Interdiction des armes d’assaut : juste une question d’apparences

Woman shooting AR-15 by Tac6 Media (CC BY 2.0) — Tac6 Media, CC-BY

Interdire des armes uniquement en fonction de leur apparence est contreproductif. C’est pourtant ce que prévoit le dernier projet de loi de la sénatrice Dianne Feinstein.

Par Mark McDaniel.
Un article de Reason

Le dernier projet de loi de la sénatrice Dianne Feinstein classe les armes à feu non pas en fonction de leur usage mais en fonction de leur apparence.

Une suite de tueries de masse sur-médiatisées ces dernières années a provoqué un mouvement visant à mettre hors-la-loi les armes dites d’assaut, en particulier le très populaire AR-15.

Le 9 janvier, la sénatrice démocrate de Californie Dianne Feinstein a proposé une loi fédérale interdisant les armes d’assaut — un texte présenté comme une mesure de bon sens, sauvant des vies. Mais sa définition d’une arme d’assaut est totalement arbitraire.

Les propositions comme celle du dernier projet de loi de Feinstein laisse les tireurs face à un tas de problèmes tous aussi funestes les uns que les autres.

« Une arme d’assaut, c’est tout ce qui est concerné par l’interdiction des armes d’assaut » dit Jacob Sullum, rédacteur en chef de Reason et auteur d’un reportage sur ce sujet dans le numéro de juin 2018.

« Les critères qui permettent de les caractériser ont peu voire rien à faire avec le niveau d’efficacité ou la capacité à tuer qu’elles peuvent avoir entre les mains d’un tueur de masse. »

L’État fédéral a interdit les armes d’assaut en 1994, quand le Président Bill Clinton a signé une loi, également soutenue par la sénatrice Feinstein. Cette loi a expiré 10 ans plus tard. Dans le même temps, sept états plus le District de Columbia ont instauré leur propre interdiction des armes d’assaut.

Il y a peu de preuves que la loi de 1994 ait permis de réduire le nombre de morts par armes à feu, entre autres parce qu’elle tenait principalement de la posture symbolique.

« À moins de plonger dans le détail de ce que font ces lois, il est impossible de comprendre à quel point elles sont arbitraires », dit Sullum.

Aussi bien dans la loi de 1994 que dans ses nouvelles versions, les armes d’assaut ne sont pas caractérisées par ce qu’elles permettent de faire mais par leur apparence.

Les critères utilisés dans les lois interdisant les armes d’assaut et qui permettent de déterminer celles qui en sont ou pas sont principalement les poignées-pistolet, les crosses télescopiques ou repliables, les bouches de canons filetées et les manchons-refroidisseurs. Ces caractéristiques sont purement cosmétiques.

« Il suffit qu’une arme présente n’importe laquelle de ces spécificités pour qu’elle devienne une arme d’assaut. Et en réalité, il y a des tas d’exemples de ce style. »

Par exemple, comparez la Ruger Mini-14 Ranch Rifle avec l’AR-15. L’une ressemble à une carabine de chasse, l’autre à une arme militaire. Bien que ces carabines diffèrent par leurs fabricants et origines, d’un point de vue pratique, elles sont identiques. Elles tirent à la même cadence une munition de même calibre et en raison de longueurs de canon équivalentes, leur balistique est à peu près identique. Mais une seule est une « arme d’assaut. »

Autre idée fausse : que les armes d’assaut sont « automatiques », c’est à dire qu’elles tirent de manière continue jusqu’à ce que la détente soit relâchée ou que les munitions soient épuisées. L’État fédéral a prohibé la fabrication de nouvelles armes automatiques pour le marché civil en 1986.

La plupart des armes modernes à usage civil sont semi-automatiques : elles ne tirent qu’un coup par appui sur la détente.

« Mais si on parle de la quantité de cartouches qu’on peut tirer en un laps de temps donné », dit Sullum, « n’importe quelle arme semi-automatique sera capable d’en tirer le même nombre. »

Parmi les autres légendes, le fait que les armes d’assaut soient plus puissantes que les autres. En réalité, la puissance d’une arme à feu dépend principalement de sa cartouche. À nouveau, comparons la Ruger Mini-14 Ranch Rifle avec l’AR-15. Toutes les deux tirent la même balle de calibre .223 à la même vitesse. Selon Sullum :

« On trouve aussi quantité de carabines de chasse plus puissantes et qui peuvent occasionner plus de dégâts à la même distance que de prétendues armes d’assaut ».

La .308 Winchester, qui est une des cartouches les plus couramment utilisées à la chasse, a plus du double d’énergie à l’impact qu’une des munitions tirées dans un AR-15.

Encore une autre rengaine : les armes d’assaut peuvent tirer plus de coups que les autres avant rechargement. Mais c’est le chargeur, qui n’est qu’un boîtier amovible muni d’un ressort, qui détermine combien de fois on peut tirer. Et de nombreuses armes qui ne sont pas étiquetées « arme d’assaut » acceptent les chargeurs à grande capacité.

« On trouve des chargeurs à grande capacité, c’est à dire qui contiennent plus de 10 cartouches… pour des armes qui ne sont pas considérées comme des armes d’assaut », explique Sullum. « Là encore, ce n’est pas une caractéristique qui distingue les armes d’assaut des autres ».

Interdire des armes uniquement en fonction de leur apparence est contreproductif. Cela complique toute discussion de bonne foi sur les solutions efficaces à apporter à la violence armée.

« Je ne dis pas que tout le monde devrait posséder un AR-15 » dit Sullum, « mais les gens qui veulent en avoir ont leurs raisons et l’État ne devrait pas formuler d’autres hypothèses sans avoir une très sérieuse justification. Et celle qui est avancée pour l’interdiction des armes d’assaut est virtuellement nulle et non avenue car insensée. »

Traduction par Joël Sagnes de « Assault Weapon Bans Are All About Appearance »  pour Contrepoints.