Debout la France : la haine du syndic comme argument central de campagne

Clefs d'appartement (Crédits : otodo, licence CC BY-SA 2.0)

Debout la France envoie les syndics en dehors du jeu de la copropriété. Inquiétant pour un programme européen.

Par Nafy-Nathalie.

Impossible de regarder les documents de campagne de Nicolas Dupont-Aignan sans éclater de rire. Il y indique en effet que la commission européenne serait « un mauvais syndic qui multiplie les règles abusives, nous envoie des factures exorbitantes (11 milliards nets par an pour la France) et a supprimé les portes de nos appartements (les frontières) sans mettre un code à l’entrée pour nous protéger ! ». Comment ne pas connaître un peu le régime de la copropriété et ne pas rester pensif devant ce genre de propos, n’est-ce pas ?

Ne nous attardons pas sur le chiffre cité de 11 milliards qui est totalement farfelu. Vous trouverez les informations ici. Je vous propose de ne retenir que l’instrumentalisation de la copropriété comme argument principal de sa campagne européenne.

C’est ainsi qu’il faut savoir qu’un syndic ne multiplie pas les règles abusives. Il ne crée même pas de règle en réalité. Il ne fait qu’appliquer la loi, particulièrement celle du 10 juillet 1965 et son décret d’application, et les règles définies par la collectivité pour son fonctionnement (règlement de copropriété).

La propriété ré-appropriée

Il n’envoie pas non plus des factures exorbitantes. Il ne fait qu’adresser des factures en cohérence avec les décisions prises par les copropriétaires au moment de l’assemblée générale concernant le budget de fonctionnement ou les travaux à réaliser.

Enfin, vous imaginez un syndic venir avec sa caisse à outils pour démonter la porte de votre logement ? Je parierais que si jamais un syndic faisait ce genre de choses, il ferait également très vite les grands titres des journaux et finirait en prison. De même sa distinction entre parties communes et privatives est erronée. Ce qui différencie l’un de l’autre c’est le règlement de copropriété et à défaut, le critère de l’utilité avec comme principe que ce qui sert à un est privatif et ce qui sert à plusieurs est commun, peu importe qu’il soit situé avant ou après la porte du logement.

Quant au code qui sécuriserait la résidence, il n’appartient pas au syndic de l’installer de sa propre initiative. Ce sont les copropriétaires réunis en assemblée générale qui doivent décider des modalités de sécurisation. Rien ne peut se faire sans leur accord préalable.

Dehors, la France ?

Mais si le ridicule ne tue pas, il n’arrête pas non plus le candidat tout bouillonnant de « Debout la France » ! Le 17 mai 2019, par exemple, il était à Beauvais. Le courrier Picard nous apprend qu’il déclarait, façon je veux et j’exige : « Le syndic a pris tous les pouvoirs, mais il ne nous défend pas… Je veux virer le syndic, c’est-à-dire la Commission de Bruxelles ». C’est d’une telle évidence ! Le syndic ne travaille pas pour moi ! Virons le syndic !

Sauf qu’un syndic de copropriété ne peut pas absolument pas prendre tous les pouvoirs. Il n’est que le mandataire du syndicat des copropriétaires, il représente la collectivité des copropriétaires dont il a la charge des intérêts. Préférer défendre la collectivité au détriment du particulier, ce que semble dénoncer Nicolas Dupont- Aignan, est le principe même de la démocratie qui est la loi du plus grand nombre finalement. Cela en dit long sur l’esprit qui gouverne ce candidat.

Quant au fait de virer son syndic, il n’y a aucune difficulté pour le faire en réalité. Chaque copropriétaire peut à tout moment proposer à la collectivité une révocation en demandant à ce que le contrat d’un confrère soit soumis au vote lors d’une assemblée générale. Si la communauté est mécontente de son syndic, elle a toujours la possibilité alors de ne pas renouveler son mandat. Si elle le renouvelle c’est qu’elle se satisfait des prestations de celui qui est en place. C’est tout.

Mais comme partout, il y a toujours des copropriétaires incapables de comprendre les règles communes. Ou plutôt disons qu’ils préféreraient qu’elles ne leur soient pas applicables ou alors qu’elles soient à géométrie variable et applicables uniquement si elles favorisent leurs propres intérêts.

C’est à ce genre de copropriétaire que pourrait faire penser Nicolas Dupont-Aignan : un copropriétaire opportuniste qui n’entend pas gagner grâce à la qualité de ses arguments. Non, il entend gagner en instrumentalisant le massacre médiatique d’une profession entière. Il souhaite réussir en pensant rassembler autour de lui les Français sur la haine du syndic. Chacun en pensera ce qu’il voudra.

La France comporte 8,4 millions de logements en copropriété, autant de copropriétaires qui savent au minimum que Nicolas Dupont-Aignan ne connait rien à la copropriété malgré les références qu’il y fait. Il doit être difficile de confier son avenir à une personne qui met en avant des choses dont elle n’a aucune maîtrise.

Par ailleurs, dans un ancien article de Contrepoints, je vous rappelais qu’« une  étude nouvelle de la FNAIM nous apprend que les copropriétaires sont satisfaits de leur syndic à 84 % malgré toute la publicité négative qui en est faite dans les différents médias. ». 84 % ce n’est pas rien. J’imagine que ces Français ne doivent pas non plus comprendre l’acharnement ridicule contre une profession à laquelle ils n’ont pas de difficulté à confier la gestion de leur patrimoine.

L’eurobaromètre de 2018 publié au début 2019 indiquait que « l’adhésion à l’UE n’a jamais été aussi élevée qu’en 2018 » et que « 62 % des sondés (UE28) pensent qu’être membre de l’UE est une bonne chose pour leur pays ; 68 % estiment que leur pays a bénéficié de son adhésion, soit le meilleur résultat depuis 1983. »

Si nous regardons de plus près la France, on constate que « 59 % des citoyens se disent attachés à l’Europe » malgré toute la méfiance qu’ils peuvent ressentir selon un article paru sur le site www.touteleurope.eu.

Il n’est donc pas surprenant que Monsieur Dupont-Aignan, malgré sa campagne brillante, caracole à 4 % dans les sondages. Cela risque d’être compliqué pour lui de révolutionner l’Europe. Peut-être que lors des prochaines élections, il apprendra de ses erreurs et changera son discours. Peut-être pas. C’est la deuxième fois qu’il compare l’Europe à un syndicat de copropriétaires en campagne. Vous savez ce que l’on dit ? Jamais deux sans trois.

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