BCE : faut-il continuer à baisser les taux ?

Autant il est incontestable que l’action de la BCE pour sauver l’euro en 2012 fut un succès autant il est également incontestable que cette action pour relancer l’économie est un échec patent.

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BCE : faut-il continuer à baisser les taux ?

Publié le 27 juillet 2019
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Par Philippe Alezard.

La canicule sévit sur la France et chaque jour le mercure bat de nouveaux records. Dans la douceur climatisée des salles de marchés, ce sont les indices qui chaque jour, dans la plus parfaite indifférence, battent des records. Le CAC 40, GR l’indice parisien qui donne la vraie valeur des actions, puisque il réinvestit les dividendes distribués, a battu pour la douzième fois cette année son plus haut historique à 15,270 points. C’est quasiment jour pour jour la date anniversaire du fameux « what ever it takes » de Mario Draghi du 26 juillet 2012.

Comme nous pouvons le constater dans le graphe ci-dessus, depuis le 26 juillet 2012, le CAC40 dividendes réinvestis a progressé de plus de 133 %, un gain de 8,726 points représentant par conséquent un taux de croissance annuel composé ou taux actuariel de 12,5 % par an.

Sur la même période de temps le PIB français a crû de 1,3 % par an, l’OAT, l’obligation émise par la France à 10 ans, progressait de 70 % et le taux d’emprunt français à 10 ans est passé de 2 % à -0,1%. Ces baisses de taux voulues par la banque centrale sont censées donner du temps aux États afin de procéder aux nécessaires réformes structurelles à mettre en place pour réduire l’endettement.

La dette ne cesse de croître

La dette française en juillet 2012 était de 1833 milliards d’euros. Elle est aujourd’hui de 2400 milliards d’euros : 30 % de hausse en 7 ans soit 3,8 % par an. La dette croît à un rythme trois fois supérieur à celui du PIB.

La BCE a du mal à trouver ses fameux 2 % d’inflation chaque année. Mais regarde t-elle où il faut ?

12,5 % par an sur les actifs actions, 7,8 % par an sur le marché obligataire, 3,8 % par an sur la dette française. Autre hyper-inflation, le bilan de la BCE. Sur la période 2012 – 2019 il est passé de 1500 milliards d’euros à 4700 milliards d’euros. 313 % d’augmentation. Jamais en temps de paix une banque centrale n’avait gonflé à ce point son bilan.

Que dire de l’endettement privé ? Avec 3112 milliards d’euros en France, il représente 132 % du PIB. Avec 1708 milliards d’euros l’endettement des entreprises croît de 5 % par an et l’endettement des ménages, porté à 81 % par l’immobilier, progresse de 6 % par an à 1403 milliards d’euros.

Autant il est incontestable que l’action de la BCE pour sauver l’euro en 2012 fut un succès autant il est également incontestable que cette action pour relancer l’économie est un échec patent. Alors pourquoi continuer cette hérésie de baisse des taux ? C’est le cycle économique qui fait la politique monétaire et non l’inverse. Si les banques centrales avaient sur ce point une quelconque influence, elle lisseraient en permanence le cycle pour éviter la volatilité.

Ni récession, ni surchauffe

Il n’y aurait par conséquent ni récession, ni surchauffe. Et les banquiers centraux le savent. Et particulièrement la BCE. Elle a créé son propre piège. Sa politique de soutien à tout prix de l’économie a construit une hypertrophie des actifs financiers et immobiliers, immunisé les marchés contre le risque, créé un aléa moral, bad news is good news, les banques centrales seront toujours là, qui à la fin ont accentué les inégalités entres les détenteurs d’actifs et les autres et fait émerger des crises sociales et des mouvements type Gilet jaunes. Les banquiers centraux continuent cette politique accommodante pour une seule raison, ils ont peur.

Peur de faire exploser un ensemble de bulles dont les effets systémiques seraient sans commune mesure avec 2000 et 2008 qui nous avaient été présentées comme des crises financières et économiques majeures. Selon l’OCDE, en 2008 la dette mondiale des entreprises non financières était de 6200 milliards de dollars. Elle est aujourd’hui de 13 000 milliards. La dette souveraine a progressé dans le même temps de 42 % du PIB mondial à 72,6 % pour atteindre la somme astronomique de 64 000 milliards de dollars…

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  • Je n’ai pas compris le début de votre démonstration: un gain de 133% en 10 ans correspond à un gain annuel de 8.8%, pas 12.5%.

    • 7 ans (de 2012 à 2019), pas 10.

    • Au-delà des calculs, le graphique est très instructif.

      On observe une première phase de hausse presque naturelle, simplement soutenue par les premières aides aux banques exclues du marché interbancaire, pratiquement gelé. Cette première phase s’essouffle en 2014 et le CAC menace de rechuter. C’est alors que SuperMariole annonce le QE, annonce qui booste le CAC à la verticale. Puis, comme rien ne vient, le CAC rechute violemment, formant une bosse. C’est à ce moment que la BCE lance effectivement son QE, et que le CAC repart vers les étoiles.

      Le CAC est désormais en orbite à des niveaux improbables, mais comme on le voit, menace régulièrement de retomber (3 fois de suite). A chaque faiblesse, la BCE réinjecte des liquidités en masse, augmentant encore plus son bilan.

      Toute cette hausse ne tient que par les injections successives, avec des seuils clairement lisibles sur le graphique. En même temps, c’est pratique, parce qu’on sait d’avance sur quels seuils le CAC va retomber quand les injections cesseront.

      On peut noter que depuis 2012, le marché interbancaire ne va pas mieux. C’est logique. Si vous avez le choix entre confier votre précieux argent à la BCE ou le confier à n’importe quelle autre banque, vous choisissez la BCE en priorité. Tant que la BCE se substituera au marché, aucune chance que le système fonctionne normalement à nouveau.

  • « BCE : faut-il continuer à baisser les taux ? »

    C’est à dire passer en taux négatifs pour une longue durée?
    Cela serait sans sens : insensé.

  • Mais pourquoi croyez vous que Macron a fait nommer Chritine Lagarde à la BCE.? Uniquement pour continuer la même politique que Draghi et manipuler les taux d’intérêts en sa faveur.

  • voila voila

    « L’Observatoire Crédit Logement vient de publier ses derniers chiffres sur le crédit immobilier en France, et ils sont plutôt inquiétants sur le plan de la solidité de notre système bancaire. Les taux des crédits immobiliers continuent de baisser, le dernier taux moyen constaté s’élève à 1,29%, le niveau le plus bas jamais atteint, un quart des emprunteurs décroche un taux à moins de 1% sur 20 ans. Ce taux moyen est quatre fois moins élevés qu’au début des années 2000, et 11 fois moins qu’à la fin des années 80 !

    Mais surtout, ce taux moyen se situe à un niveau inférieur à l’inflation, une situation inédite depuis 1945. Cela veut dire que les banques françaises remplissent leur bilan de créances qui rapportent moins que l’inflation ! Même si l’opération génère tout de même une marge, car elles se financent à un taux inférieur, celle-ci demeure faible et se rétrécit d’année en année. Suffit-elle pour payer les frais de structure ? Si c’est encore le cas, la marge bénéficiaire, au final, s’avère minuscule.  »
    si les banques se crashent.. on va rire jaune

  • « Les banquiers centraux continuent cette politique accommodante pour une seule raison, ils ont peur. »
    Oui, ou alors, ils choisissent le moment de la crise…

  • Comme les français (enfin leurs dirigeants) n’ont peur de rien, notre pays détient la dette verte (green bonds) la plus importante au monde (19 Mlds €). Cette argent est destiné à l’environnement dont principalement à la lutte et à l’adaptation au changement climatique. J’aimerai bien connaître dans le détail les projets financés.

    Un comble une obligation toxique pour lutter contre l’environnement !

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