Gaspard Glanz, fusible cassé de la liberté de presse

Emoi chez les journalistes : on a osé s'en prendre à l'un des leurs. La liberté de la presse est en danger, c'est évident...
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Gaspard Glanz, fusible cassé de la liberté de presse

Publié le 24 avril 2019
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Par h16.

Catastrophe et panique en République du Bisounoursland : les forces de police sont tombées à bras raccourcis sur un journaliste et l’ont incarcéré ! Horreur, stupéfaction, abomination : la liberté de la presse française est en danger ! C’est atroce !

Malgré une stupeur si puissante qu’elle en fait trembler mes doigts au point d’avoir du mal à écrire ces quelques lignes, un peu de recul est indispensable pour mesurer ce qui vient de se passer en France, entre deux ou trois incendies d’églises et deux ou trois déclarations consternantes d’un minustre ou d’un élu quelconque.

D’une part, ce n’est pas comme si le pays, baignant de façon décontractée dans une liberté d’expression de basse intensité, venait de découvrir subitement que ses journalistes n’avaient pas tous l’occasion de s’exprimer librement. Le classement Reporters Sans Frontières, plaçant la France à une peu glorieuse 32e place, fournit d’ailleurs un assez bon aperçu de l’état des lieux.

D’autre part, les petits couinements tristes entendus ici ou donnent une petite idée de ce qui s’est réellement passé, un peu loin d’un tableau de David Le Journaliste se défendant contre le Goliath des forces de l’ordre pour y réaliser sa mission quasi-divine d’information du public assoiffé de connaissances et de vérité.

En pratique, les faits sont relativement simples : le journaliste indépendant Gaspard Glanz se trouvait samedi dernier place de la République à Paris, caméra à la main, pour y filmer les événements en lien avec l’énième manifestation de Gilets jaunes. Alors que les forces de police présentes sur place entament différentes manœuvres pour disperser les manifestants, Glanz, expliquant avoir été visé par une grenade, décide de faire un doigt d’honneur aux policiers devant lui, qui l’arrêtent et le placent en garde à vue de 48 heures, d’une part pour l’outrage, et d’autre part pour une participation à un groupement en vue de commettre des violences ou dégradations.

La justice ne retiendra pas le second motif et ne conservera que le premier, l’outrage, pour lequel notre impétueux journaliste devra répondre lors d’un prochain procès. Il n’en fallait cependant pas plus pour qu’une bonne partie de l’intelligentsia journalistique prenne la plume afin de ne pas laisser impunie cette atteinte à la liberté de la presse.

Si certains prennent des précautions en se gardant bien de faire preuve de tout corporatisme, tous s’accordent quand même à dire que cette garde à vue était véritablement injustifiée, que le second motif, parfaitement bidon, n’aurait été utilisé que pour empêcher Glanz de reprendre le cours de ses activités professionnelles et — pire encore — que l’interdiction de sa présence dans les prochaines manifestations parisiennes revient à une interdiction d’exercer son métier, c’est-à-dire une nouvelle atteinte à cette liberté d’informer si prégnante dans nos principes républicains tsoin-tsoin.

L’affaire est entendue et ne peut en rester là. Des poursuites doivent être engagées, c’est certain. Des policiers doivent être poursuivis, c’est sûr. Castaner doit démissionner, c’est un minimum. Macron doit au moins faire une contrition publique et remettre l’ISF, forcément.

Pourtant, un peu de pondération doit être réintroduite ici.

Tout d’abord, on ne peut s’empêcher de trouver de plus en plus fine la limite entre le journalisme et le pur militantisme. S’il est parfaitement admissible d’avoir des journalistes « engagés » (tant qu’ils se déclarent tels officiellement, au contraire de tant de courageux scribouillards dans ces rédactions subventionnées qui n’oseront jamais l’admettre), il semble délicat d’approuver le militantisme actif en surcroît du journalisme en ce que le second devient vite l’excuse systématique et le passe-droit générique du premier. On a bien du mal à ne pas voir que cette affaire illustre justement assez bien le corporatisme de la profession, maintenant activement occupée à savoir comment faire pour empêcher que ce genre de gardes à vue ne se reproduise.

Pourtant, un principe qu’il serait bon de rappeler est celui d’isonomie, c’est-à-dire de stricte égalité devant la loi. Dans ce cadre, le journaliste engagé/militant voire perturbateur de manifestation ne devrait pas échapper à la règle générale et sa carte de presse ne peut pas être un joker pour le droit commun ou, au contraire, une cible privilégiée.

En fait, tous les fiers éditorialistes analysent la scène en tenant compte de la profession de Gaspard Glanz, alors même que, dans un vrai pays de droit, cela ne devrait même pas faire l’objet d’un débat : soit on considère qu’on ne peut pas mettre en garde à vue des individus sous le prétexte qu’ils sont en réunion, qu’ils pourraient éventuellement intenter des actes violents ou des dégradations, et dans ce cas Glanz n’avait pas à y être placé, nonobstant sa qualité de journaliste. Ou bien on considère qu’on peut effectivement mettre en garde à vue des individus sous ce prétexte, et dans ce cas, Glanz n’avait pas à y échapper au prétexte qu’il est journaliste. Toute autre position consiste à dire que le militant, s’il n’a pas une carte de journaliste, peut se voir embastiller arbitrairement, là où le journaliste doit échapper à ce traitement grâce à sa profession.

Ici, on aura noté toute l’importance de la notion d’isonomie et de celle, encore plus importante, d’état de droit pour lequel on n’aura guère de mal à argumenter que la France ne s’en rapproche plus trop. Pourtant, c’est bien cela que la presse devrait mettre en avant. C’est bien ce combat, celui d’un état de droit, d’une isonomie réelle et mesurable partout, que la presse devrait porter à chaque occasion possible.

Or, tout le problème est là : les journalistes et éditorialistes sont prompts à s’embraser pour ce qui s’apparenterait à une coercition trop méchante envers leur caste, en oubliant qu’elle devrait s’exercer avec la même force sur eux que sur le reste du peuple (ou, disons, que la Loi devrait appliquer la même clémence au peuple que sur leur caste), par stricte application de cette isonomie qui n’existe plus depuis un moment dans le pays et dont, très manifestement, ces journalistes s’accommodaient fort bien.

Autrement dit, plutôt que dénoncer une atteinte à la liberté de la presse, nos éditorialistes de combat devraient plutôt profiter de l’occasion pour rappeler la nécessité d’une réelle égalité des citoyens, de tous les citoyens, devant la Loi.

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  • nos éditorialistes de combat devraient plutôt profiter de l’occasion pour rappeler la nécessité d’une réelle égalité des citoyens, de tous les citoyens, devant la Loi.

    Au pays des privilèges, cela va être dur à faire passer. Ils préféreront une nouvelle taxe au prétexte de l’isonomie et ne feront aucune économie, la somme étant divertie.

  • Je suis moi aussi particulièrement énervé par cette licence d’exercice de la liberté d’expression que les journalistes revendiquent de plus en plus.
    Je réagis tout de même à la mise en contexte en début d’article : la situation était donc assez tendue et quelque peu chahutée, on imagine la foule qu’il devait y avoir pour nécessiter l’usage d’une grenade de désencerclement… heureusement la complexité des différentes manœuvres et la densité de la foule n’ont pas empêché nos agents surentraînés de détecter le danger imminent que représentait ce doigt d’honneur et d’embarquer cet individu. Je pense qu’il pourrait aussi être poursuivi pour une mise en danger des personnes et des biens, car les policiers ont été obligé de cesser ces fameuses manœuvres et le désencerclement en question pour interpeller cette personne en toute urgence.
    Plus vraisemblablement, cette personne a bien été visée individuellement et l’utilisation de la grenade n’était pas régulière. Et que le journaliste ait eu une attitude militante ou non, voire provocatrice peut-être, ne me semble pas rentrer dans les conditions d’utilisation de cet outil. Et si des journalistes peuvent être engagés, je pense à l’inverse que ce n’est pas le cas des forces de l’ordre dont la posture ressemble pourtant à celle de l’adversité envers les manifestants ; accessoirement si la couverture des journalistes des manifestations comme d’une sorte de match sportif entre manifestants et forces de l’ordre doit être possible, puisque de l’ordre de la liberté d’expression, elle n’est pas forcément judicieuse non plus. Le maintien ou le retour à l’ordre nécessiterait sans doute une approche plus pacifiste, ce qui n’empêche pas l’autorité qui fonctionne relativement mal à travers des tactiques qui apparaissent débiles à tous.

    • @ropib
      Bonjour,
      « heureusement la complexité des différentes manœuvres et la densité de la foule n’ont pas empêché nos agents surentraînés de détecter le danger imminent que représentait ce doigt d’honneur et d’embarquer cet individu. »
      L’individu en question est un vrai danger puisqu’il est fiché « S ». Les agents surentraînés ont dû le repérer parmi la foule. (La grenade était peut-être un appeau à fiché S ?)
      Il est aussi à l’origine d’une photo d’un certain A. Bénalla portant un brassard de police.

      • Si c’est bien le type de Benalla, ce sera vraiment un grosse couche de chantilly sur le tas de merde macronien…on va se régaler!
        Quoi qu’il en soit, pour sortir par le haut de tous ces débats sur la liberté de la presse, il faut toujour revenir à l’essentiel: comment sortir l’état avec ses subventions et ses monopoles règlementaires du marché de l’information et des idées. Mais ceci est un « vaste programme » et il est tard.

    • Je pense qu’il faut attendre les résultats de l’instruction : est-ce que le doigt était chargé ?

  • La carte de presse sert a quoi a part s’affranchir du droit et payer moins d’impots ?

    • c’est un blanc-seing pour la propagande d’Etat..

      • L’argent de l’impôt est pris légalement, par la force du monopole de la violence détenu par l’Etat. Mais cela reste une extorsion.

        Toute la manipulation consiste à présenter cet argent, comme destiné à la “solidarité”, à la “justice sociale”, à “la réduction des inégalités”, au “vivre-ensemble”.

        ==>> Le rôle des médias officiels est donc ESSENTIEL puisqu’il consiste, par rabâchage permanent à présenter le vol initial sous son côté le plus positif, à nous anesthésier, à tuer toute idée de contradiction.

    • A calomnier tous ceux qui ne sont pas de gauche ou ne suivent pas la mode du moment, islamophile en l’occurrence! Finkelkraut en constate les effets!

  • tout à fait…et comme d’HAB le vrai sujet ne sera pas abordé;;

  • Petit rappel pour ceux qui ignoreraient que les journalistes , et ceux qui les financent, ne perdent pas une occasion de demander un petit avantage fiscal de plus. A la suite de l’attaque et du massacre de « Charlie Hebdo » (environ 2 semaines plus tard), l’assemblé nationale a voté une loi permettant la déduction fiscale des investissements dans les entreprises de presse et de média. Une déduction spéciale sur l’impôt sur les sociétés en faveur des entreprises de presse est donc, depuis cette date, prévue par l’article 39 bis A du code général des impôts. Ces titres sont donc autorisés à constituer une provision déductible du résultat imposable, en vue de faire face à « différentes dépenses d’investissement ». Pas mal joué non ?

  • Et ce n’est pas tout . Petite niche fiscale de plus au bénéfice de la presse (politique uniquement) . Souscrire au capital d’une entreprise de presse ouvre droit à une réduction d’impôt sur le revenu. Pour que l’investissement soit éligible à l’avantage fiscal, ladite entreprise de presse doit remplir certaines conditions : l’objet de son exploitation doit être un quotidien, une revue largement dédiée à l’information politique ou encore un site de presse en ligne consacré, là encore, pour une large part à l’information politique. La réduction se calcule sur le montant des versements, dans la limite de 1 000 euros par an et par contribuable (2 000 euros pour les couples soumis à une imposition commune). Son taux est de 30%. Il est porté à 50% lorsque l’entreprise dispose du statut d’entreprise solidaire de presse d’information. Soit au maximum 600 euros de réduction pour un couple marié ou lié par le Pacs pour 2 000 euros de versements (hors entreprise solidaire de presse d’information).

    • Pour rappel (après l’avoir lu : je vous y engage) le pacte de Marrakech impose aux pouvoirs politiques « bien-pensants » de jouer sur la distribution des subventions à la presse pour s’assurer d’une attitude bienveillante envers l’immigration (illégale par ailleurs…mais cela ne s’énonce plus)

  • Dans le passé, les privilèges étaient des droits que certains avaient et d’autres n’avaient pas.
    Aujourd’hui, les nouveaux privilèges c’est de ne pas se voir appliquer la loi qui dans les mêmes circonstances condamne les autres.

  • Excellente mise au point, solide sur le fond avec une dose parfaite d’humour qui pimente le propos sans faire oublier le fond du problème. Bravo et merci !

  • G. Glanz n’est pas au dessus des lois, mais encombrer un tribunal pour un doigt d’honneur pendant une manifestation….Est-ce vraiment sérieux ?

    • Et pour des lunettes de piscine ?
      C’est que les priorités de l’Etat ne sont pas celles des citoyens, c’est tout.

  • Excellent rappel de la nécessité du respect du principe fondamental de l’égalité de tous devant la loi, qui exclut tout type de socialisme.

  • Les commentaires sont fermés.

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