Les carabines AR-15 sont-elles une menace pour la sûreté publique ?

AR-15 smoking by Vlad Butsky (CC BY 2.0) — Vlad Butsky, CC-BY

Est-il vrai que l’AR-15, une arme populaire détenue par des millions d’Américains, est une réelle menace pour la sûreté publique ?

Par Being Classically Liberal’s.
Un article de Foundation for Economic Education

Les carabines AR-15 sont-elles une menace pour la sûreté publique ? Voici ce qu’en disent les données.

De Parkland, en Floride, à San Bernardino, en Californie, la carabine semi-automatique AR-15 et ses variantes sont semble-t-il devenues les armes de choix des tueurs de masse aux États-Unis.

Beaucoup de gens ont du mal à admettre que des citoyens ordinaires devraient pouvoir légalement détenir des prétendues « armes de guerre », lesquelles, selon eux, ne devraient pas quitter les mains des militaires.

Par exemple, selon Pew Research, 81 % des Démocrates et même 50 % des Républicains considèrent que l’État fédéral devrait interdire les « carabines typées assaut » comme l’AR-15. Étant donné la quantité importante de massacres que les AR-15 et assimilés ont causés, il est sensé de penser que la population civile ne soit simplement pas digne de confiance de posséder de telles armes, non ?

Peut-être. Mais est-il vrai que l’AR-15, une arme populaire détenue par des millions d’Américains, est une réelle menace pour la sûreté publique, si dangereuse qu’elle mérite d’être interdite voire confisquée par l’État fédéral ?

On n’insistera jamais assez sur le fait qu’un homicide, quel qu’il soit, est une tragédie mais afin de prendre la mesure d’à quel point les carabines « typées assaut » peuvent être un danger pour la sûreté publique, il faut comparer leur emploi dans les homicides aux autres moyens.

Source de données et méthodologie

Le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies –CDC, Center for Disease Control– et le FBI sont les deux sources qui font autorité pour les statistiques sur les homicides aux États-Unis.

Pour le Bureau of Justice Statistics (BJS), les rapports du CDC « publient des tendances plus précises sur les homicides au niveau national «  parce qu’ils prennent en compte moins de sous-déclarations que les statistiques du FBI.

Toutefois, les données sur les homicides enregistrées par le CDC comprennent tous ceux commis par des civils indépendamment de toute intention criminelle. Les données du FBI, à l’inverse, mettent l’accent sur les homicides volontaires (c.à.d. les meurtres) connus de la Police et excluent les homicides involontaires.

Selon le BJS, les données du FBI « permettent de mieux comprendre les circonstances spécifiques entourant les homicides. » C’est particulièrement vrai étant donné que le FBI, contrairement au CDC, enregistre le type d’arme à feu utilisée lors d’un homicide. Pour les besoins de cette analyse, ce sont les informations du FBI qui serviront.

Il faut prendre en compte deux autres limitations des données du FBI.

Tout d’abord, les rapports du FBI ne s’intéressent pas spécifiquement aux carabines « typées assaut » mais plutôt aux meurtres impliquant tous types de carabines, qu’ils soient commis avec un AR-15 ou une arme de chasse.

Ensuite, il se produit chaque année quelques milliers d’homicides pour lesquels le type d’arme utilisée n’est pas indiqué au FBI. Ce qui signifie que quelques meurtres enregistrés sous la rubrique « arme à feu inconnue » peuvent très bien avoir été commis à l’aide de carabines.

Afin de tenir compte de cette sous-déclaration, nous extrapolerons à partir de la partie « carabines » des meurtres par armes à feu où le type d’arme est connu, de façon à pouvoir estimer le nombre d’armes « inconnues » qui étaient en fait des carabines.

Combien de meurtres impliquent des carabines de type AR-15 ?

Si on prend le temps de se pencher sur les données brutes du FBI, il s’avère que toutes les carabines, pas seulement celles « typées assaut », représentent en moyenne 340 homicides par an de 2007 à 2017 (cf Figure 1.). Une fois les nombres ajustés pour prendre en compte la sous-déclaration, on arrive à une moyenne de 439 par an.

La figure 2 compare les homicides par carabine avec ceux commis avec autre chose que des armes à feu. Croyez-le ou pas, entre 2007 et 2017 presque 1700 personnes ont été tuées à l’aide d’un couteau ou autre objet tranchant chaque année. C’est environ quatre fois le nombre de personnes tuées par un agresseur avec quelque carabine que ce soit.

Figure 1. La fréquence relative et absolue des homicides par carabine 2007-2017

Figure 2. Homicides par année et par arme 2007–2017

Quelle que soit l’année, pour chaque personne tuée avec une carabine, il y en a 15 avec une arme de poing, 1,7 à mains nues et 1,2 avec des objets contondants. En fait, les homicides commis avec n’importe quel type de carabine représentent à peine 3,2 % de la moyenne de tous les homicides sur la décennie écoulée.

Dans la mesure où les statistiques du FBI se rapportent à toutes les carabines, la fréquence des homicides commis avec des armes « typées assaut » comme l’AR-15 est nécessairement moindre, vu que ces armes représentent une fraction de toutes les carabines utilisées lors de crimes.

Selon une analyse du New York Times, depuis 2007, au moins « 173 personnes ont été tuées dans des tueries de masse impliquant des AR-15 aux États-Unis. »

C’est 173 étalées sur une décennie ce qui fait une moyenne de 17 homicides par an. Pour mettre cela en perspective, il suffit de considérer qu’à ce rythme, il faudrait presque un siècle de tueries de masse avec des AR-15 pour produire autant de victimes d’homicides chaque année qu’il y en a du fait des couteaux et autres objets tranchants.

Avec une moyenne de 13 657 homicides par an sur la période 2007-2017, environ un dixième de pourcent de la totalité ont été des tueries de masse impliquant des AR-15.

Conclusion

Les tueries de masse impliquant des carabines telles que l’AR-15 peuvent engendrer des dizaines de victimes d’un seul coup, et combinées à une large couverture médiatique, elles ont amené beaucoup de gens à croire que de telles armes posent un réel problème de sûreté publique.

Cependant, de telles tueries sont extrêmement rares, et l’étude des chiffres du FBI nous apprend que les homicides avec ces types d’armes ne représentent qu’une infime partie de tous les crimes violents. Les interdire ou les confisquer à la population civile ne réduirait quasiment pas le taux de criminalité violente en Amérique.

Traduction pour Contrepoints de « Are AR-15 Rifles a Public Safety Threat? Here’s What the Data Say » par Joel Sagnes.