François Pinault à l’Académie des Beaux Arts !

Quand François Pinault s’occupe des très rares artistes français admis dans sa collection, il songe d’abord à mettre à contribution les institutions, les fait prendre en charge par FRACS, ministère, et maintenant l’Académie…

Par Aude de Kerros.

Une nouvelle élection à la section peinture de l’Académie des Beaux-Arts aura lieu le 25 avril. Le candidat le plus en vue est Fabrice Hyber, artiste hyper conceptuel aligné sur le modèle Jeff Koons d’artiste entrepreneur-installateur, en moins kitsch et plus intello. C’est est un des purs produits de l’élevage du ministère de la Culture qui en a fait un Lauréat du Lion d’Or en 1997.  Choyé, entretenu, bénéficiaire de toutes commandes et avantages, il a pu se passer du marché jusqu’à ce que François Pinault lui achète quelques œuvres, tout comme il l’a fait aussi pour Bustamante, autre conceptuel pupille de l’État, élu académicien l’année dernière au siège de Zao Wo Ki !

Les Français encore mis à contribution

Quand François Pinault s’occupe des très rares artistes français admis dans sa collection, il songe d’abord à mettre à contribution les institutions, les fait prendre en charge par FRACS, ministère, et maintenant l’Académie…

Ce n’est pas comme cela que s’y est pris son homologue anglais Charles Saatchy, qui a défendu et imposé mondialement, de façon fracassante les Young British Artists en les collectionnant d’abord, puis en leur offrant une tournée internationale avec l’exposition Sensation qui s’acheva en 1997, à New York au Brooklyn Museum, et fit un scandale suivi de fermetures, pétitions, procès et obligation de mettre un policier armé pour préserver une œuvre particulièrement sulfureuse : « The holly Virgin Mary » entourée de bouses de vaches de Chris Ofili. Le scandale fit la cote, le Royaume-Uni entra triomphalement sur le marché international de l’AC en 1997. Ce que la France n’a toujours pas réussi à faire en 2018…

Le milieu de l’art anglais a témoigné sa reconnaissance à Charles Saatchy,  en attribuant aux « YBA » plusieurs fois le prix Turner (organisé par la Tate Britain, ouvert à toutes expressions y compris la peinture). La Royal Académie attribua aussi quelques sièges à ces artistes de la déconstruction, choc et scandale. L’Angleterre n’a pas d’art officiel et demeure attachée à la concurrence naturelle de divers courants artistiques. La création n’est pas dirigée comme en France, par des fonctionnaires répondant à l’excellent nom « d’inspecteurs de la création ». Ainsi Charles Saatchy, en soutenant avec ses deniers les Young British Artists, dit, sans honte, avoir ainsi manifesté sa reconnaissance et amour à l’Angleterre qui a accueilli sa famille fuyant l’Irak en 1947. Sa contribution a été reconnue et appréciée.

Pas d’artistes français cotés

En France ni le ministère de la Culture ni aucun collectionneur n’ont défendu la création française, en tant que telle, au-delà des frontières. Il n’y a donc pas d’artistes français bien cotés sur le haut marché.

Pour l’heure, il s’agit de placer les collectionnés de François Pinault et les pupilles de l’État dans le show case que représente l’Académie. On appelle cela le cross marketing. Bustamante et Hyber, section peinture, verront rejaillir sur eux, grands conceptuels-déconstructeurs, l’aura du Grand’art. À l’inverse, la peinture s’en trouvera dépréciée… un peu comme quand Bustamante met un camion dans une église, il déclasse l’église et la convertit en garage.

La campagne fait donc rage, le grand argument semble-t-il est que l’Académie a besoin de stars officielles afin que leur célébrité retombe généreusement sur les académiciens inconnus, grâce au fameux principe de ruissellement, un mythe qui a la cote !

Liberté artistique et indépendance du créateur

Étant donné les intérêts en jeu : d’un côté la détermination des partis de l’État et de l’Argent à instrumentaliser cette institution prestigieuse, de l’autre le parti d’une Académie dont les valeurs ne sont pas celles de la finance mais de l’Art. Il vaudrait mieux créer une section « Art conceptuel » avec deux ou trois fauteuils pour que ce courant soit représenté, mais en aucune façon confondu avec la sculpture, la peinture et la gravure – où le sens ne s’exprime pas sans la forme créée et accomplie – c’est-à-dire l’exact contraire du conceptualisme.

L’Académie des Beaux-Arts est en France la dernière Grande Institution dans le monde des arts, avec un prestige international, à ne dépendre ni de l’État ni de l’Argent, à être encore gouvernée par les artistes eux-mêmes, à témoigner de l’existence de la diversité de courants, à défendre la liberté artistique et l’indépendance du créateur. Si elle manquait à sa mission, il n’y aurait plus de contrepouvoir dans ce domaine, dans ce pays.

L’Académie des Beaux-Arts sera-t-elle, le 25 avril, victime du fameux syndrome de Stockholm ? À suivre…