Novembre, de Jean Prod’hom

Un récit de voyage, mais aussi une quête existentielle qui nous amènent à découvrir une terra incognita: la région du Plateau suisse, dite des Trois-Lacs.

Par Francis Richard.

Novembre, c’est un nom qui sent la vanille et les feux de brindilles, un poème de fin de saison. Ses jours ont la faculté de ralentir et de rester aussi éloignés de décembre que la sensible de la dominante…

Rayé des cadres de la fonction publique, autrement dit retiré du monde et de ses affaires, Jean Prod’hom s’y sent attaché comme jamais peut-être. Son Novembre en apporte la preuve.

Un samedi de fin octobre, il apprend que S., un homme de près de quatre-vingts ans, auquel il rend visite dans un EMS, Chantemerle, n’en a plus pour longtemps, pris qu’il est d’un mal soudain.

S. préfère que personne ne vienne le distraire et lui déclare qu’il a certainement mieux à faire que de [s’]occuper de lui. Il accepte de s’éloigner de lui et de se rapprocher du monde que son ami va quitter…

Un périple

Il entreprend donc, en ce mois de novembre, un périple de dix jours, d’Orbe à Soleure, dans le pays des Trois-Lacs :  La mort prochaine de mon ami m’incita à sortir et aller au-devant des choses.

Et son programme est tout tracé : Ces dix jours j’avais à les vivre de mon côté, sans non plus perdre de vue la mort si loin qu’elle fût, mais en marchant sur l’autre versant, la vie à portée de main.

La vie, c’est l’histoire des hommes et des lieux ; ce sont les rencontres, les chardonnerets, les pierres erratiques (témoins de l’ère glaciaire), les corrections des défauts des terres, des eaux et des hommes…

Les voyages ne sont plus ce qu’ils étaient et les notes prises route faisant non plus : Les tablettes ont remplacé le papier et le stylo, qu’on égarait au moment même où on en avait le plus besoin.

Ce voyage nourrit sa réflexion sur la sauvegarde des milieux naturels et de leurs hôtes. Il ne s’agit pas d’offrir un refuge à ceux qui en manquent par générosité mais parce qu’ils nous sont essentiels :

Nous ne serions rien si nous n’éprouvions physiquement les limites mystérieuses que les autres êtres tracent autour de nous, les joies et les peines qu’induisent nos mitoyennetés.

Novembre, Jean Prod’hom, 320 pages, éditions d’autre part

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