L’été sur une terrasse à Rome…

Place en terrasse by Théau Jurgens(CC BY 2.0)

Chronique gastronomique de l’été.

Par Jean-Baptiste Noé.

À Paris, la mode printanière et estivale ordonne de déjeuner en terrasse ; c’est-à-dire sur le trottoir. Quelques tables et chaises alignées le long de la façade du bistrot et voilà réalisée une superbe terrasse où il sera agréable de déjeuner, frôlé par les passants qui arpentent la rue, à quelques centimètres des voitures qui n’avancent plus. En terrasse, signifie à la rue et au milieu des bouchons. Il faut une imagination débordante pour y voir un cadre bucolique et champêtre.

Rien à voir avec la salle de Régis Marcon à Saint-Bonnet-le-Froid, qui s’ouvre sur l’immense plateau d’Auvergne, de laquelle on peut contempler les allées des saisons. Rien à voir non plus avec ces terrasses de bord de mer qui plongent dans l’océan. Y déjeuner, c’est respirer le goût du large et s’ouvrir aux embruns. La terrasse est un espace d’entre-deux entre la ville et la nature. Un espace construit, délimité, artificiel, mais qui s’ouvrant sur la nature donne l’impression d’y être complètement. Ce n’est pas un pique-nique en forêt ou dans un champ, où la nature règne, mais une conciliation entre l’artifice urbain et l’espace végétal.

À Rome, il y a des terrasses qui sont autre chose que des bouts de trottoirs. Les Italiens sont les maîtres de l’urbanité.

Un espace vide entre quatre bâtiments et cela donne une petite place pavée, avec ses chats, son église et ses tables où l’on peut déjeuner à l’extérieur, mais au calme. Au cœur de la ville, mais dans le silence.

Les vraies terrasses sont en hauteur, sur ces toits plats qui sont des arts de vivre. Au-dessus des logements de la Trinité des Monts se cache une terrasse depuis laquelle on domine toute la ville. On y déjeune au même niveau que la cime des pins parasols et l’on y récite le nom des églises qu’abritent les coupoles, comme d’autres savent par cœur les noms des sommets alpestres.

De l’autre côté, au sommet du Janicule, on voit la Ville sous un autre angle. Le Trastevere est à nos pieds, le Vatican à main gauche et le monument à la gloire du Risorgimento face à nous.

Un vendeur de boissons ambulant y sert des spritz, cet apéritif vénitien qui est la coqueluche des bars depuis trois ans. C’est touristique à souhait certes, mais tant qu’à être touriste autant le jouer pleinement. Et déguster un spritz au soleil couchant face au panorama de Rome est un plaisir que l’on s’accorde bien volontiers.

Au cœur de la ville se trouve une autre belle terrasse, celle du séminaire français. La tonnelle protège du soleil de midi et permet d’apprécier à l’ombre des siècles ce quartier du Panthéon où s’enchevêtre l’histoire. La terrasse est calme, au-dessus des bruits de la ville. Intenable l’été, sauf la nuit, à cause de la chaleur, elle porte vers le ciel, dont le bleu ne se retrouve que dans les fresques des peintres de la Renaissance.

De terrasses en terrasses, on aperçoit les tentes, les gloriettes, les fêtes de famille et les déjeuners d’affaires. La ville vit en plusieurs dimensions, de haut en bas, et ces espaces secrets en font tout son charme.

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