La mariée du Nil, de Glorice Weinstein

Un roman sur l’Egypte des années 1950 au sein d’une famille juive bientôt prise dans la tourmente.

Par Francis Richard.

Le roman de Glorice Weinstein commence la veille de Pessah, la Pâque juive, de l’an 5702 dans le calendrier hébraïque, c’est-à-dire le 1er avril 1942 : Pessah célèbre la sortie d’Égypte sous la conduite de Moïse, la fin de l’esclavage des Hébreux sous l’ère pharaonique.

La petite Galia vit en Égypte avec ses parents, qui sont juifs, mais n’ont pas l’idée de partir, tandis qu’au Caire les manifestations en faveur de l’Allemagne nazie se multiplient. Pourquoi partiraient-ils ? Ils sont titulaires du seul passeport égyptien : l’Égypte est leur pays ; ils n’en ont pas d’autre.

D’ailleurs Benjamin, le père de Galia, juif ashkénaze, qui a épousé Dafna, une belle juive séfarade, est profondément Égyptien (en 1921, il a fondé une imprimerie-papeterie, The Star, rue Shérif, au Caire). Dix ans plus tard, lors de l’émeute du 26 janvier 1952, il craindra que les incendiaires anéantissent le travail de toute une vie, vouée à sa famille…

Une légende pharaonique

Le titre du livre, La Mariée du Nil, provient d’une légende pharaonique selon laquelle chaque année une jeune fille était choisie pour devenir l’épouse du fleuve emblématique du pays et, jetée dedans en offrande, s’y noyait… Désormais, c’est une poupée de sucre qui est jetée dans le Nil et qui perd dans l’eau ses habits de papier :

Toute nue, elle fond progressivement, scellant ainsi son mariage avec le fleuve impétueux.

Cette légende est symbolique de l’Égypte que Galia aime, pays dans lequel elle se fond, parce que c’est le sien, quoi qu’il arrive. Et toutes les anecdotes que l’auteur raconte au tournant du demi-vingtième siècle sont autant de preuves de cet amour indéfectible.

Cet amour se nourrit de rencontres, d’amitiés, de lieux, d’escapades, de souvenirs d’école, d’histoires familiales jusqu’en… juin 1957. Ce mois-là, fatidique, Galia passe son baccalauréat. Alors qu’elle s’apprête à passer l’épreuve de langue arabe, elle est confrontée à l’antisémitisme de ses examinateurs…

À l’époque ce n’est pas seulement là que l’antisémitisme se manifeste en Égypte, mais c’est un choc, qu’elle garde secrètement et douloureusement pour elle. Alors, en novembre 1958, elle décide de partir en exil, en Suisse, d’où elle ne reviendra qu’après l’accord de paix signé entre l’Égypte et Israël par le président Sadate, en mars 1979.

Pendant tout ce temps d’exil, Galia ne cessera de rêver de son pays et de l’aimer, un pays où s’entrelacent pour elle les trois cultures, française, arabe et juive, et où les deux peuples égyptien et juif, malgré qu’ils en aient parfois, ont tout un passé immémorial en commun…

Glorice Weinstein, La mariée du Nil, 136 pages, Éditions Encre Fraîche

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