Parvana, une enfance en Afghanistan

Sur la dureté de la condition féminine en Afghanistan et sur le courage immense dont il faut parfois faire preuve pour défendre sa liberté ou celle de ses proches.

Par Johan Rivalland.

Superbe réalisation que ce film d’animation de Nora Twomey, coproduction irlandaise, canadienne et luxembourgeoise. À la fois d’une grande maîtrise et d’une grande sensibilité. Un film captivant et plein d’émotion.

L’Afghanistan, terre d’histoire au confluent des civilisations

Le génie de ce film est de nous replacer l’histoire de la jeune Parvana et de sa famille non seulement dans l’Afghanistan d’aujourd’hui (plus précisément peu après la guerre contre l’URSS et à la veille de l’intervention initiée par les Américains), mais aussi en rappelant brièvement ce qui caractérise l’histoire de ce pays, qui a subi depuis toujours des invasions nombreuses et des guerres quasi-permanentes, en raison de la situation géographique qui est la sienne.

La petite histoire rejoint donc la grande. Le film, dans ce décor aride aux reliefs montagneux et  au beau milieu des poussières du désert, nous plonge ainsi dans la vie difficile qui est celle du peuple afghan, en particulier des filles et des femmes, dans un pays où les talibans ont pris le pouvoir, imposant toutes les restrictions que l’on sait et faisant régner une terrible oppression.

C’est dans ce contexte que nous allons découvrir comment une jeune fille de onze ans éduquée (au-delà des interdits), sa mère, sa sœur aînée et son petit frère encore bébé, vont tenter de survivre alors que le père se fait arrêter.

Entre courage et rêves, comment défendre sa liberté ?

La difficulté est qu’il est formellement interdit aux femmes et aux filles, même dûment voilées, de sortir non accompagnées d’un mari ou d’un frère. Comment, dès lors, pouvoir simplement envisager d’aller acheter de quoi se nourrir ? Terrible dilemme que l’on n’imagine pas même vu d’ici en France. Et pourtant…

N’écoutant que son courage et sa détermination à revoir son père, Parvana (prénom, au passage, que je trouve magnifique) prend une décision à la fois radicale et immensément risquée : elle sacrifie sa belle chevelure féminine et arbore les vêtements de son grand frère décédé, de manière à passer pour un garçon. Seule issue pour pouvoir sortir et éviter que sa famille ne meure de famine.

C’est dans ce contexte particulier que va se dérouler, sous nos yeux de spectateur ébahi, cette narration, au sein d’une alchimie très réussie entre réalité, conte initiatique, imagination salvatrice, part du rêve et enfance brisée. Servie par une musique qui imprime une forte ambiance au film et à l’émotion qu’il véhicule.

Un hymne au courage, à la liberté, à la résistance et à la fraternité.

Un film superbe et grandiose que je vous encourage à aller voir ou à vous procurer. Une grande réussite.

Parvana, un film de Nora Twomey, Lauréat du prix du jury et du prix du public au festival international du film d’animation d’Annecy 2018, 94 minutes, juin 2018.