Sur les routes d’Europe, de Jean Buhler

Un roman de la jeunesse en forme de bréviaire ou de manifeste.

Par Francis Richard.

– Je n’irai pas à Neuchâtel, monsieur. Enfin, très probablement pas. Je désire voyager.

– Mais, ce n’est pas une profession.

– Non, c’est une vocation.

Jean B. vient d’être bachelier et de prévenir le directeur qu’il rejette tout enseignement et qu’il va partir.

À son père il chante un même refrain, où gronde davantage sa révolte contre un avenir qu’il lui a tout tracé :

Tu voudrais faire de moi un arriviste. Arriver, c’est s’arrêter. Je sais que ma vie sera celle d’un passant, en qui rien ne meurt et qui n’arrive jamais.

À trois heures du matin suivant, il met ce programme à exécution et dit à sa mère (qui ne dort pas) qu’il va en promenade avec des amis, pour plusieurs jours, il ne sait pas où.

Un premier mensonge

C’est un premier mensonge. Ce ne sera pas le dernier. C’est en mentant aux autres et à lui-même qu’il va se sortir des situations où il se met.

Ce sont les dernières années d’avant la Seconde Guerre mondiale. Mais ce contexte n’est pour rien dans sa volonté de vivre sur les routes du monde.

S’il a de l’ambition, c’est celle d’un vagabond, à qui ses compagnons de route collent l’étiquette de trimardeur, donc à rebours de celle des autres :

Elle consiste à me séparer de la masse par le bas au lieu de m’élever au-dessus d’elle.

Jean B. est un piéton, reconnaissant envers ses pieds :

Bons pieds pèlerins, bons pieds missionnaires, modestes serviteurs, portez en mon esprit la bonne nouvelle des horizons conquis.

Jean B. aimerait échapper à la contrainte de l’hérédité :

Comment forcer à naître cet être qui sourd en vous, vous précède sur les routes et déjà, nourri de son rêve, se souvient de l’avenir ?

Vers l’aventure

Jean B. va se rendre à Rome, la belle ville, à Naples, sans avoir envie du tout de mourir, puis va embarquer pour l’Albanie.

Ensuite il va parcourir la Mitteleuropa, faire escale à Paris avant de se retrouver enfin en Allemagne sur un chantier ferroviaire.

Ses aventures l’auront aguerri. Ses rencontres l’auront mûri. L’apatride volontaire aura fini par perdre son enfance :

Le monde m’a appris l’obligation de se confier, de se raconter, et d’imprimer durement ses pas sur les routes éphémères.

Sur les routes d’Europe – Souvenirs d’un vagabond, Jean Buhler, 200 pages, La Baconnière (sortie le 11 janvier 2019)

Sur le web