Folmagories, de Dunia Miralles

Des nouvelles fantastiques dans lesquelles les protagonistes apprennent à revenir à l’essentiel qui est d’aimer et d’être libres, non sans un brin de folie…

Par Francis Richard.

Dunia Miralles baptise d’un néologisme les nouvelles de son recueil : ce sont des Folmagories.

Ce mot de folmagorie est connoté. Il fait bien sûr penser à fantasmagorie, sauf que l’auteure ajoute à ses récits allégoriques une pincée de folie…

La Verde est une sorcière d’antan. Le narrateur s’est réfugié sur la Costa Blanca pour écrire son histoire qui sera la trame de son prochain roman.

Il a loué un appartement au seizième étage (l’avant-dernier) d’un building inhabité, pour être tranquille. Mais il n’arrive pas à trouver l’inspiration :

Dès que je tente de me concentrer, à l’étage au-dessus un enfant vagit. Souvent de longues heures, avec une régularité monotone. Infatigable.

Une folle ivresse

La nécromancienne de son roman le pousse au délire. Il décide d’aller voir ce qui se passe au-dessus pour en avoir le cœur net et connaît alors une folle ivresse…

Vouivre est enfouie au fond d’un puits situé en-dessous d’un moulin construit après la mort de Jean-Jacques Rousseau et du vivant du Marquis de Sade.

Sous la scène de ce moulin devenu club sont établis les bureaux de l’administration où travaille la narratrice, seule femme parmi des misogynes.

Les clubistes font tant de grabuge que des créatures finissent par sortir du puits : d’abord Radon, puis Troll et Vampire, enfin Vouivre… qui la séduit immédiatement :

Amoureuse de son teint blême, de la fragilité de ses ailes et du mystère de sa légende, je sustentais la chimérique femelle de ma dilection…

Le cimetière de Staglieno se trouve dans un quartier populaire de Gênes : Une île protégée où abonde l’art et la verdure au milieu des navrantes activités de la tapageuse humanité.

Sortir d’ici

La narratrice s’y promène en pensant à celui qui lui manque tant et sans lequel elle a vécu vingt-cinq ans. Elle se demande ce qu’ils attendent pour s’aimer.

Dans dix minutes le célèbre cimetière ferme. Mais elle est perdue et elle presse le pas. Elle est comme prisonnière. Elle panique, s’essouffle, sans cesser de penser à lui :

Je veux sortir d’ici.

Je veux te revoir.

Je veux t’aimer.

Appolutin et Rizhada sont au pied de la Tour Jürgensen aux Brenets, dont la vue extraordinaire justifie largement la construction par Jules Frederik.

Ils veulent y pénétrer mais ils en sont empêchés par un sorcier qui les met en garde : La magie hante le visible et l’invisible. Il leur faut découvrir où elle se cache.

Auparavant il leur faudra combattre les feux-follets qui, depuis que les marais ont été asséchés, se livrent à des démoneries quand ils sont autorisés à quitter les gouffres :

Quand un malin des marais prend le contrôle d’une personne, il la force à devenir misanthrope, médisante, intolérante, conformiste, harceleuse, jalouse, manipulatrice et méchante…

Dans L’Envol, Sarah ne digère pas qu’il lui ait envoyé un texto dépourvu de la moindre sympathie pour rompre avec elle après six mois passés ensemble :

Quel con ce mec !

Mais quel con !

Hissée sur la rambarde de la terrasse d’un chalet, qui surplombe un vide d’où jaillissent les sommets d’épicéas, bandant ses muscles, elle s’apprête à …

C’est à ce moment-là qu’une buse qui s’est posée à proximité lui dit : – Arrête ! C’est pas comme ça qu’on fait ! , sous-entendu : C’est pas comme ça qu’on vole.

En fait, à proprement parler, Sarah n’entend pas la buse mais elle perçoit sa pensée et c’est en la percevant qu’elle ouvrira son esprit et l’élargira…

Dans chacune de ces nouvelles fantastiques, les protagonistes apprennent à revenir à l’essentiel qui est d’aimer et d’être libres, non sans un brin de folie…

Folmagories, Dunia Miralles, 112 pages, L’Âge d’Homme

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