Centenaire de 1918 : le bleuet et le coquelicot

L’Europe, comme le bleuet et le coquelicot, est bien ce continent qui a continué à fleurir en dépit des terreurs.

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Gone but not forgotten by Farrukh(CC BY-NC 2.0)

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Centenaire de 1918 : le bleuet et le coquelicot

Publié le 11 novembre 2018
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Par Jean-Baptiste Noé.

Même si rares sont ceux qui se lèvent pour participer aux défilés qui parcourent les nombreuses communes de France pour le 11 novembre, personne ne peut totalement oublier qu’il y a un siècle mourait Péguy dans un champ de blés mûrs, et une grande partie de la jeunesse d’Europe. À défaut de guerre courte, nous eûmes une combustion lente.

Bien sûr la France de 2018 a le chômage, les déficits, les impérities gouvernementales, mais jeter un regard vers hier permet aussi de mesurer l’immense chemin parcouru. Nous avons finalement les problèmes des nations riches, maintenant que nous avons évacué toute potentialité de guerre armée avec l’Allemagne. Verdun demeure un souvenir terrible, mais c’est un souvenir qui ne semble pas pouvoir se reproduire.

En un siècle, l’Europe a-t-elle vraiment connu le déclin ? Ce monde d’hier sur lequel pleure Stefan Zweig était-il moins glorieux que le monde d’aujourd’hui ? Quand on peut passer un week-end prolongé dans n’importe quelle capitale d’Europe, désormais à quelques heures de vol de Paris. Quand le Rhin est présenté comme l’axe économique structurant de notre continent, et non plus comme la frontière d’où surgira l’ennemi. Quand, dans les classes françaises, les cartes représentent un continent unifié, et non plus les provinces perdues à reprendre, c’est bien que l’Europe, en dépit de ses deux tragédies continentales, a marché, a progressé, et que nous avons aujourd’hui atteint un niveau de vie que nos ancêtres de 1914 ne peuvent que nous envier.

Cette année encore, les Anglais portent à leur boutonnière le poppy, le coquelicot, symbole de leurs jeunes soldats tombés au milieu des fleurs rouges et des blés jaunes, notamment dans les champs de Flandres, dont le soldat canadien John McCrae a évoqué la tragédie dans son poème : In Flanders fields the poppies blow / Between the crosses row on row. De suite après la guerre, la tradition s’est créée de produire et de vendre des coquelicots afin de récolter de l’argent en soutien aux gueules cassées.

La même coutume se fait en France, mais avec le bleuet. C’est le 11 novembre 1934 que, pour la première fois, le bleuet est vendu dans les rues de Paris. Le succès est important et la vente se perpétue les années suivantes ; cette fois dans toute la France.

Au milieu des combats, le bleuet et le coquelicot étaient les seules fleurs à pousser dans la boue, dans ces champs dévastés par le feu. Ils étaient, pour les soldats, le symbole de la vie qui demeure en dépit des milliers de jeunes qui perdaient la leur. Un siècle après, ils conservent leur symbolique et s’appliquent très bien à l’Europe.

C’est proprement incroyable que ce continent ait réussi à se redresser et à se reconstruire pour demeurer parmi les principales places économiques et culturelles du monde. Quand on se remémore l’ampleur des destructions matérielles, les millions de morts, et notamment ces jeunes dont le pantalon était encore bleu à leur arrivée au front, parce que non souillé de boue, et que l’on surnomma bleuet, on mesure le chemin qu’il a fallu parcourir pour assurer le redressement de l’Europe.

Deux guerres mondiales, cinquante ans de communisme, et les efforts considérables de la réconciliation des peuples, pas uniquement la France et l’Allemagne, et du redressement collectif. L’Europe, comme le bleuet et le coquelicot, est bien ce continent qui a continué à fleurir en dépit des terreurs.


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  • Le jardin de l’artiste à Giverny « de Monet ami de Clemenceau ce tableau ou chaque fleur me fait penser à un soldat tué c’ est l’ impression que je ressens curieusement il aurait été peint en 1900

  • Ayez pitié de ceux qui sont morts à la guerre

    Seigneur, s’ils ont pêché, cela ne compte guère !

    Ils ont assez souffert de la faim et du froid,

    De la boue et des poux, dans le sépulcre étroit

    Que, vivants déjà morts, ils se creusaient sous terre !

    Ayez pitié de ceux qui sont morts dans les airs

    Fracassés, comme l’aigle au milieu des éclairs,

    De ceux qui sont tombés, mélangés à la foule,

    Engloutis par la charge et roulés dans sa houle

    Ou, seuls guetteurs perdus, au bord des cieux déserts.

    Ayez pitié de ceux qui sont morts en silence

    Et de ceux qui hurlaient sur le lit d’ambulance,

    Seigneur, ayez pitié de tous ces pauvres morts

    Dont l’âme, par vingt trous, s’échappa de leurs corps,

    Ô vous dont le côté fut percé par la lance.

    Ayez pitié de ceux qui sont morts dans les eaux,

    De ceux que les Shrapnells ont taillés en morceaux

    Que vos anges auront bien du mal à résoudre,

    De ceux que les obus réduisirent en poudre

    Et de ceux que les gaz ont pris dans leurs réseaux !

    Ayez pitié des morts bienheureux dont la cendre

    Engraissera ce sol qu’ils ont voulu défendre

    De leurs corps étendus et de leurs bras en croix,

    Et dont les yeux, ouverts pour la dernière fois,

    Ont reflété l’azur français sublime et tendre !

    Ayez pitié des morts qui dorment tristement

    Sur un roc étranger, sous un ciel inclément,

    Et de ceux-là surtout qui, les plus misérables,

    Auront laissé leurs os captifs dans les sables

    De la Poméranie au Vautour allemand.

    Ayez pitié de ceux qui, dans leurs agonies,

    Se rafraîchissent l’âme au vent des litanies,

    De ceux qui blasphémaient au lieu de vous prier,

    Hélas ! depuis longtemps le blasphème est guerrier,

    Mais vos compassions, Seigneur, sont infinies !

    Tous ces morts de Vingt ans fauchés en plein avril,

    Seigneur, prévenez-les de votre amour subtil,

    Et les autres, les vieux, ceux dont l’âme est moins belle,

    Par la chair obscurcie, hésite et se rebelle,

    Que le sang soit un baptême.

    Ainsi soit-il…

    Albert Pestour, 8 avril 1886 à Magnac-Bourg, Haute-Vienne – 28 décembre 1965 à Coulounieix-Chamiers, Dordogne

  • Merci pour ce très juste et très bel article.

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