L’écologie et l’histoire du faux cachalot en polyester à 30 000 euros

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L’écologie et l’histoire du faux cachalot en polyester à 30 000 euros

Publié le 13 juin 2018
- A +

Par Nathalie MP.

Vous adorez payer vos impôts. Vous en êtes même fier. Rien ne vous donne plus l’impression d’appartenir à la nation que ce geste citoyen et solidaire. Où seraient nos écoles, nos hôpitaux, nos transports, où seraient tous ces services à la renommée mondiale sans cette contribution heureuse et désintéressée de tout un chacun en faveur de l’intérêt général ? 

Eh bien, soyez comblé, car en matière de bien commun, rien n’arrête plus nos édiles, comme en témoigne l’abracadabrante histoire du faux cachalot échoué sur le rivage du lac de Serre-Ponçon pour l’édification écologique des masses.

Frapper fort contre la pollution

Vendredi 8 juin dernier avait lieu la Journée mondiale de l’océan parrainée par les Nations unies. Objectif : sensibiliser les populations sur la fragilité des océans et les alerter sur la pollution par le plastique qui affecte l’ensemble de l’éco-système océanique.

Pour l’occasion, la commune de Savines-le-Lac, charmante bourgade balnéaire située sur les rives du lac de Serre-Ponçon (Hautes-Alpes), a décidé de frapper fort. Il est bien évident que le « désastre écologique » qui se prépare demande des réponses originales et énergiques, sans compter qu’un petit coup de projecteur touristique balayé au passage sur la station ne sera pas de refus non plus.

Aussi, en partenariat avec le théâtre La Passerelle – Scène nationale de Gap et avec l’aide du collectif artistique belge Captain Boomer qui n’en est pas à son coup d’essai, elle a décidé de se lancer ni plus ni moins dans la grande mode artistique du moment, le « canul’art ».

C’est ainsi que la dépouille d’un cachalot de 15 mètres de long, 3 mètres de large et pesant une tonne a été trouvée au petit matin, échouée sur une plage du village :

Tandis que les promeneurs s’interrogent – un cétacé antédiluvien libéré par la fonte des glaces, un bébé cachalot introduit dans le lac et devenu grand… ? – et se montrent plutôt dubitatifs – car un cachalot qui descendrait effectivement un torrent comme la Durance, ce serait un scoop planétaire – un périmètre de sécurité est installé à bonne distance de l’animal, des policiers arrivent, ainsi qu’une équipe de scientifiques de l’International Whale Association (IWA) dédiée à l’étude et la protection des baleines.

Une installation artistique

Ces derniers s’empressent autour du cadavre, prennent des mesures, effectuent des prélèvements à la recherche de plastique, de cadmium ou de plomb possiblement ingéré par le mammifère, lequel serait un jeune mâle d’une quinzaine d’années. Ils vont ensuite à la rencontre des habitants et des touristes afin d’échanger avec eux sur l’urgence écologique qui se fait à l’évidence de plus en plus pressante.

Sauf que tout cet aimable fait divers est une mise en scène, une « installation artistique » visant à reconstruire quelque chose qui ne s’est jamais vu sur les bords du lac de Serre-Ponçon. Le malheureux cachalot victime des malversations humaines est en fait une « statue » en polyester qui a déjà été exposée en différents endroits du globe ; les « scientifiques » sont des acteurs et l’association IWA est bidon.

Le buzz avait été préparé la veille grâce à une photo « troublante » publiée dans le quotidien La Provence. Toute ressemblance avec le monstre du Loch Ness n’était évidemment pas fortuite. Il s’agissait bel et bien de frapper les faibles d’esprit que nous sommes :

Bravo aux artistes ! L’illusion a été parfaite dans les moindres détails, des traces de sang et des odeurs caractéristiques de la bête jusqu’au vrai 4 X 4 et au vrai hélico utilisés par la fausse équipe de faux scientifiques de la fausse ONG pour faire encore plus vrai (voir vidéo, 01′ 44″) :

Qu’on ne se méprenne pas. L’objet de cet article n’est pas de contester la possibilité d’intéresser les gens aux problématiques économiques et écologiques des océans – comme à toute autre problématique environnementale, du reste. Tout ce qui contribuera à apporter des connaissances effectives et à éclairer les enjeux écologiques auxquels nous sommes confrontés sera toujours bienvenu.

Encore faudrait-il que tout ceci soit fait dans un esprit véritablement scientifique, loin des préjugés idéologiques et de l’instrumentalisation des peurs et des émotions, le tout financé abusivement avec l’argent des contribuables.

Un spectacle moralisateur

Or ce n’est pas du tout ce qu’on observe ici. Là où l’on attendrait un discours informé tenu par de vrais spécialistes des cachalots et de la vie océanique, nous avons seulement droit à un spectacle de rue moralisateur. Là où l’on parle de sensibiliser les personnes à des thématiques incontestablement scientifiques, on leur sert une parodie de science, un happening coûteux, mais à peine amusant, qui revendique son caractère artistique déconnecté du réel.

À propos du coût,  France 3 PACA nous révèle que cette aimable farce aurait coûté la modique somme de 30 000 euros. Comme l’opération résulte d’un partenariat entre une municipalité et un théâtre lourdement subventionné, ce sont donc vos impôts qui la financent, que vous le vouliez ou non.

La somme peut paraître dérisoire, mais il faut bien voir que si nos dépenses publiques ont atteint le montant colossal de 57 % du PIB, soit un total de 1292 milliards en euros sonnants et trébuchants en 2017, si le ministère de la Culture dépense chaque année 6 milliards d’euros en plus des 4 milliards qu’il consacre à l’audiovisuel public, c’est aussi parce que les dizaines de milliers d’euros s’empilent un peu partout les unes sur les autres pour des prestations aussi inutiles que prétentieusement intellectuelles.

Dans cette optique, la baleine échouée du collectif Captain Boomer est évidemment à comprendre comme « une métaphore géante de la disruption de notre système écologique » !

La manipulation des émotions

Tout se passe donc comme si les pouvoirs publics – dont font partie la mairie de Savines-le-Lac et le théâtre subventionné La Passerelle – ne prenaient même plus la peine de s’abriter derrière la pseudo-rationalité scientifique qui entoure actuellement les discours sur le catastrophisme écologique – on pense au GIEC qui fait la pluie et le beau temps sur le thème du changement  climatique – pour s’en remettre directement et sans vergogne à la manipulation des émotions.

Pour Philippe Ariagno, qui dirige La Passerelle :

Les gens ont besoin de mythes, de super-héros, de légendes, de se construire des récits extraordinaires, on est exactement à cet endroit-là. Évidemment, c’est impossible un cachalot dans le lac de Serre-Ponçon, donc on construit vraiment une légende. 

Il n’est donc plus du tout question d’aborder l’écologie à travers une analyse scientifique fine et argumentée de ce qui se passe dans l’environnement réel. Avec ce genre de « performance », on passe au stade supérieur de l’arnaque intellectuelle et du grand n’importe quoi avec la prétention d’impressionner notre imagination à travers une confusion établie volontairement entre la réalité et la fiction plutôt qu’éveiller notre esprit critique et en appeler à notre raison.

Nos scènes nationales, dont l’art est si subtilement qualitatif qu’il faut le subventionner pour le faire vivre, viennent à la rescousse de l’idéologie écologiste. Ou comment démontrer avec éclat qu’il n’est pas une seule seconde question de science environnementale mais de préjugés qu’il faut enfoncer dans le crâne des gens par tous les moyens possibles de l’illusion, de la suggestion et de la manipulation.

Ceci dit, à écouter les réactions du public après l’opération du faux cachalot de Savines, il n’est pas dit que cela fonctionne aussi bien que nos « artistes » le souhaiteraient. Il y a même eu quelques personnes (honteusement malveillantes et dénuées de tout esprit durable et solidaire, c’est la seule explication) pour s’étonner qu’une campagne anti-pollution se fasse à grand renfort de polyester, hélico, 4 x 4 et autres véhicules encombrants pour transporter la bête sur le lieu fantasmé du crime écologique fantasmé.

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Voir les commentaires (24)

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  • Ça va c’est marrant. Et qu est ce qui n est pas subventionné en France ? La moindre entreprise touche des fond de la BPI… Au moins ça pousse les gens à interroger leur esprit critique sur les prétendus actualités écologiques ça ne peut pas faire de mal.

    • @ Darkmoillet
      Ben, c’est évident!
      Je ne vois pas ce qu’apporte cet article qui dénigre, par principe, cette forme de happening à but écologique qui a déjà eu lieu en bord de Seine en région parisienne en 2017, et qui coïncide avec l’actualité récente d’un vrai cétacé retrouvé mort avec 80 kg de plastic avalé!
      L’écologie n’est pas forcément politique!

    • jacques lemiere
      13 juin 2018 at 18 h 33 min

      non la propagande ne pousse pas les gens à s’interroger…on a le droit d’etre inquiet de telle ou tel machin qui se passe et porte atteinte à un aspect de ce qui reste de vie sauvage sans que autre nuisance …MAIS..ce qui importe c’est les modalités d’action, si vous décidez de changer VOTRE porpre comportement..fort bien..mais en général..ce qui est prôné est une forme ou une autre d’interdiction et donc de coercition dont on a du mal à cerner la légitimité…au nom de quoi je peux forcer une personne à partager ma sympathie pour les cachalots par exemple…
      la nature n’appartient à personne mais on veut nous faire croire que c’est un bien commun…ça ne va pas de soi…
      le débat est là..au nom de quoi j’ai le droit d’interdire ….

      • jacques lemiere
        13 juin 2018 at 18 h 37 min

        on vit une drôle d’époque on doit passer son temps à défendre le droit des autres de faire parfois ce qu’on désapprouve..

      • jacques lemiere
        13 juin 2018 at 18 h 40 min

        le résultat de la propagande est la croyance en des idées fausses et courtes…il y aurait des truc écolos et il y aurait des trucs pas écolo.. m’est avis que il y a des trucs que compte tenu des circonstances il est préférables d’arrêter de faire et encore ça se discute…et ça doit de discuter toujours…

        • @ jacques lemiere
          Oui, et les exemples ne manquent pas.
          Je ne suis pas fâché de constater que l’écologie ait réussi son entrée dans la société (en général): cet aspect de la réalité est maintenant pris en considération par la population globalement, et contribue à la qualité de vie! Tant mieux! Que l’écologie politique fut donc justifiée, oui. Qu’elle survive longtemps à son succès, n’est plus indispensable même si il fallait s’y attendre! Un exemple: les renards étaient considérés comme nuisibles, en Belgique. Actuellement nuisible en Wallonie mais protégé en région Bruxelloise (pas très loin): ils pullulent. En France son caractère nuisible a été nuancé en: pouvant provoquer des dégâts. Il est abattu par les chasseurs (à cause des faisans) mais la race compense les pertes!
          Alors que faut-il faire? Faut-il encore légiférer?

          • jacques lemiere
            14 juin 2018 at 19 h 07 min

            je ne sais pas si il faut, mis je suis certain qu’on va le faire, mais au moins le faire mais humblement en ayant toujours à l’esprit qu’on peut se tromper…
            Je suis convaincu que le militantisme politique n’a pas pour objet la protection de l’environnement ce qui ne veut rien dire en soi..le message est essentiellement l’affirmation d’appartenir à une élite éclairée.

            au bout du bout d’un débat écologiste vos finissez par comparer une banane et une pomme..ou un orang outang et une belette et on vous demande de choisir… TOUTE activité humaine « dégrade  » l’environnement.

      • Personne ne parle d interdire quoi que ce soit. De tout de manière j ai l impression qu ici dès que quelqu un à un projet un peu innovant ou drole on a le droit à une critique dans les colonnes de contrepoints… qui ne propose rien qui ne soutient rien au niveau culturel. Personne ne vous agresse ni ne vous interdit quoi que ce soit. Laisser juste tranquille les gens qui font des choses, développent des projets originaux en collaboration avec l état. Eux au moins ils ont rapport plus positif avec l état et ils créent des contacts humains avec les gens.

        • jacques lemiere
          14 juin 2018 at 6 h 54 min

          personne n’interdit quoique ce soit sauf par exemple de chasser le cachalot…d’interdire les sacs plastiques..ou autre…
          donc…
          de quel droit d’essence supérieure vous pouvez dire à une autre personne de ne pas chasser un animal sauvage? ça revient à s’approprier l’animal de fait…
          de ça on doit discuter ces gestes de propagandes sont destinés à susciter l’émotion pas le débat. Il s’adresse à la tyrannie de la démocratie celle qui pense que la majorité a le droit de tout faire.
          c’est LE débat.

        • Développer des projets en collaboration avec l’état, quelle manière élégante de dire s’accorder un petit plaisir aux frais du contribuable !

          • @ MichelO
            C’est le problème des libéraux et de Contrepoints: il n’y a pas de motif unique et valide pour que toute initiative privée ou associative soit automatiquement légalisée, contrôlée, organisée et taxée pour entrer dans une case du Pouvoir (central ou plus local): c’est évidemment l’inverse de la réduction régalienne! Mais un politicien vit de mots et de nouvelles règles et pour être élu, il se doit de s’immiscer dans la vie des gens, donc subsidier, se faire voir et préféré: c’est là que le chat se mord la queue!

            • Je comprends votre argument, mais mon expérience est que les élus ne subsidient que ceux qui auraient voté pour eux de toute façon, donc que c’est parfaitement inutile…

  • heureusement, on aura bientôt une loi anti fausses nouvelles pour ne plus avoir à subir ces mensonges.

  • Plus c’est gros, plus ça passe. Goebbels n’est pas mort.

  • Et pendant ce temps là, les mêmes gagas font des lois sur les fake news. Tout va bien.

    • Blague de potache à 30000€ sous couvert de culture payé par nos impots. Ca m’aurait fait marrer si effectivement ça n’aurait pas été payé par nos impôts. Je crains malheureusement qu’il y a de moins en moins d’esprits critiques et que la plupart ont gobé ça dans le flot de pseudo infos continues…

  • 30 000 euros …bah , c’est l’équivalent de ce que nous coûte mensuellement le maquillage de macron …..d’ailleurs , il vient d’acheter pour 50 000 euros de vaisselle pour l’élysée….c’est pas cher , c’est l’état qui paie……

  • tant qu’il y a encore des con-tribuables, pourquoi se gêner ?

  • Cela en dit long sur la mentalité pourri des escrologistes et de nos politiciens escrocs!

  • C’est tellement ridicule de s’opposer à la disparition des cétacés mangeurs du plancton nécessaire à au merlan garnissant mon assiette !il ne manquerait plus qu’ils poussent à la réintroduction des dinosaures histoire de détruire l’espèce humaine….

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