À Limoges, on n’a pas le TGV mais on aura l’hyperloop

Chaque usager embarquant durant au moins quatre heures dans l’Intercité Limoges-Paris rêve aujourd’hui de troquer son wagon du siècle dernier contre un trajet de 20 minutes en capsule hyperloop !

Par Thierry Berthier.

Au départ, cela ressemble à un poisson d’avril mais le projet est bien réel… Le 10 août 2018, la préfecture de la Haute-Vienne a enregistré une demande de permis de construire pour l’élaboration de la plus longue piste d’essai Hyperloop du territoire et de son laboratoire de recherche. Le lieu retenu pour cet ambitieux projet technologique n’est autre que Droux, un village limousin de 400 habitants situé en pleine campagne, à une cinquantaine de kilomètres de Limoges.

Droux, futur berceau de l’Hyperloop (?)

Ce projet est porté par la startup canadienne Transpod, basée à Toronto et spécialisée dans le développement (R&D) de la technologie Hyperloop. Son PDG cofondateur, Sébastien Gendron, souhaite construire à Droux la plus grande piste d’essai (4km) permettant, en principe, de tester des vitesses de déplacement des capsules proches des 1000 km/h. Cette piste est constituée d’un tube vide d’air, étanche, monté sur pylônes et dans lequel se déplacent des capsules. Celles-ci pourraient atteindre la vitesse d’un avion en se succédant selon la cadence de rames de métro.

La synergie « Transpod-Droux »  n’est pas le fruit du hasard. Elle émerge du démarchage d’un groupe d’entrepreneurs de la région et d’élus locaux rassemblés au sein d’une association cherchant à redynamiser l’écosystème local via des projets innovants et disruptifs. Une ancienne voie de chemin de fer désafectée offrant une ligne droite de plus de 4 km à altitude constante, répondait parfaitement aux contraintes techniques et au cahier des charges de la piste d’essai. Le terrain a donc été mis à disposition par le Département contre l’engagement d’y implanter le laboratoire de recherche Transpod chargé des futurs essais.

Soutenue par le Préfet de la Haute-Vienne, l’initiative Transpod apparait comme une opération « gagnant-gagnant » dans laquelle l’État agit comme facilitateur et la start-up comme moteur d’innovation et de rayonnement pour un département qui en a bien besoin.

L’Hyperloop à Droux ou le paradoxe de l’innovation de rupture en territoire oublié

Au-delà des considérations techniques, de la faisabilité du prototype et du « degré de TRL » des futurs livrables, il faut saluer l’initiative qui intervient sur un territoire particulièrement délaissé par l’État depuis des décennies.

Le paradoxe de l’initiative Transpod apparaît à quiconque a séjourné quelques temps en Haute-Vienne. Limoges est certainement la ville française la plus mal traitée du territoire en matières d’infrastructures de transport : le TGV n’a jamais pu atteindre les steppes limousines et la gare de Limoges se contente depuis toujours d’un train Intercité « Limoges-Paris » qu’il est difficile de décrire avec des mots mesurés tant la situation s’est inexorablement dégradée.

Le 12 juillet 2013, l’Intercité Paris-Limoges 3657 déraille en gare de Bretigny-Sur-Orge alors qu’il roulait à la vitesse vertigineuse de 137 km/h. L’accident qui a fait 6 morts et de nombreux blessés a mis en lumière « l’état de délabrement jamais vu » (citation de la commission d’expertise)  de la ligne et de l’absence d’entretien et de maintenance. En 1973, le trajet Limoges-Paris mettait 25 minutes de moins qu’aujourd’hui dans le cas d’un trajet sans retard. Limoges détient ainsi le record de « décroissance », de repli technologique et de retour vers le passé (en l’occurrence celui du début du 20e siècle) dans le domaine du transport ferroviaire.

Dégradation des services publics

J’ai personnellement cessé de prendre le train Paris-Limoges en raison de l’impossibilité de caler un horaire de rendez-vous stable, même en tenant compte des retards chroniques de la ligne. Aujourd’hui, la probabilité d’arriver à Paris avec au minimum une heure de retard est proche de un… Celle d’un retard de deux heures et plus est également très importante. Une telle dégradation du service public est régulièrement dénoncée par les acteurs locaux mais rien n’a été fait pour y remédier. Au contraire, la situation empire mois après mois, isolant un peu plus un territoire qui n’a pourtant pas démérité.

Lorsque l’on cherche à identifier les causes d’un tel abandon, on comprend vite que la Haute-Vienne n’a jamais figuré en haut de la liste des priorités d’aménagement et de remise à niveau d’infrastructures. Le concept de diagonale du vide prend ici tout son sens, naissant d’une suite ininterrompue d’arbitrages nationaux défavorables, de renoncements locaux, de paroles non tenues et d’immobilisme coupable. L’absence d’alternance politique durant près d’un siècle à Limoges a sans doute favorisé l’isolement et l’enclavement de la ville avec une succession de quelques maires enchaînant les mandats sans aucune remise en question. L’un d’eux a régné sur la ville de 1956 à 1990 sans jamais avoir mis en place une politique de désenclavement… C’était une autre époque, mais celle-ci a durablement hypothéqué l’avenir et le dynamisme local.

Limoges-la-Zone

Alors, quand un beau projet comme celui d’Hyperloop-Transpod vient apporter de l’innovation de rupture et de l’accélération au sens propre comme au sens figuré, on ne peut qu’y souscrire et espérer que l’initiative soit couronnée de succès. Chaque usager embarquant durant au moins quatre heures dans l’Intercité Limoges-Paris rêve aujourd’hui de troquer son tchouk-tchouk du siècle dernier contre un trajet de 20 minutes en capsule hyperloop !

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