Notre-Dame : la responsabilité de l’État

View From Cathedrale Notre Dame de Paris By: edwin.11 - CC BY 2.0

Imaginons que la cathédrale ait appartenu à une société privée ! Il y a fort à parier que très vite auraient surgi des polémiques sur l’« ultralibéralisme » de notre époque…

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

L’émotion, c’est normal, les hommages, c’est inévitable (en France), mais où sont les responsabilités ? Alors que l’on n’a encore aucune certitude sur les causes de l’incendie, le président Macron a déjà décrété que dans cinq ans (pas quatre, ni dix), la cathédrale sera reconstruite tout en lançant, de concert avec son Premier ministre, la polémique sur la façon dont elle sera refaite : à l’identique ? Plus « moderne » ? Plus « adaptée » à notre époque ? Ce qui peut faire craindre le pire car la France excelle dans le domaine de la « modernisation » du passé.

Or, au-delà de ces discussions, personne ou presque ne fait allusion aux responsabilités dans ce drame (le journaliste Guillaume Perrault mentionne très bien les responsabilités politiques dans sa dernière analyse publiée dans Le Figaro du 20 avril). Rappelons-le : la cathédrale appartient, comme 87 autres cathédrales, à l’État français. Ce dernier est donc responsable de sa protection. En attendant les résultats de l’enquête, il n’est pas encore coupable mais la question de la responsabilité aurait dû être immédiatement évoquée. Imaginons que la cathédrale ait appartenu à une société privée ! Il y a fort à parier que très vite auraient surgi des polémiques sur l’ « ultralibéralisme » de notre époque, l’appât du gain dans le privé, les patrons qui ne cherchent que le profit, etc.

Faillite de la mission de protection de l’État

Et dans le cas de l’État ? Comment un incendie de cette ampleur peut-il se déclencher dans la cathédrale Notre-Dame et risquer de totalement la détruire ? Est-il vraisemblable qu’un État obèse comme le nôtre, qui dispose de beaucoup d’argent et d’agents publics, n’ait pas pu, sinon poster un fonctionnaire derrière chaque pilier de l’édifice, du moins mieux assurer sa sécurité ? L’État a failli à sa mission de protection. Il faut le dire.

En France, la tradition est à l’irresponsabilité. Les vrais responsables et coupables sont très rarement montrés du doigt même dans les cas les plus dramatiques. Souvenons-nous de la gravissime affaire du sang contaminé : deux relaxes et une non-condamnation ; des 15 000 morts pendant la canicule de 2003 : aucun responsable non plus malgré des défaillances évidentes dans les décisions de l’administration et les réactions des hôpitaux.

Souvenons-nous aussi de l’attentat de Nice : malgré des rapports accablants, combien de responsables ont été désignés ? Plus récemment, Mme Agnès Saal, haut fonctionnaire, pourtant condamnée plusieurs fois (par le tribunal de Créteil et celui de Paris) pour détournement d’argent public, a été nommée haut commissaire à l’Égalité, la diversité et la prévention des discriminations auprès du secrétaire général du ministère de la Culture. Le préfet Michel Delpuech, écarté après les violences et les dégradations commises par les Gilets jaunes, vient d’être nommé au Conseil d’État. Peu importe la compétence, pourvu qu’on ait le statut !

Les exemples sont légion de l’immunité dont bénéficient l’État français et ses représentants. Les responsables sont toujours les autres : l’ultralibéralisme, les riches, l’Europe, l’Amérique, la mondialisation, etc.

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