Les saboteurs de l’ombre, de Giles Milton

Un livre qui pose la grande question de la conduite d’une guerre contre des ennemis tels que les nazis qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne se caractérisaient pas par leurs scrupules.

Par Francis Richard.

L’histoire que reconstitue Giles Milton dans Les saboteurs de l’ombre, se déroule pendant tout au plus sept ans, du printemps 1939 au printemps 1946.

Comme le titre l’indique, il s’agit d’une histoire secrète, reconstituée essentiellement à partir d’archives privées et publiques (couvertes par le Secret Défense britannique).

Si certains épisodes de cette histoire sont connus – La bataille de l’eau lourde en Norvège a fait très tôt l’objet d’un film – d’autres le sont moins et, surtout, certains détails de leurs dessous ne le sont pas.

Ce livre pose en tout cas la grande question de la conduite d’une guerre contre des ennemis tels que les nazis qui, le moins qu’on puisse dire, ne se caractérisaient pas par leurs scrupules.

Ceux qui ont participé à la seconde guerre mondiale dans l’ombre ont clairement choisi entre tuer et être tué, entre l’attaque et la défense.

À leur époque ils n’ont pas toujours été compris par les autorités britanniques et, s’ils les ont finalement convaincues par leurs succès, pendant un temps, ils le doivent à un homme, Winston Churchill.

Ces guerriers d’un nouveau genre, soutenus indéfectiblement par Winston Churchill, sont au début très peu nombreux. Ils seront plusieurs centaines à la fin…

S’il faut retenir un nom, c’est celui de Colin Gubbins, dont la mission, dès 1939, est de planifier des actions subversives et inventives pour mener une guerre sans dentelles contre Hitler et les nazis…

Comme il n’existe pas de littérature en la matière, Gubbins écrit deux manuels ad hoc : The Art of Guerilla Warfare et The Partisan Leader’s Handbook.

Il va ensuite s’entourer petit à petit d’experts tels que :

– Cecil Clarke, inventeur d’armes faites à partir de trois fois rien : les matériaux de base [de la mine Limpet] étaient très bon marché : un bol de chez Woolworths, un bonbon à l’anis et un préservatif (plus la charge explosive)…

– Millis Jefferis (assisté par Stuart Macrae), un génie total, inventeur d’armements spécialisés pour ce type de guerre sournoise indigne de gentlemen…

– Peter Fleming et le colonel Beyts, entraîneurs d’unités spéciales, composées d’hommes au profil particulier : ce n’était pas un handicap d’avoir un casier judiciaire, au contraire, c’était même souvent un critère de recrutement

– Eric Sykes, inventeur d’une méthode de combat appelée le « silent killing« , et son laconique comparse, William Farbairn, spécialiste du combat rapproché : l’idée d’un combat à la loyale entre personnes bien élevées était contraire à leurs principes…

Gustavus Henry March-Philipps et son second, Geoffrey Appleyard, formateurs de commandos pour effectuer des attaques éclair

Etc.

Les récits des exploits accomplis pendant la guerre par les saboteurs de Gubbins sont plus passionnants que n’importe quel roman, plus extraordinaires que n’importe quel film, comme le dira en substance Edward Grigg, ministre résident au Proche-Orient.

Mais, surtout, cette guerre, accomplie par ces gentlemen-aventuriers, pour reprendre l’expression de Grigg, était très efficace, comme le pensait Clarke :

Les bombardements étaient un moyen trop meurtrier de faire la guerre, qui tuait plus de civils que de militaires. Un sabotage réussi, en revanche, était d’une précision absolue.

C’est toujours vrai…

PS :

Je dédie cette lecture instructive à mon grand-père maternel et parrain, Arthur Van Poucke (1895-1984), héros belge des deux guerres mondiales du XXe siècle, et agent du Secret Intelligence Service pendant ces deux guerres, Distinguished Service Order (1918), dont le diplôme est signé par Winston Churchill.

Giles Milton, Les saboteurs de l’ombre, Les Éditions Noir sur Blanc (traduit de l’anglais par Florence Hertz), 416 pages.

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