Gilets jaunes : l’État-nounou sait mieux que vous ce qu’il vous faut

Les Gilets jaunes by Patrice Calatayu(CC BY-SA 2.0) — Patrice Calatayu, CC-BY

Accusés de profiter indûment du statut de citoyen qui leur a généreusement été octroyé, pour se mêler de ce qui ne les regarde pas, les Gilets jaunes se sentent humiliés.

Par Marc Crapez.

Les Gilets jaunes se mêleraient-ils de ce qui ne les regarde pas ?

Dans le roman de Kasuo Ishiguro Les Vestiges du jour, adapté au cinéma par James Ivory, un passage illustre la mentalité élitiste de jadis. Un partisan du suffrage censitaire utilise le majordome comme cobaye : « Que pensez-vous mon brave de l’étalon-or ? » Et de lui dénier, d’un air entendu à la cantonade, la plénitude de ses droits civiques.

Moralité : le peuple ne doit pas se mêler de ce qu’il est incapable de comprendre. Et selon les époques, d’aucuns se sont effarés : « Qu’est-ce que des Nègres peuvent comprendre à ceci ? », « Et pourquoi des femmes se mêleraient-elles de cela ? »

Ces déclamations, dites en levant les bras au ciel, sont d’ailleurs davantage des exclamations que des interrogations : absurde ! Où irait-on s’il fallait en arriver là !

Tel est le sort réservé de nos jours aux Gilets jaunes par l’équipe Macron. En effet, Emmanuel Macron a su conquérir le pouvoir en se passant des appareils politiques existants, à la hussarde. Il a donc déjà sa place là où François Hollande a disparu : dans les annales et les livres d’histoire.

S’ensuit-il qu’il ait bien gouverné ? Question éminemment politique. Ce qui est sûr, c’est que l’art et la manière dont il s’est emparé du pouvoir ont laissé des traces : il croit en sa bonne étoile, en son génie, et n’accorde sa confiance qu’à une phalange qui lui est dévouée corps et âme.

Difficile, dès lors, de méditer ce conseil de Louis XIV : « Il n’est rien de si important ni de plus difficile au prince que de savoir combien et jusqu’où il doit estimer sa propre opinion ». Se trouve en jeu la liberté de contredire son suzerain. On parle de nos jours de liberté de ton, d’un ministre ou d’un conseiller.

Aux dires de l’ex-ministre de l’Intérieur : « Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler ». Gérard Collomb critique, en somme, son « manque d’humilité », tandis qu’une journaliste met en cause un exercice du pouvoir par une « petite équipe et de façon assez opaque ».

C’est le paradoxe de Macron : il passe pour un Prince-philosophe Girondin et Feuillant. Mais ses œuvres complètes sont minces et sa pratique élyséenne bonapartiste voire paternaliste.

Les concepts de start-up nation et de nouveau monde démontrent qu’il semble dire « qui de nous deux est rationnel ? » Et implicitement d’ajouter : « Les enfants, ne cassez pas vos joujoux ! Papa sait ce qui est le mieux pour vous, c’est pour votre bien, dans votre intérêt. De quel droit vous plaignez vous ? »

Accusés de profiter indûment du statut de citoyen qui leur a généreusement été octroyé, pour se mêler de ce qui ne les regarde pas, les Gilets jaunes se sentent humiliés. De là découle leur obstination : ils voudraient être entendus mais surtout reconnus.

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