stitt – Fire corner
  • Dennis Alcapone – My voice is insured for half million
  • Scotty – Riddle I this
  • Prince Jazzbo – Crab walking
  • Big Youth – Natty dread she want
  • Dr Alimantado – Gimmie my gun
  • Yellowman – Natty sat upon the rock
  • Lone Ranger – Walkman connection
  • U-Brown – Lootayard special dubplate
  • Toyan – Spar with me
  • Josey Wales – Digital Kingston session (feat. Manudigital)
  • Tenor Saw – Ring di alarm
  • Barrington Levy – Here I come
  • General Levy – Dubplate for Convict sound
  • Shabba Ranks – Tonight (feat. Keith and Tex)
  • Buju Banton – Champion (clip version)
  • Sizzla & Capleton – Babylon a use dem brain
  • Skarra Mucci – Boxing

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Catalyseur de changement social, humanitaire et politique, la musique peut être bien plus qu’un simple divertissement. De l’ère des chants de protestation des années 1960 et 1970 aux grands concerts de charité des années 1980 ou 1990, elle se donne parfois pour ambition d’unir et d’inspirer des mouvements. Aujourd’hui encore, à travers des initiatives comme celle d'Omar Harfouch, pianiste et entrepreneur franco-libanais, la musique continue de jouer un rôle crucial dans la promotion des droits humains et des causes sociales.

 

... Poursuivre la lecture
0
Sauvegarder cet article

Le nouveau Front populaire a dévoilé sur les réseaux sociaux une chanson censée convaincre les électeurs de voter pour lui. On admirera la richesse des paroles, la variété des intervenants et la profondeur du message.

On avait beaucoup rigolé en 2009 sur le « lipdub » des jeunes de l’UMP. Le « Nouveau Front Populaire » pulvérise aujourd’hui les barrières du ridicule avec cette vidéo. Admirez la richesse des paroles… pic.twitter.com/zVlF5ALci7

— Jérôme Godefroy (@jeromegodefroy) June 22, 2024

La mélodi... Poursuivre la lecture

Être libéral est un style de vie, fait de symboles et d’éléments culturels. Notre chroniqueur Olivier Palettu vous en fournit les clefs pour vivre votre libéralisme au quotidien.

Rendue célèbre par la chanson de Metallica, Dont’t tread on me (« ne me marche pas dessus », « ne me foule pas aux pieds »), l’expression est devenue la devise du mouvement libertarien.

Il s’agit du fameux Gadsgen Flag, avec le serpent à sonnette, qui trouve ses origines dans la Révolution américaine.

Ce serpent est dessiné par Benjamin ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles