Mort de Vincent Lambert : le bruit et la pudeur

Old Bourke hospital bed by Matthew Perkins(CC BY-NC 2.0) — Matthew Perkins,

La complexité et la diversité des situations imposent au politique de se limiter à faire respecter le consentement de chacun, laissant les passions publiques sur le palier de l’intimité.

Par Jonathan Frickert.

Trente-deux ans après la polémique Schwartzenberg, la mort ce jeudi de Vincent Lambert continue à alimenter les passions, y compris des plus talentueux écrivains français.

Ce même 11 juillet sortait une tribune de Michel Houellebecq accusant l’État d’avoir tué l’infirmier de 42 ans qu’un accident de la route fin 2008 a laissé dans un état végétatif.

Une affaire qui mêle science et éthique et où les solutions péremptoires n’ont pas leur place.

Le cas de Vincent Lambert : l’ingérence face à l’attentisme

Il faudra attendre cinq années de soins pour voir le médecin de Vincent Lambert évoquer une « obstination déraisonnable » au sens du Code de la santé publique. L’état sera ensuite jugé végétatif, devenu chronique par les experts de plusieurs juridictions.

La médecine rejoint le droit. Le diagnostic devient une qualification, le traitement, un régime, ouvrant six ans de guerre médiatico-judiciaire déchirant la famille Lambert sur la volonté d’un homme qui ne peut plus s’exprimer.

Six ans durant lesquels quatre arrêts de soins succéderont à autant de reprises. Six années où, comme le dira Roseline Letteron dans ces mêmes colonnes, la procrastination est devenue un principe jurisprudentiel. La question n’était plus de savoir si Vincent Lambert mourra, mais quand, animée par les multiples recours des parents et, en toile de fond, l’idée que la justice décidera de la vie ou de la mort d’un homme.

L’affaire connaîtra pourtant finalement l’issue fatale jeudi dernier, à 8 h 24, après une dernière salve de décisions.

Car la dialyse judiciaire a connu de récents rebondissements sous l’impulsion directe de l’exécutif, dont le chef avait toutefois promis la neutralité le jour d’un arrêt qui sera pourtant attaqué par le gouvernement quelques jours plus tard.

La faute à l’ardeur parentale ou, au contraire, à l’embarras d’un législateur qui, depuis 2002, élargit mollement les droits des patients ?

Accepter l’incertitude

Combien de cas similaires se résolvent dans la plus grande des pudeurs ?

L’affaire Lambert pose encore aujourd’hui de nombreuses questions aussi bien juridiques que politiques, médicales et morales.

À la manière des nouveaux prophètes de l’Apocalypse, certains ont pris les sciences exactes pour des vérités absolues, en contradiction totale avec l’épistémologie des sciences dures. Le fatalisme amenant à croire que l’état d’un individu ne pourra jamais être résolu suit la même logique que l’épuisement des ressources.

Personne ne voulait s’acharner sur Vincent Lambert. Personne ne voulait l’assassiner. Il n’était que la victime de l’inconscience de son époque face aux questions que son cas aura plus tard posées.

Comme l’a rappelé l’auteur de Soumission, la peur de la mort comme de la souffrance relève de l’intime. Si l’Homme a notamment créé les religions pour se rassurer sur la première, la médecine a fait d’énormes progrès sur la seconde. Les directives anticipées ne sont qu’un énième palliatif devant l’imprévisibilité de l’avenir et la fragilité de la volonté humaine.

La complexité et la diversité des situations imposent au politique de se limiter à faire respecter le consentement de chacun, laissant les passions publiques sur le palier de l’intimité.

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