Gilets jaunes : l’État-nounou sait mieux que vous ce qu’il vous faut

Accusés de profiter indûment du statut de citoyen qui leur a généreusement été octroyé, pour se mêler de ce qui ne les regarde pas, les Gilets jaunes se sentent humiliés.

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Les Gilets jaunes by Patrice Calatayu(CC BY-SA 2.0)

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Gilets jaunes : l’État-nounou sait mieux que vous ce qu’il vous faut

Publié le 9 mai 2019
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Par Marc Crapez.

Les Gilets jaunes se mêleraient-ils de ce qui ne les regarde pas ?

Dans le roman de Kasuo Ishiguro Les Vestiges du jour, adapté au cinéma par James Ivory, un passage illustre la mentalité élitiste de jadis. Un partisan du suffrage censitaire utilise le majordome comme cobaye : « Que pensez-vous mon brave de l’étalon-or ? » Et de lui dénier, d’un air entendu à la cantonade, la plénitude de ses droits civiques.

Moralité : le peuple ne doit pas se mêler de ce qu’il est incapable de comprendre. Et selon les époques, d’aucuns se sont effarés : « Qu’est-ce que des Nègres peuvent comprendre à ceci ? », « Et pourquoi des femmes se mêleraient-elles de cela ? »

Ces déclamations, dites en levant les bras au ciel, sont d’ailleurs davantage des exclamations que des interrogations : absurde ! Où irait-on s’il fallait en arriver là !

Tel est le sort réservé de nos jours aux Gilets jaunes par l’équipe Macron. En effet, Emmanuel Macron a su conquérir le pouvoir en se passant des appareils politiques existants, à la hussarde. Il a donc déjà sa place là où François Hollande a disparu : dans les annales et les livres d’histoire.

S’ensuit-il qu’il ait bien gouverné ? Question éminemment politique. Ce qui est sûr, c’est que l’art et la manière dont il s’est emparé du pouvoir ont laissé des traces : il croit en sa bonne étoile, en son génie, et n’accorde sa confiance qu’à une phalange qui lui est dévouée corps et âme.

Difficile, dès lors, de méditer ce conseil de Louis XIV : « Il n’est rien de si important ni de plus difficile au prince que de savoir combien et jusqu’où il doit estimer sa propre opinion ». Se trouve en jeu la liberté de contredire son suzerain. On parle de nos jours de liberté de ton, d’un ministre ou d’un conseiller.

Aux dires de l’ex-ministre de l’Intérieur : « Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler ». Gérard Collomb critique, en somme, son « manque d’humilité », tandis qu’une journaliste met en cause un exercice du pouvoir par une « petite équipe et de façon assez opaque ».

C’est le paradoxe de Macron : il passe pour un Prince-philosophe Girondin et Feuillant. Mais ses œuvres complètes sont minces et sa pratique élyséenne bonapartiste voire paternaliste.

Les concepts de start-up nation et de nouveau monde démontrent qu’il semble dire « qui de nous deux est rationnel ? » Et implicitement d’ajouter : « Les enfants, ne cassez pas vos joujoux ! Papa sait ce qui est le mieux pour vous, c’est pour votre bien, dans votre intérêt. De quel droit vous plaignez vous ? »

Accusés de profiter indûment du statut de citoyen qui leur a généreusement été octroyé, pour se mêler de ce qui ne les regarde pas, les Gilets jaunes se sentent humiliés. De là découle leur obstination : ils voudraient être entendus mais surtout reconnus.

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  • ceci dit , malgré l’immoralité du propos , un peuple capable de Voter François hollande, hein.. il est normal de se poser la question de savoir si tout le monde a l’électricité a tous les étages..

    Il faudrait avoir un « permis de voter » , ce permis pourrait s’obtenir
    ,apres formation, a un quiz institutionnel ..
    exemples?
    _quelles sont les prérogatives du conseil d’etat, de la cour des comptes, du conseil économique et social
    _quelles sont les regles de modification de la constitution
    _ les directives européennes sont elles obligatoirement traduites
    et appliquées en france? dans quelles limites.. etc

    il ne s’agirait pas de systeme censitaire, mais si on considère que la méconnaissance des rouages politiques du peuple sont exploitées par les aventuriers qui briguent les postes les plus juteux, est la cause de nos désagréments.. alors tout le monde n’est pas apte a voter

    • On pourrait simplement faire une formation à 18 ans sur le fonctionnement des institutions et SURTOUT les bases de l’économie.

      Déjà ça permettrait de virer pas mal de parasites de la politique.

      • On pourrait greffer un cerveau aux français, mais il n’y a pas la place, tout est pris par leur morgue.

      • La formation n’est pas le problème, le problème est QUI la dispensera…

      • Qui donnerait la formation en économie? Les enseignants qui n’ont jamais connu autre chose que l’école publique?
        C’est au parents responsables d’inculquer très tôt les notions d’économie, pour peu qu’eux-mêmes ne soient pas ignorants dans ce domaine.

        • Même s’ils sont ignorants, il leur suffirait d’inculquer deux sens à leur progéniture, le sens commun et le sens critique, et la motivation à s’y former en rappelant que l’économie sera le plus grand facteur déterminant leur vie future.

          • Honnêtement, je me méfie de ce qu’on appelle « sens commun ». Chacun trouve évident son système de pensée, quel qu’il soit.

            Pour un libéral, le sens commun veut que l’échange volontaire est bénéfique aux deux parties.

            Pour un socialiste, le sens commun veut que l’échange, même volontaire, profite au plus riche au détriment du plus pauvre.

            • Pour moi, le sens commun consiste à vérifier que les idées ne contreviennent pas à la logique et aux observations les plus élémentaires. Pour un socialiste, c’est justement parce que le problème n’est pas posé en ces termes et qu’il n’y applique pas son sens commun qu’on peut lui faire dire que dans un échange volontaire le plus pauvre n’en a pas pour son argent.

    • concernant l’élection de F Hollande, encore eut-il fallu avoir un vrai choix et pas uniquement entre la peste et le choléra !

      c’est là que l’on voit la préemption du pouvoir par une oligarchie : je ne vois pas un Trump (c’est à dire venant d’en dehors de cette oligarchie) avoir une chance, ne serait-ce que de se présenter !

    • Ce n’est pas plus simple et efficace de mettre des contre-pouvoirs en place et de décentraliser correctement, ce qui rapprocherait les citoyens et les centres de décisions. Parce que apprendre ces choses restent relativement abstrait et leur connaissance risque fortement de ne pas influencer le vote.

    • Eh oui, pour qu’une démocratie fonctionne, cela suppose une certaine éducation / des valeurs et du temps de cerveau disponible. Mais Papa macron ni les autres ne voudront jamais ça de peur de perdre leur illusion de pouvoir.

    • un peuple capable de Voter François hollande, hein..

      Un peuple capable de voter pour son conseiller économique, hein…

    • Ça n’est pas la boîte de Pandore que vous proposez, c’est le tesseract aux amphétamines de Pandore.
      Vous vivez dans un pays où même le fichu permis de conduire a été imprégné d’idéologie gluante (pastèque dans ce cas.)
      Combien de temps avant que votre « permis de voter » ne vous évalue sur la pensée éco-compatible, le respect des minorités et le vivronsomble?

    • Le pouvoir n’est pas exercé par des aventuriers, mais par des gens soutenus par le « système », après avoir été soigneusement choisis.

      Tous les moyens du système, médias main stream, associations, corps dit « intermédiaires », réseaux politico-économiques, sont utilisés en faveur des candidats du système, et pour écraser leurs adversaires.

      il faut plus que des cours d’instruction civique pour lutter contre cette armada de moyens.

      Comme le système vise à la destruction des nations européennes, il va se heurter à la colère des peuples européens.

    • On pourrait aussi avoir des lédias qui informent, c’est-à-dire qui donnent des éléments factuels pour juger, au lieu de nous délivrer une opinion et d’exploiter de vaines polémiques. Concernant ces dernières, bien souvent le rappel de quelques règles de droit suffiraient.

  • dans les années 1950, quand j’étais à l’école, nous avions droit à des cours d’instruction civique au cours desquels on nous expliquait qui faisait quoi et quand du maire au président….

    • Me souviens qu’en travaux manuels à l’école, pour un projet de construction de maison, le professeur nous avait demandé d’aller à la mairie pour connaître les démarches à entreprendre.

    • Maintenant on vous sensibilise au racisme, au sexisme et à Notre mère Gaïa… Chaque époque a ses priorités…

    • Ce serait plutôt que nos institutions et le régime qu’elles entraînent est proto-socialiste par nature. Il n’y a donc qu’un petit pas à franchir..

  • Les commentaires sont fermés.

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