L’influence d’un « mème » sur les médias de masse

Aujourd’hui, chacun d’entre nous peut prendre l’initiative d’un mème Internet s’il juge qu’un fait de société nécessite d’être porté sur la place publique et d’être traité comme il se doit par les médias de masse usuels.

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L’influence d’un « mème » sur les médias de masse

Publié le 2 juin 2018
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Par Yannick Chatelain.
Un article de The Conversation

Un mème Internet – sujet de la chronique précédente – est une façon citoyenne de « forcer » collectivement la porte des rédactions. S’il est un fait établi c’est que :

Toute information qui ne s’exfiltre pas de l’Internet pour accéder à la télévision, média de masse par excellence… n’existe pas et n’existera pas aux yeux du grand public et ne disposera pas du label véracité aux yeux du plus grand nombre. En effet, le “Puisque je te dis que je l’ai vu à la télé !” demeure une phrase extrêmement vivace.

« Mème Internet » et politique : l’invité-surprise des conférences de rédaction

Face à l’Internet, d’un point de vue politique par exemple, ceux et celles qui sont mandatés par le peuple – à quelque niveau que ce soit – sont devenus des géants de papier face à une toile toujours prête à s’enflammer.

Avant Internet, avant les réseaux sociaux, certains faits, aussi importants soient-ils, pouvaient demeurer couchés sur le papier de quelques journaux satiriques et n’être connus que de quelques milliers de lecteurs. Certaines informations majeures avaient ainsi pour invariable destinée d’alimenter les brèves de comptoir et d’offusquer en cercle restreint.

Cette époque est révolue.

Le quantitatif de mobilisation de citoyens sur Internet sur une thématique peut désormais alerter en masse sur la toile. Un quantitatif conséquent est alors difficile à passer sous silence. Un mème Internet « contraint » ainsi d’une certaine façon les médias de masse à aborder des sujets qui n’étaient pas nécessairement à l’ordre du jour des conférences de rédaction.

Un progrès et de nouvelles responsabilités des citoyens

La possibilité d’initier un mème Internet peut être envisagée comme un progrès pouvant servir – entre autres choses – la démocratie. Ce progrès impose l’apprentissage collectif de l’exercice de cette nouvelle responsabilité citoyenne.

Je m’explique : par analogie, notre liberté d’expression, qui nous est si chère en France, nous met au pied du mur ! Paradoxalement nous sommes, depuis l’Internet, confrontés de façon pratique à l’exercice réel de cette liberté sur un terrain virtuel ! Nous sommes toujours en phase d’apprentissage : être un homme c’est aussi parfois s’empêcher !

Nombreux l’apprennent à leur dépens : la liberté d’expression ne consiste pas à dire et à écrire n’importe quoi au mépris des hommes et des lois. (NDLA : si et seulement si ces lois sont justes, justifiables et justifiées !)

« La bêtise insiste toujours » écrivait Camus… oui, mais…

Par-delà toutes les lois, ou projets de lois, qui s’abattent sur l’Internet français et dans le monde, auto-proclamé libre, pour museler Internet sous divers prétextes :  haine, radicalisation religieuse, terrorisme, sexisme, homophobie, racisme, fake news, etc.

Il convient de veiller à ce que des dérives qui sembleraient nécessiter une meilleure régulation, et donc à légiférer, ne conduisent pas à voter des lois favorisant la mise en œuvre d’un contrôle social outrancier. Cette vigilance sur les lois et projets de loi s’impose dans plusieurs cas de figure, notamment :

Pour conclure : aujourd’hui, chacun d’entre nous peut prendre l’initiative d’un mème Internet s’il juge qu’un fait de société nécessite d’être porté sur la place publique et d’être traité comme il se doit par les médias de masse usuels. Ce nouveau pouvoir est à portée de clic et ce bien au-delà de la thématique politique que j’ai choisie pour appuyer mon propos. Ce nouveau pouvoir citoyen d’interpellation, est appelé à se structurer, à s’améliorer, tant que nous veillerons à protéger et préserver sur le réseau le pouvoir et le droit de dire.

Je crois au génie du peuple tant que les médias de masse ne l’abrutissent pas pour le transformer en masse abêtie.  (Michel Onfray)

The ConversationÀ suivre

Yannick Chatelain, Enseignant Chercheur. Head of Development. Digital I IT, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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