Abrégé de « La Route de la Servitude »

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Le best-seller de Hayek est désormais disponible en « abrégé » de 40 pages. Un manifeste libéral toujours d’actualité.

Par Francis Richard.

Comme l’explique Benoît Malbranque, président de l’Institut Coppet, dans sa préface, le livre détonnant de Friedrich Hayek, publié en 1944 (et inspiré de Tocqueville), n’aurait pas connu l’immense succès d’édition qu’il a eu sans cet abrégé paru dans le Reader’s Digest en avril 1945.

Son auteur, Max Eastman, fut commissionné par la revue pour le faire. Sa diffusion à 600 000 exemplaires est à comparer aux 2 000 exemplaires de l’édition originelle, qui ne pouvait qu’être destinée à une petite caste d’intellectuels brillants. Pour la première fois, ce texte promoteur est publié en français.

Friedrich Hayek a compris qu’en Allemagne ce sont en grande partie des gens de bonne volonté qui, par leur politique socialiste, ont pavé la voie aux forces politiques qui défendent tout ce qu’ils détestent : les tendances socialistes du début du XXe ont eu pour résultat la montée du fascisme et… du marxisme.

En concentrant le pouvoir économique au service d’un plan unique, au lieu qu’il soit exercé par une multitude, on accroît le pouvoir de l’homme sur l’homme que seul le système concurrentiel peut minimiser. Instrument du pouvoir politique, ce pouvoir crée un degré de dépendance qui se distingue à peine de l’esclavage.

L’individualisme repose sur le respect du christianisme pour l’homme individuel et sur la conviction qu’il est souhaitable que les hommes soient libres de développer leurs propres dons et leurs propres penchants. Les énergies libérées à partir de la Renaissance ont permis ainsi le merveilleux progrès de la science.

Ce succès du libéralisme a été paradoxalement la cause de son déclin au début du XXe : on croit pouvoir accélérer le progrès en remettant en cause les forces spontanées d’une société libre qui l’ont permis. On les remplace par une direction collective et « consciente » et on détruit la liberté en voulant faire de l’État le paradis sur Terre.

Le libéralisme n’est pas un laissez-faire dogmatique. La concurrence ne peut en effet fonctionner de manière bénéfique que dans un cadre juridique mûrement réfléchi, sans qu’intervienne l’autorité de manière coercitive et arbitraire. Cette dernière ne réglemente que là où les conditions de la concurrence ne peuvent être créées.

Socialisme et liberté sont antinomiques, à moins de pervertir le sens du mot liberté, qui ne se définit plus vis-à-vis de la coercition, vis-à-vis du pouvoir des autres hommesDans l’acception socialiste, il signifie libération par rapport à la nécessitérelâchement de la contrainte des circonstances et, donc, redistribution de la richesse.

Seulement l’économie planifiée ne produit jamais les fruits espérés. Ce qu’on nous promet comme la Route de la Liberté est en fait l’autoroute de la servitude :

– La liberté individuelle ne peut être réconciliée avec la subordination permanente de toute la société à un seul but suprême.

– Ce sont les pires élements qui se retrouvent au sommet, car ils ne doivent pas se différencier par l’éducation ou l’intelligence : ils ne peuvent que s’entendre sur des normes morales basses, pour convaincre le plus grand nombre avec des slogans simplistes et un programme basé sur la haine de l’ennemi, sur l’envie des mieux lotis.

Alors que, dans un État de droit, le gouvernement est lié par des règles fixées et annoncées à l’avance […], l’autorité de planification ne peut pas se lier d’avance par des règles générales qui empêchent l’arbitraire, parce que ses décisions dépendent des circonstances et des intérêts de diverses personnes et de divers groupes.

La planification est-elle inévitable ? En tout cas, comparée au système concurrentiel dans les sociétés complexes où les entrepreneurs peuvent ajuster leurs activités à celles de leurs semblables, avec son organe central elle est incapable de connaître les conditions de la demande et de l’offre de différents produits, en constante évolution.

La planification donne l’illusion aux hommes de les libérer de leurs problèmes économiques et des choix amers qu’ils impliquent en les faisant pour eux. En réalité elle les asservit en dirigeant presque toute leur vie, puisque, dans les conditions modernes, [ils] dépendent pour presque tout des moyens que fournissent [leurs] semblables.

Il y a enfin deux sécurités économiques :

– la certitude d’un minimum donné de subsistance pour tous ;

– la sécurité d’un niveau de vie donné, de la position relative dont jouit une personne ou un groupe par rapport aux autres.

La première peut être garantie dans les sociétés modernes sans mettre en péril la liberté générale. La seconde ne peut l’être puisqu’il s’agit de protéger les individus ou les groupes contre la diminution de leurs revenus, ce qui revient à privilégier certains aux dépens des autres, sous la forme de la « régulation » de la concurrence, de la « stabilisation » des prix et des salaires particuliers.

Deux types d’organisation sociale s’opposent donc et sont irréconciliables : ou bien le risque et le choix sont chez l’individu, ou il est dispensé des deux, mais, s’il accepte d’en être dispensé, cela veut dire qu’il préfère (ou est conditionné à préférer) son aspiration à la sécurité à son amour de la liberté.

Hayek cite Benjamin Franklin : Ceux qui abandonneraient la liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté ni la sécurité.

Il conclut : Le principe directeur de toute tentative de créer un monde d’hommes libres doit être ceci: une politique de liberté pour l’individu est la seule politique vraiment progressiste.

À lire de nos jours Hayek, nous comprenons encore mieux pourquoi il avait dédié son livre aux socialistes de tous les partis

Abrégé de La route de la servitude de Friedrich Hayek, 40 pages, Institut Coppet (traduit de l’anglais par Gérard Dréan)

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