Mamoudou Gassama : le fabuleux destin politique d’un fait divers héroïque

Mamoudou Gassama : que va-t-il donc se passer après le concert de louanges autour du héros du jour ? La politisation de son geste héroïque est une arme à double tranchant…

Par Frédéric Mas.

L’acte de Mamoudou Gassama fut à la fois héroïque et spectaculaire. Alors qu’un enfant manque de tomber dans le vide du haut d’un immeuble, le jeune homme se précipite en escaladant la façade et le sauve d’une mort certaine. À l’époque de l’information immédiate, des téléphones mobiles et des réseaux sociaux, son identité devient très vite connue, et son héroïsme immédiatement populaire.

Les vidéos de son sauvetage sont repartagées des milliers de fois sur les réseaux sociaux, offrant une image optimiste à un pays rongé par le pessimisme et découragé par ses propres édiles quand il s’agit d’accomplir son devoir civique.

Ce moment de franc courage ne laisse personne indifférent, et suscite l’enthousiasme collectif, ce qui va susciter l’intérêt des premiers naufrageurs de l’émotion dans le pays, à savoir la classe politique. On ne tarde pas à découvrir que Mamoudou est Malien et sans papiers, suscitant à la fois louanges, plaidoyers, contreplaidoyers et crispations à gauche comme à droite.

La politisation du héros du jour

Le geste de Mamoudou se charge alors de revendications, de messages, et se trouve bientôt extirpé de son contexte presque ordinaire pour devenir une narration morale et politique, c’est-à-dire un moment de communication publique au service du sommet de l’exécutif. En effet, c’est le président de la République qui l’invite directement pour le féliciter et le remercier. Mais Emmanuel Macron ne s’arrête pas là : la bravoure doit être récompensée par un emploi, celui de pompier, et il est invité à demander la nationalité française.

En l’espace de quelques heures, Mamoudou devient la narration politique commode qui va permettre au président de récupérer un peu de prestige grâce au spectacle de la magnanimité présidentielle. Par le fait du Prince, la tête de l’exécutif inclut le brave jeune homme dans la communauté nationale et l’intègre au marché du travail, comme avant lui les rois faisaient et défaisaient les lois et les carrières.

Le spectacle n’est pas sans rappeler l’affaire Leonarda, où François Hollande, le prédécesseur d’Emmanuel Macron, s’était donné en spectacle politique pour tenter d’incarner tant bien que mal le souverain magnanime, qui dans sa grande bonté, autorisait la jeune fille à revenir en France pour étudier. La différence essentielle entre l’épisode Mamoudou et celui Leonarda, c’est que le casting présidentiel d’aujourd’hui nous fournit un bien meilleur acteur pour incarner la compassion au sommet.

Dans « état de droit », il y a droit

Seulement, comme le relève Maître Eolas, dans un état de droit, il y a toujours ce petit détail qui est que l’État est régi par des lois. Mamoudou, pour accéder à la nationalité française, et donc pour occuper un emploi en bonne et due forme, se doit d’être en situation régulière, ce qui implique un certain nombre de contraintes formelles.

Ce sont les règles formelles du droit qui tempèrent la volonté populaire et l’opinion publique en démocratie, et évitent le débordement populiste. Dans le cas présent, pour accéder à la nationalité française, il faut à la fois être en situation régulière et résider depuis 5 ans sur le sol français.

Que va-t-il donc se passer après le concert de louanges autour du héros du jour ? Soit Emmanuel Macron tient sa parole, et par un geste monarchique, viole plus ou moins les règles du droit pour permettre à Mamoudou de rester en France et satisfaire les passions populaires, soit il ne la tient pas, et ce grand moment de communication politique se retournera contre ce brave jeune homme qui n’en demandait pas tant : il n’obtiendra rien. Espérons que ce destin digne d’un personnage du Bûcher des vanités de Tom Wolfe lui soit épargné.

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