« Avengers : Infinity War » et le mythe de la surpopulation

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Le projet maléfique du super-vilain de la dernière production de Marvel fait écho aux craintes écologistes concernant la surpopulation et l’épuisement des ressources.

Par Alexander C. R. Hammond, depuis les États-Unis.

En ayant pulvérisé des records au box-office le week-end dernier, Avengers : Infinity War est déjà l’un des plus gros cartons d’Hollywood. Le film met en scène une équipe de super-héros confrontée à un super-vilain titanesque nommé Thanos. Le projet de Thanos ? Tuer la moitié de l’univers par crainte d’une surpopulation et d’une insuffisance de ressources.

Cela sonne comme un projet fou qui ne peut provenir que d’un super-vilain totalement démoniaque de comics. Pourtant ce n’est pas très éloigné des préoccupations des écologistes du monde réel qui propagent des peurs insensées au sujet des dangers de la surpopulation.

Avengers : Infinity War est le dernier-né d’une franchise de 18 films et de 10 ans de travaux des Studios Marvel. Le film raconte l’histoire de nombreux héros qui unissent leurs forces pour empêcher Thanos, l’ennemi suprême de la MCU, de rassembler les six « pierres d’infinité ». Si Thanos prend possession de ces pierres, il peut atteindre son but ultime : la destruction de « la moitié de toute vie dans l’univers ».

Thanos a la conviction que les ressources sont limitées dans l’univers – une idée tout bonnement saugrenue si on considère que l’univers est infini. Aussi, si la croissance démographique n’est pas maîtrisée, l’augmentation de la demande de ressources entraînera inévitablement la ruine pour tout le monde. Dans l’esprit de Thanos, réduire de moitié la population de l’univers est « non pas une désolation, mais le salut », car il s’agit d’éviter la famine et la pauvreté. La prémisse est erronée, mais il est frappant de voir combien de personnes ici sur Terre la partagent.

Thanos et Paul Ehrlich, même combat

Les préoccupations de Thanos sont identiques à celles du professeur Paul Ehrlich de Stanford, dont le célèbre best-seller de 1968, The Population Bomb, prédisait qu’une croissance démographique rapide entraînerait une demande des ressources limitées de la Terre supérieure à l’offre, ce qui conduirait à l’effondrement de la civilisation. Aujourd’hui encore, Ehrlich continue de faire des prédictions apocalyptiques et, aujourd’hui encore, la réalité continue de lui prouver qu’il a tort.

Le mois dernier, Ehrlich déclarait que « l’effondrement de la civilisation est une quasi-certitude dans les décennies à venir ». Dans une interview accordée en 1979, Ehrlich prédisait déjà que « dans les 15 prochaines années, ce sera la fin – et par « fin », je veux dire un effondrement total des capacités de la planète à soutenir l’humanité ». Plus drôle encore, alors que j’écris ce billet depuis un petit café du centre de Londres, est son affirmation de 1969 selon laquelle il était « prêt à parier que l’Angleterre n’existerait plus en l’an 2000 ».

Ce qui est moins drôle en revanche, ce sont les politiques néfastes qui ont été mises en œuvre dans la réalité à cause des mauvais présages d’Ehrlich. Certes, aucune politique n’a encore été à la hauteur du plan de Thanos visant à exterminer directement la moitié de la population. Mais comme l’a noté Chelsea Follett :

Les jérémiades d’Ehrlich ont conduit à des violations des droits de l’homme dans le monde entier, notamment des millions de stérilisations forcées au Mexique, en Bolivie, au Pérou, en Indonésie, au Bangladesh et en Inde, ainsi que la politique draconienne de la Chine de l’enfant unique. En 1975, des agents de l’État ont stérilisé 8 millions d’hommes et de femmes, uniquement en Inde… Pour mettre les choses en perspective, l’Allemagne d’Hitler a stérilisé de force entre 300.000 et 400.000 personnes.

Depuis qu’Ehrlich a écrit The Population Bomb en 1968, la population mondiale a plus que doublé, passant de 3,5 milliards à 7,5 milliards. Depuis 1968, les famines ont quasiment disparu en dehors des zones de guerre et la consommation quotidienne de calories par habitant a augmenté de plus de 30%. En Asie, la région qui consommait le moins de calories en 1968 et dont la population a connu la plus forte croissance depuis, l’apport en calories a augmenté de 40%, soit plus rapidement que la moyenne mondiale. Depuis 1990, le nombre total de personnes souffrant de la faim dans le monde a diminué de 216 millions, bien que la population ait augmenté de plus de 1,9 milliard.

Le « super-pouvoir » de l’être humain : son ingéniosité

Certains diront peut-être que ces évolutions réjouissantes ne répondent pas à l’argument principal de Thanos et d’Ehrlich : les progrès devront cesser un jour ou l’autre, car nous finirons par manquer de ressources. Le fait de passer à côté des controverses sur l’épuisement des ressources est une chose capitale : l’ingéniosité humaine.

Julian Simon, économiste de l’Université du Maryland, a fait remarquer dans son ouvrage de 1981 que le cerveau humain est la « ressource ultime ». Les êtres humains ont la faculté d’innover en vue d’être plus efficients, d’augmenter l’offre et de développer des substituts, ce qui leur permet de s’extraire de la pénurie.

Les nouvelles technologies et les méthodes agricoles avancées ont conduit l’humanité à exploiter moins de terres, tout en produisant davantage de nourriture, vendue à un prix plus bas. En 2013, le monde a utilisé 26 millions d’hectares de terres agricoles de moins qu’au tournant du millénaire. Prenons l’exemple des céréales : aujourd’hui, un hectare produit en moyenne 118% de plus de rendement qu’il y a 50 ans. Si tous les agriculteurs pouvaient atteindre la productivité d’un agriculteur américain moyen, le monde pourrait rendre à la nature une masse terrestre de la taille de l’Inde.

Concernant la rareté des ressources dont dépend notre monde moderne, considérez les combustibles fossiles. Grâce à l’amélioration des technologies de détection et de forage, les réserves de pétrole et de gaz sont désormais beaucoup plus importantes que jamais. Depuis 1980, les réserves prouvées de pétrole ont augmenté de plus de 151% ; pour le gaz, ce chiffre est de 163%. Pour mettre ces données en perspective, en 2015, nous avons utilisé 34 milliards de barils de pétrole brut, tandis que nous avons découvert 53,2 milliards de barils supplémentaires chaque année entre 2010 et 2015.

Nous avons résolu les problèmes de la faim, de la pauvreté, de l’analphabétisme, de nombreuses maladies, de la mortalité infantile, de la production alimentaire… et davantage encore, à un rythme sans précédent. Et au lieu de se raréfier, les ressources naturelles connaissent en fait une baisse de prix.

Si vous allez voir Avengers : Infinity War ces jours-ci, profitez du spectacle offert par l’un des plus gros blockbusters de tous les temps. Mais souvenez-vous d’une chose : les craintes de surpopulation de Thanos ne sont pas légitimes et sont aussi fictives que le personnage lui-même. L’humanité continue de prospérer.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

Pour plus de détails, lire l’article de Marian Tupy : L’humanité crée davantage de richesses qu’elle ne consomme de ressources.

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