En France, l’égalitarisme a entraîné l’inégalité des chances

Russian dolls by Colin Smith(CC BY 2.0)

C’est l’égalitarisme qui a créé paradoxalement l’inégalité des chances. La France a choisi la redistribution, mais elle ne donne pas d’opportunités économiques à sa population.

Par Vladimir Vodarevski.

L’actualité est sévère avec la France. En effet, le pays apparaît comme le parangon de l’inégalité des chances. C’est d’abord l’OCDE, qui écrit :

Il semble en effet, qu’en France, le statut socio-économique se transmette largement d’une génération à l’autre. Compte tenu de la mobilité des revenus d’une génération à l’autre ainsi que du niveau d’inégalité des revenus en France, il faudrait ainsi six générations pour que les enfants nés dans une famille au bas de la répartition des revenus atteignent le revenu moyen, contre 5 dans l’OCDE en moyenne.

(Source : OCDEL’ascenseur social en panne ?)

La France surclassée par les États-Unis

L’OCDE a publié un graphique qui a quelque chose d’humiliant pour la France : il montre qu’elle est surclassée par les États-Unis, et par le Royaume-Uni, deux symboles d’inégalitarisme et de libéralisme, en matière d’égalité des chances.

Déterminisme social des inégalités

L’organisme gouvernemental France Stratégie confirme : le déterminisme social est très fort en France.

(…) la France, qui par ailleurs parvient à contenir le creusement des inégalités de revenus, accuse des inégalités de chances importantes importantes, notamment aux deux extrémités de la distribution sociale. Un enfant de cadre supérieur a ainsi 4,5 fois plus de chances qu’un enfant d’ouvrier d’appartenir aux 20% les plus aisés. L’origine sociale a un effet très discriminant sur l’accès à un niveau de vie élevé mais aussi sur le risque de faire partie d’un ménage pauvre.

(France Stratégie, Né sous la même étoile : origine sociale et niveau de vie )

La note de France Stratégie ajoute :

Le niveau de vie médian de la population considérée est proche de 1800 euros par mois. Mais, à sexe, âge et origine migratoire identiques, l’écart moyen de niveau de vie entre un enfant de cadre et un enfant d’ouvrier non qualifié s’élève à 100 euros par mois. Par comparaison, l’écart moyen toutes choses écales par ailleurs (en particulier à origine sociale identique) entre une personne descendant d’immigré d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb est de 150 euros.

On constate que l’ascendance migratoire joue très peu dans l’inégalité des chances en France.

La note de l’OCDE précise aussi :

Les personnes du quintile inférieur de revenu (les 20% des personnes ayant les revenus les plus faibles) ont peu de chances de gravir l’échelle des revenus sur une période de quatre ans, 64 % restant bloqués en bas. Cette immobilité a augmenté depuis les années 1990.

Un résultat logique

En présentant la note, France Stratégie s’étonne :

Alors qu’elle figure parmi les pays les moins inégalitaires en termes de revenus (après redistribution), la France accuse paradoxalement un niveau élevé d’inégalité des chances.

La dernière publication de l’INSEE sur les inégalités en France souligne que, malgré la crise, les inégalités ne se sont pas accrues en France. Cependant, les chiffres de cette publication soulignent aussi le manque de dynamique de l’économie française : ils montrent que le PIB par unité de consommation a diminué depuis 2008, et que le revenu médian, donc le niveau de vie, a diminué.

Une étude de l’OCDE a quant à elle souligné l’importance des travailleurs pauvres en France. Malgré les arguties développées pour minimiser cette étude, elle reflète malheureusement une réalité française : les gens sont obligés d’accepter des emplois ne correspondant pas à leurs besoins. Patrick Artus souligne ainsi, dans un article sur le site du journal Le Monde :

Voilà pourquoi les inégalités de revenus avant redistribution sont plus élevées en France qu’aux États-Unis (…).

Enfin, on peut souligner le taux de chômage plus élevé en France qu’au Royaume Uni ou qu’aux États-Unis. De même pour le taux d’activité.

Touts les études concordent : l’économie française offre moins d’opportunités. Elle exclut. Les inégalités sont ensuite corrigées uniquement par la redistribution. L’égalitarisme s’oppose ainsi à l’égalité.

La note de France Stratégie souligne ce travers français :

La France constitue donc un contre exemple à la règle générale selon laquelle inégalité de niveau de vie et inégalité des chances dans une société sont liées («The Great Gatsby curve»).

Tous ces éléments soulignent le problème de la France : une économie qui n’offre pas suffisamment d’opportunités. L’OCDE indiquant que la situation se détériore depuis les années 1990. Comme par hasard, après une décennie de socialisme. Comme par hasard, quand la France s’engage dans une politique d’augmentation de la dépense publique, dans une politique de relance budgétaire continue avec un déficit important, et alors que l’interventionnisme dans l’économie augmente, notamment avec la complexification des règles et normes auxquelles sont soumises les entreprises.

France Stratégie ignore ce problème d’opportunités économiques. L’organisme préfère se focaliser sur les diplômes. Il est vrai que là aussi la mobilité sociale est réduite. Il est vrai que là aussi c’est un échec de la politique menée depuis des années en France.

Jean-Baptiste Noé, dans son livre Rebâtir l’École : Plaidoyer pour la liberté scolaire en décrit l’ampleur et en explique les raisons. Mais toutes les données, études, statistiques concordent vers un manque d’opportunités économiques en France.

La France a fait le choix de l’égalitarisme. C’est-à-dire qu’elle ne cherche pas à multiplier les opportunités économiques pour sa population. Elle égalise les niveaux de vie par la redistribution. Ce faisant, elle augmente l’inégalité, en entravant l’égalité des chances.

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