L’anti-étatisme de Molinari raconté par un contemporain

Palais de l'Elysée by Nicolas Nova (CC BY-NC 2.0) — Nicolas Nova, CC-BY

Voici un éclairage rare sur l’anti-étatisme de Molinari.

Par Benoît Malbranque.
Un article de l’Institut Coppet

Ce témoignage exceptionnel d’un habitué des réunions hebdomadaires de Gustave de Molinari, rédacteur en chef du Journal des économistes, fournissent un éclairage rare sur la portée de son anti-étatisme, qu’aujourd’hui on nommerait anarcho-capitalisme. Voici ce qu’écrit Charles Benoist.

 

«… Outre le bureau de la Revue Bleue, je fréquentais assidûment celui du Journal des Économistes, qui était une annexe de la librairie Guillaumin, rue de Richelieu. Tous les samedis, à la fin de l’après-midi, le rédacteur en chef, Gustave de Molinari, recevait. Je ne me rappelle personne dont la conversation m’ait plus ni autant frappé que la sienne.

Il avait, sur toutes choses, des idées et des formules à lui. On ne savait jamais ce qu’il allait dire, ni comment il allait le dire, sinon qu’il le dirait comme nul autre ne l’eût dit. Il poussait l’originalité jusqu’au paradoxe et portait le paradoxe jusque dans la doctrine.

L’économiste qui avait qualifié l’État de « mal nécessaire » était encore un hérétique pour lui. Pour lui, l’État, assurément, était un mal, mais non un mal nécessaire. Dans presque tous les cas, sinon absolument dans tous (et je ne vois pas lequel échappait), il était prêt à s’en passer.

Pourquoi ne se formerait-il pas des sociétés privées qui distribueraient l’ordre, la sécurité, en un mot le gouvernement, comme l’eau, le gaz ou l’électricité ? Chacun s’abonnerait à celle qui lui conviendrait.

La religion elle-même serait mise en actions et fournie au meilleur compte par la libre concurrence.

André Liesse, Joseph Chailley et moi, nous écoutions, émerveillés ; mais, en sortant, malgré l’ardeur de notre foi de néophytes, nous convenions entre nous que peut-être le prophète exagérait. N’importe : il était si amusant, en une matière où il est difficile, et si rare, de l’être ! Que n’eût-il pas rendu attrayant et piquant, et qu’est-ce qui, de lui, eût pu paraître ennuyeux ? »

 

  • Charles Benoist, « Mes débuts littéraires », Revue bleue, politique et littéraire, 1932, p. 329

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