Qui a peur d’une crise de la dette américaine ?

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The federal reserve bank of Kansas City-ctj71081(CC BY 2.0)

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Qui a peur d’une crise de la dette américaine ?

Publié le 30 mai 2018
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Par Nicolas Perrin. 

La remontée des taux longs aux États-Unis pourrait signifier autre chose qu’« un signe de la confiance des investisseurs dans une croissance économique stable », comme le voudrait le Wall Street Journal. Certains commentateurs préfèrent en effet évoquer la dette US et sa soutenabilité.

L’ampleur des déficits jumeaux américains – déficit commercial et déficit de l’État fédéral – implique un besoin de financement de presque 25% du PIB en 2018.

L’économie américaine est confrontée à un double problème. Les revenus de l’État fédéral étant inférieurs aux charges, les États-Unis sont sujet à un déficit budgétaire. Par ailleurs, avec des capitaux entrants inférieurs aux capitaux sortants, les comptes courants sont dans le rouge.

En proie à des « déficits jumeaux » (twin deficits), l’économie américaine dépend de la demande domestique et étrangère pour écouler l’ensemble des bons du Trésor qu’elle produit.

Les Américains ne sont d’ailleurs pas les seuls à être exposés à ce problème (c’est évidemment le cas de la France), mais c’est de loin chez eux qu’il est le plus aigu.

Concrètement, en 2018, entre le remboursement de la dette qui arrivera à échéance et le déficit budgétaire, le gouvernement américain devra trouver l’équivalent de 24% du PIB pour équilibrer ses comptes !

À titre de comparaison, la Corée du Sud – qui ne se situe pas sur une autre planète – est quasiment à l’équilibre (l’excédent budgétaire qu’elle produit lui permettant presque de rembourser la dette arrivée à échéance), quand la France se situe à peu près à mi-chemin entre les deux avec un besoin de financement de l’ordre de 12% du PIB.

Une dette publique qui double tous les 10 ans pour… une poignée de dollars de croissance économique de plus !

Prenons un peu de recul. La dette fédérale a récemment dépassé les 20 000 Md$ (105% du PIB). Donald Trump poursuit donc l’œuvre de Barack Obama qui avait permis à la dette de doubler au cours de ses deux mandats (2009-2017).

Bien sûr, plus le montant de la dette est élevé, plus son service (les intérêts à payer) augmente. Une projection jusqu’en 2025 réalisée par Chris Hamilton prévoit que les intérêts atteignent 1 200 Md$ en 2025 pour une dette de 29 100 Md$. Le blogueur a retenu un « très modeste » taux moyen de 4%.

En somme, la dette fédérale doit doubler tous les dix ans pour garantir la poursuite d’un cycle économique vieillissant et une croissance poussive de 2%.

À horizon 5 ans, seuls les États-Unis s’offrent le luxe d’un surcroît de dette publique.

La situation américaine n’est pas près de s’arranger. En effet, comme le rappelle Zero Hedge, « les États-Unis se mettent à emprunter des sommes sans précédent hors période de récession ».

La trajectoire choisie par l’administration Trump (diminution de la fiscalité et hausse des dépenses publiques) est très à contre-courant du reste du monde.

Comme l’a indiqué le FMI dans son dernier Fiscal Monitor Report, les États-Unis seront la seule économie dont la dette publique aura augmenté par rapport au PIB d’ici 5 ans.

Le Congressional Budget Office ne fait pas que des prévisions de croissance économique, il informe également le Congrès de l’accroissement de la dette fédérale. Dans leur dernier rapport, les experts du CBO estiment que le déficit se montera à 981 Md$ en 2019 (soit 292 Md$ de plus qu’anticipé précédemment) pour dépasser le millier de milliards dès 2020, soit deux ans plus tôt qu’ils ne l’escomptaient dans leur précédant rapport. Voici une illustration graphique de la situation :

Combien de temps cette cavalerie peut-elle durer ?

Goldman Sachs : la politique fiscale américaine « pose la question de la soutenabilité » de la dette fédérale.

Depuis janvier, Goldman Sachs tient un discours très alerte sur la dette américaine. Pour le département de recherche de Goldman :

La politique fédérale est en train de pénétrer un territoire inexploré » après que « le Congrès a voté […] l’extension substantielle du déficit budgétaire en dépit d’une dette déjà élevée et d’une économie qui ne montre aucun besoin d’un stimulus fiscal supplémentaire.

Un « territoire inexploré », lorsqu’on parle finances publiques, ça peut par exemple ressembler à ça :

Pendant la Seconde guerre mondiale, les États-Unis ont connu une dette fédérale à 100% du PIB, mais le service de cette dette n’a jamais représenté ne serait-ce que 2% du PIB.

Pendant les années 1990, les intérêts sur la dette publique représentaient plus de 3% du PIB, mais la dette était largement en deçà de 60% du PIB. Désormais, la dette est supérieure à 100% du PIB et le service de la dette avoisine les 3,5% du PIB.

Par conséquent, « la croissance continue de la dette publique pose la question de sa soutenabilité ultérieure si elle continue à ne pas être maîtrisée ». Ça, c’est la formulation polie en langue de banquier d’investissement qui ne veut pas froisser son gouvernement.

Transposé en langage commun langage commun par ZeroHedge, ça donne : « la trajectoire fiscale américaine pourrait mener à la catastrophe ».

Sur le plan technique, voici comment Zero Hedge résume l’analyse de Goldman :

Tant que le Trésor peut emprunter à un taux d’intérêt nominal inférieur au taux de croissance du PIB nominal, ce qui sera le cas encore plusieurs années, les États-Unis pourront afficher un faible déficit primaire tout en conservant un ratio dette/PIB globalement stable. À long terme, cependant, cette divergence finira par devenir insoutenable car la politique budgétaire semble exceptionnellement déconnectée du cycle économique.

Les analystes de Goldman ne se mouillent donc pas au point d’annoncer une date à laquelle la cavalerie budgétaire pourrait tourner court.

D’autres analystes sont toutefois plus précis pour ce qui est du calendrier des évènements comme nous le verrons.

Pour plus d’informations, c’est ici

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  • Dites merci à Obama. De toute façon c’est de la dette française dont nous avons peur, vu que nos incapables de politiciens ne prennent aucune mesure pour en contrer les méfaits!

  • A lire à ce sujet le Livre très explicatif : « l’empire des Dettes » de William Bonner & Addison Wiggin et qui vous montre comment la République des « Pères fondateurs » s’est depuis la 1ere Guerre Mondiale étendue sur toute la terre et s’est transformée en Empire.
    Quand à nous, les Français, que nos Politiques ne se moquent pas trop car nous sommes loin d’être « propres sur nous et un jour on risque d’entendre « La France est en faillite ».

  • Renseignements très intéressants, analyse absente par manque d’appui sur une théorie valide et cohérente, d’où les concessions à quelques unes des croyances les plus absurdes véhiculées par socialistes et keynésiens.
    A plusieurs reprises l’auteur reprend en effet l’idée absurde selon laquelle le « déficit » serait nécessaire au soutien de « la croissance économique » pour s’étonner ensuite que cette croissance soit malgré tout « poussive » puis il s’étonne à nouveau que « la politique budgétaire semble exceptionnellement déconnectée du cycle économique » alors que le cycle économique est justement la conséquence de l’expansion monétaire. Ces erreurs proviennent de la non moins absurde distinction entre fiscalité et expansion monétaire (« diminution de la fiscalité et hausse des dépenses publiques très à contre-courant du reste du monde »). Or fiscalité et dépenses publiques, c’est la même chose. Il ne peut y avoir de dépenses publiques qui ne soient assises sur des prélèvements obligatoires, que ceux ci-ci soient initialement prélevés en monnaie (les agents de l’État confisquent une partie de la monnaie qui circule entre les producteurs pour acheter des biens et services produits, globalement, par ces mêmes producteurs) ou via l’expansion monétaires (d’autres agents de l’État – les banquiers regroupés en cartel sous la domination de la banque centrale – créent de la monnaie ex nihilo qu’ils « prêtent » soi-disant au gouvernement qui s’en sert pour acheter pour acheter des biens et services produits, globalement, par ces mêmes producteurs). Il n’y a qu’une seule manière de diminuer la fiscalité : diminuer les dépenses publiques.
    Si on regarde les chiffres donnés, on voit qu’en sus des impôts locaux et fédéraux, entre 2008 et 2018, ce sont 11 mille milliards de $ qui ont été prélevés par les hommes de l’État américain sur les producteurs américains (auxquels il faut retrancher ce qui a été « emprunté » à l’étranger, les chiffres ne figurant pas dans l’article).
    La prétendue « dette » locale, prétendument due aux agents de l’État que sont la banque centrale et ses vassaux ne sera évidemment jamais remboursée ni aux USA ni ailleurs. C’est une arnaque.
    Concernant la dette « étrangère », qui sert à acquérir des biens et services produits ailleurs qu’aux USA, tant que la puissance économique et militaire dont disposent les hommes de l’État américain restera supérieure à celle dont disposent les dirigeants des États prêteurs, il n’y a aucun risque que ces derniers se mettent en guerre contre le débiteur pour récupérer leurs créances. Il s’agit donc encore d’un impôt, prélevé sur les contribuables des pays créditeurs, selon les mêmes mécanismes, opérés par les dirigeants de ces pays.
    Le vrai danger pour l’économie américaine (et donc pour la puissance militaire dont disposent les dirigeants américains), c’est que l’expansion monétaire n’a jamais favorisé et ne peut favoriser l’économie réelle (celle de la production de biens et services désirés par les producteurs). Bien au contraire, en opérant une redistribution massive des producteurs vers les non producteurs (ceux qui ne produisent rien) et les contre producteurs (ceux qui empêchent les autres de produire), en faussant le calcul économique, en ruinant les épargnants, en détournant le capital vers des pseudo investissements inutiles et contre productifs, l’expansion monétaire est l’une des principales causes de la ruine de l’économie réelle. Si, par chance, celle-ci continue à croître, c’est malgré l’expansion monétaire, malgré les impôts et les réglementations, jamais grâce à eux.

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