Et si on (re)lisait Stefan Zweig cet été ? Dernier épisode !

Suite et fin de cette série destinée à vous faire découvrir ou redécouvrir l’œuvre de l’auteur autrichien Stefan Zweig. Aujourd’hui, présentation de « L’amour d’Erika Ewald », un recueil de quatre nouvelles qui ont pour point commun des bonheurs et souffrances liés à l’amour, quelles que soient ses formes.

Par Johann Rivalland.

À moins que j’aie oublié certaines d’entre elles, je pense ainsi avoir dressé un panorama complet des romans et nouvelles de Stefan Zweig (ce qui exclut donc le reste de son œuvre, et en particulier sa magnifique galerie de portraits de grands auteurs).

Présentation de ce denier volet (en rappelant que je n’ai ni suivi un ordre chronologique ni une autre logique particulière).

L’amour d’Erika Ewald

Erika Ewald est une jeune pianiste éprise d’un violoniste talentueux avec lequel elle a l’honneur et le plaisir de pouvoir jouer de concert et en toute intimité un morceau et de pouvoir partager régulièrement d’agréables moments qui vont au-delà de la simple amitié et du respect mutuel. L’amour extrêmement platonique qu’elle lui voue va prendre une tournure inattendue lorsque celui-ci, tout en respectant toutes les convenances et se montrant très prévenant à son égard, va tenter un jour de faire évoluer cette relation en lui faisant dépasser ce cadre platonique. Cette jeune femme encore quelque peu inexpérimentée et extrêmement idéaliste va s’en trouver perturbée au point de rejeter très maladroitement ses avances, d’une manière très étonnante et peu délicate, puisqu’elle prend tout simplement la fuite.

Dès lors, nous allons suivre les tourments profonds qui vont perturber cette âme au plus profond, sceller ses regrets et ses espoirs les plus intimes.

Que va-t-il advenir ? Celui qui est l’objet de son amour va-t-il venir à sa rencontre, lui pardonner, la réconforter ? Doit-elle faire le premier pas ?

Une situation et des affres amoureuses décrites par la plume extrêmement alerte, talentueuse et pleine de la finesse d’écriture d’un Stefan Zweig qui entre comme toujours de la manière la plus profonde dans la psychologie de ses personnages.

L’étoile au-dessus de la forêt

Déjà présentée dans un volet précédent.

Sous des enchaînements rapides, et certainement très excessifs (fruits peut-être des emportements de la jeunesse de l’époque ?), nous suivons ici le fol amour secret que voue un jeune serveur d’un grand hôtel à une comtesse polonaise. Un amour assurément impossible entre gens de conditions si différentes.

Où cet amour secret et intense va-t-il le mener ? Là où il se trouvera le visage tourné vers une brillante étoile au-dessus de la forêt… Et vers une issue qui semble, aujourd’hui tout au moins, très peu réaliste. Néanmoins pas étrangère à l’esprit de Stefan Zweig lui-même, et dans le ton de ce que l’on peut aussi trouver chez certains grands auteurs comme Tolstoï ou Goethe, notamment.

La marche

Déjà présentée également.

Nous nous trouvons à présent projetés vers les débuts de l’ère chrétienne et suivons la marche décidée et précipitée d’un jeune pèlerin en direction de Jérusalem.

Cet être, dont le cœur est empli de foi et d’espérance, ressent comme un fort appel à aller à la rencontre de ce Messie, ce Sauveur, dont de nombreuses rumeurs font état de la présence dans cette ville de Judée.

Au cours de son périple, il va être recueilli, au bord de la mort, par une jeune Syrienne qui va le remettre sur pied et susciter l’amour chez lui, alors même qu’il ne doit pas perdre de vue sa mission mystique.

Les prodiges de la vie

Écrite par un Stefan Zweig jeune, âgé de seulement 23 ans, cette nouvelle pourrait s’apparenter pleinement à un roman, par sa longueur.

Nous nous trouvons, ici aussi, dans un cadre profondément mystique, puisque Stefan Zweig nous entraîne dans la quête désespérée d’un peintre expérimenté et très croyant chargé de créer le portrait de la Madonne.

Alors qu’il n’avait éprouvé jusque-là aucune difficulté à produire des œuvres de qualité, et avec une certaine dextérité, à la vue d’un tableau exceptionnel qu’on lui présente, par lequel il est véritablement subjugué, il se sent une responsabilité nouvelle de mettre tout en oeuvre pour tenter de parvenir à un résultat digne de son sujet, qui n’est pas n’importe qui. Mais en est-il seulement capable ? Saura-t-il être à la hauteur d’une telle responsabilité, lui qui est si profondément croyant ?

C’est ainsi qu’il va se mettre en quête de la recherche du visage que l’on puisse imaginer prêter à la Madonne. Une mission bien difficile qu’il se fixe, car aucune femme ne trouve grâce à ses yeux. Il existe toujours un défaut, une imperfection, une inadéquation, ou un caractère trop humain qui rend difficile une telle extrapolation.

Jusqu’à ce jour où, après de longues recherches un peu désespérées, il finit par hasard peut-être par trouver la personne susceptible de symboliser au mieux cette transfiguration.

Mais le parcours demeure semé d’embûches. Et il n’est pas encore parvenu au bout de ses peines.

Une nouvelle lente (parfois peut-être un peu longue), lourde de souffrances psychologiques, mais aussi de moments de bonheur et de grâce. Jusqu’au dénouement final…

Une écriture patiente, d’une finesse là encore exceptionnelle, qui traduit le caractère hautement mystique de la situation, à la manière d’une véritable œuvre d’art.

 

— Stefan Zweig, Lamour dErika Ewald, Le livre de poche, septembre 1992, 179 pages.