Afrique : l’enseignement privé est-il vraiment réservé aux riches ?

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Afrique : l’enseignement privé est-il vraiment réservé aux riches ?

Publié le 27 février 2019
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Par Andrew Kern.
Un article de Libre Afrique

Dans son livre The Beautiful Tree, James Tooley a étudié le secteur de l’éducation de nombreux pays pauvres, notamment l’Inde, le Nigeria, le Ghana, le Kenya et la Chine. Il constate que les responsables de l’éducation publique n’ont pas toujours connaissance de l’existence d’écoles privées pour les pauvres. L’enseignement privé est généralement considéré comme un luxe pour les riches.

Un déni gouvernemental

Les recherches de Tooley ont montré que la scolarisation privée à faible coût et généralement non réglementée, constituait un marché florissant dans de nombreux pays. Au Nigeria, par exemple, Tooley notait :

Nous avons trouvé 32 écoles privées dans le bidonville de Makoko, dont aucune n’est reconnue par le gouvernement, et nous estimons qu’environ 70 % des écoliers de Makoko sont passés par l’une de ces écoles privées. Dans les zones pauvres de l’État de Lagos, c’est 75 % des écoliers qui fréquentent des écoles privées rarement reconnues par le gouvernement.

Par ailleurs, l’équipe de Tooley a localisé 586 écoles privées dans les villages de Gansu, en Chine. Officiellement, il n’y avait que 26 écoles dans le Gansu, qui étaient toutes des écoles publiques situées dans les plus grandes villes. La politique en Chine consiste à nier l’existence de ces écoles privées. Après tout, la Chine avait déjà déclaré que l’objectif de l’école primaire publique universelle avait été atteint.

Qualité de l’enseignement : privé versus public

La recherche de Tooley fournit un aperçu unique de la comparaison de l’enseignement public avec des alternatives privées. L’absentéisme des enseignants dans les écoles publiques est probablement le problème le plus flagrant. En visitant une école publique en Inde, Tooley a observé 130 étudiants confinés dans une seule pièce. Le directeur de l’école a mentionné que les autres enseignants étaient absents ce jour-là. « Ils seront tous les jours absents », a déclaré le responsable adjoint de l’éducation du district. Transparency International a estimé que le taux d’absentéisme des enseignants dans les pays en développement variait entre 11 et 30 %. Inversement, Tooley a indiqué que lorsqu’il visitait des écoles privées à l’improviste, il était rare de trouver des enseignants absents, et si c’était le cas, un intendant prenait le relais pour la journée.

L’absentéisme des enseignants n’est pas le seul problème. En 2003, le Kenya a mis en place l’enseignement primaire gratuit. De nombreux parents qui ont transféré leurs enfants des écoles privées dans les nouvelles écoles publiques sont rapidement revenus sur leur décision. L’équipe de Tooley a interrogé des parents de quatre écoles différentes qui avaient essayé les écoles publiques. La réponse des parents interrogés défendait la cause de la qualité supérieure des écoles privées.

Ainsi, il a entendu plusieurs déclarations comme celle-ci :

[L’éducation publique] peut être gratuite, mais les enfants n’apprennent pas. Cela rend la qualité de l’éducation médiocre et c’est pourquoi de nombreux parents ont ramené leurs enfants.

Tooley a rencontré des histoires similaires partout où il est allé. Un homme au Nigeria a déclaré :

Nous passons plusieurs fois à côté des écoles publiques et voyons les enfants dehors tout le temps sans rien faire. Mais dans les écoles privées, on les voit tous les jours travailler fort.

Même si ces écoles privées sont fréquentées par des personnes très pauvres, elles perçoivent des frais de scolarité suffisants pour assurer leur fonctionnement. Elles le font en embauchant et en formant personnellement des enseignants qui n’exigent pas de salaires élevés malgré leur formation poussée dans les universités (de nombreux enseignants ont généralement un niveau d’études supérieures). Les écoles à faibles coûts investissent également beaucoup moins dans les bâtiments et les terrains de jeux qui ne sont pas indispensables.

Bien que les frais d’inscription soient suffisamment bas pour être accessibles aux parents des régions pauvres, de nombreuses écoles visitées par Tooley dispensaient également une éducation gratuite aux orphelins, ainsi qu’aux familles extrêmement pauvres. Dans certains cas, 20 % des étudiants bénéficiaient d’une éducation gratuite.

Casser le mythe de l’école publique

Les études que Tooley a menées en Inde, au Nigeria, au Ghana et en Chine, comparant des écoles publiques aux privées reconnues et non reconnues, ont confirmé ses expériences sur le terrain en interaction avec les parents et les enseignants. Ci-dessous les principaux faits relevés :

  • dans les deux types d’écoles privées, l’effectif des classes était plus petit que dans les écoles publiques ;
  • l’engagement des enseignants dans les deux types d’écoles privées était plus fort (en pourcentage d’enseignants présents lorsque nos chercheurs ont appelé à l’improviste) que celui des écoles publiques ;
  • les écoles publiques étaient supérieures aux deux types d’écoles privées sur un seul critère de qualité : l’aménagement de terrains de jeux.
  • lors des tests standardisés dans les principales matières du programme, les enfants des deux types d’écoles privées ont obtenu des résultats plus élevés que ceux des écoles publiques.

En outre, Tooley a noté :

En contrôlant l’éventail des variables de base, y compris l’éducation et la richesse des parents, le QI des élèves et les effets des groupes de pairs, les différences étaient généralement légèrement réduites mais elles étaient généralement toujours en faveur des deux types d’écoles privées dans chaque étude.

Le succès rencontré par les entrepreneurs des pays en développement pour répondre à la demande d’éducation est assez impressionnant, en particulier si on le compare aux échecs de l’alternative gouvernementale. Le mythe selon lequel l’éducation privée serait hors de portée des plus pauvres est brisé.

En fait, il s’agit peut-être du seul moyen efficace d’offrir au plus grand nombre une éducation de qualité. Imaginons ce que ces entrepreneurs privés de l’éducation pourraient faire avec les budgets octroyés chaque année à un secteur public amorphe ! Au lieu de cela, ils sont soumis à la pression de la lourde réglementation et à la corruption. C’est le prix de leur exercice au service des plus pauvres.

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  • Merci pour cet article.
    Après est ce que cela peut être transférable à la France? Je me posait la question car je suis totalement pour le chèque éducation+autonomie mais cela veut dire que l’Etat/le contribuable participe à travers l’impôt.

    J’ai cru comprendre que certains libéraux souhaiteraient supprimer l’éducation nationale et laisser totalement libre le marché de l’éducation.

    A votre avis, quel serait le plus efficace? J’avoue que j’ai un peu de mal à voir une absence totale de l’impôt dans l’éducation. En tout cas sans une bonne transition.

    • @ Koris
      Évidemment non!
      Avec la retraite (payée par les actifs et pas par un fond constitué), à 60 ans (30 à 50 ans d’espérance de vie!), même les adultes sans enfants doivent contribuer à la formation des mineurs: c’est pure logique.
      Pour le reste, le monopole de l’état dans l’instruction publique est une foutaise!
      L’enseignement se pratiquait bien avant 1789! Et l’argent n’a jamais fait que salir ce dont on parle.

      • Merci Mikylux pour votre réponse.
        Effectivement et heureusement, les citoyens n’ont pas attendu l’Etat pour s’instruire.

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