Pourquoi Donald Trump a tort de vouloir le retour du protectionnisme

Protéger quelques-uns pour appauvrir la majorité : rarement décision politique n’aura été aussi visiblement idiote que la mesure protectionniste prise cette semaine par Donald Trump sur les taxes douanières.

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Pourquoi Donald Trump a tort de vouloir le retour du protectionnisme

Publié le 10 mars 2018
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Un billet d’humeur de Bill Bonner.

La grande nouvelle de ces derniers jours, c’est la décision hâtive de Trump d’imposer des taxes douanières sur l’aluminium et l’acier.

La nouvelle nous a rempli d’aise. Nous cherchions un exemple – indéniable, indiscutable et splendidement crétin – pour illustrer le véritable fonctionnement d’un gouvernement. Le Donald vient de nous en fournir un.

Ostensiblement idiots

C’est une tâche difficile, creuser le sol ingrat et rocailleux de la politique publique, racler la poussière mielleuse des désirs, des illusions et de la fraude… pour mettre au jour la corruption et la stupidité qui se trouvent au-dessous.

Nous aimerions donc remercier également le secrétaire au Commerce Wilbur Ross et son conseiller Peter Navarro pour leur contribution. Ils ont placé les sottises pile à la surface.

Il est rare que des personnalités politiques se montrent aussi ostensiblement idiotes, avec si peu de débrouillardise… et défendant des théories aussi ouvertement insensées. Ils nous ont rendu la tâche facile. Merci encore.

Ici en Argentine, les barrières commerciales sont un fait de l’existence depuis longtemps.

Il y a quelques années, par exemple, il était impossible d’obtenir des pneus pour notre tracteur. Les fabricants de pneus argentins étaient protégés par des taxes douanières. Si l’on voulait acheter un pneu, il fallait acheter les pneus fabriqués localement, de qualité inférieure.

Sauf, bien entendu, s’ils ne fabriquaient pas le modèle dont vous aviez justement besoin. Dans ce cas, pas de chance !

Même chose dans le domaine de l’électronique. Apparemment, l’ex-présidente Cristina Kirchner avait des potes dans le sud du pays qui fabriquaient des composants électroniques.

Les importations d’ordinateurs portables, d’iPhones et autres appareils étaient donc restreintes, en apparence pour donner aux débutants locaux une chance de se développer et de venir concurrencer Apple, Samsung et Panasonic.

Lorsqu’on entrait dans le pays, il fallait déclarer avec exactitude tous les téléphones, iPads et ordinateurs portables que l’on transportait. Et malheur à vous si vous ne les aviez pas tous en repartant.

Gémissements et lamentations protectionnistes

Mais c’est bien là genre de chose qu’on peut attendre d’un « pays merdique », n’est-ce pas ? L’utilisation flagrante du gouvernement pour transférer l’argent des personnes ordinaires dans les poches des happy few ayant de l’entregent.

Un pays moderne et civilisé est normalement plus sophistiqué dans ses manœuvres. Ses économistes réalisent que les barrières commerciales font baisser la production, ce qui finit par diminuer la richesse disponible pour des élites prédatrices. Mieux vaut permettre au libre-échange d’engraisser le cochon, raisonnent-ils, avant de trancher le jambon.

Dans le cas de l’événement qui nous occupe, le secrétaire au Commerce US, Wilbur Ross, a fait venir un groupe de dirigeants du secteur de l’acier et de l’aluminium à la Maison Blanche jeudi dernier à 11h. Les compères ont gémi et se sont lamentés, sans aucun doute, sur le fait que les Canadiens sont injustes, que les Mexicains ont des coûts plus bas ou encore que les Européens fabriquent des métaux de meilleure qualité.

Donald J. Trump, qui est un battant, s’est saisi d’un micro. Le soleil avait à peine atteint son zénith que le Donald avait déclenché une guerre commerciale, affirmant qu’elle était facile à gagner. Il a ensuite ajouté cette remarque désopilante :

Nous devons protéger notre pays et nos travailleurs. Notre industrie sidérurgique est en mauvais état. Sans acier, pas de pays !

À aucun moment le véritable problème n’a été abordé : comment se fait-il que les Américains achètent plus à l’étranger qu’ils n’y vendent ? Si Trump s’était donné la peine d’y regarder de plus près, il aurait remarqué que cela n’a rien à voir avec les accords commerciaux ou le manque de barrières douanières.

Le paradis du crédit gratuit

Jusque dans les années 70, les États-Unis étaient le premier exportateur mondial. Et puis, en quelques années, ils sont devenus le premier importateur mondial. Pourquoi ? Parce qu’ils ont changé le système monétaire en 1971.

Au lieu de fabriquer à domicile, les États-Unis ont commencé à acheter à l’étranger – en payant avec le nouvel argent bon marché. Au lieu d’être une locomotive industrielle, les États-Unis se sont transformés en paradis du crédit gratuit.

Et au lieu de privilégier de vrais emplois avec de bons salaires, ancrés dans l’économie réelle, l’économie a été faussée par les diplômés surpuissants de la Fed, les canailles surpayées de Wall Street et les crapules égoïstes des deux partis se vautrant dans le marigot suractif et surendetté de Washington.

Mais le Donald ne va pas se donner le mal d’y réfléchir. De toute façon, même s’il se penchait sur la question, le Deep State ne lui permettrait pas d’y faire quoi que ce soit. Le véritable but du gouvernement est, toujours et partout, de permettre à quelques-uns d’exploiter le plus grand nombre.

C’est un retour en arrière, une relique d’un âge depuis longtemps dépassé, le vestige d’une queue préhensile. Le monde moderne de l’industrie, du commerce et de l’investissement fonctionne avec un logiciel différent : les accords gagnant-gagnant. Seul le gouvernement – avec ses batailles, guerres, taxes, tarifs, ses ordres de faire ceci et ses interdictions de faire cela – continue à fonctionner sur un programme pré-civilisation.

Une guerre commerciale est un bon exemple, tout aussi bidon qu’une guerre contre la drogue, une guerre contre le crime ou une guerre contre la terreur. Aucune ne vaut la peine d’être menée. Et aucune ne peut être gagnée.

Une guerre commerciale est conçue pour récompenser les élites aux dépens des autres. On estime qu’il y a seulement 200 000 emplois dans les secteurs de la production d’acier et d’aluminium aux États-Unis. On peut leur ajouter quelques milliers de propriétaires importants. Et, plus important que tout, quelques centaines de compères sérieux. C’est là que se trouvent les gagnants.

Reuters :

Les cours des fabricants d’acier et d’aluminium ont grimpé jeudi après que le président Trump a annoncé de considérables taxes douanières sur les importations de métaux pour les protéger de la concurrence étrangère, mais de nombreuses autres entreprises ont vu leurs cours chuter, étant donné qu’elles se trouveront confrontées à des prix plus élevés pour leurs matières premières, ce qui les forcera à augmenter les prix pour les consommateurs.

Les propositions de taxes de 25% sur les importations d’acier et 10% sur l’aluminium ont stimulé les cours des sidérurgistes mais les entreprises industrielles, les fabricants aéronautiques et les fabricants automobiles ont vu leurs cours chuter.

Parmi les sidérurgistes, AK Steel Holding Corp. a grimpé de 9,5%, US Steel Corp a grimpé de 5,7% tandis que Nucor Corp et Steel Dynamics Inc ont chacun engrangé plus de 4,0%.

Un prix élevé à payer

Comme toutes les actions gouvernementales, cependant, ce n’est pas un accord gagnant-gagnant. C’est un accord gagnant-perdant. Il y a bien plus de gens qui utilisent l’acier et l’aluminium que de gens qui en produisent. Ce sont eux les perdants du premier rang, les plus visibles. Les fabricants automobiles américains, par exemple, utilisent en moyenne 1 500 kg d’acier dans chaque voiture. Le coût additionnel forcera Detroit à augmenter les prix. C’est là que nous rencontrons les perdants du deuxième rang : les emplois résiduels et très bien payés dans l’industrie automobile.

L’effet serait à peu près le même si Le Donald avait imposé une taxe sur le pétrole. Quasiment toute l’activité industrielle aux États-Unis dépend de l’énergie et des métaux de base.

Augmentez les coûts de l’acier, de l’aluminium ou de l’énergie, et vous réduisez la compétitivité. Inutile de dire qu’endommager plus encore l’industrie américaine ne rendra pas sa grandeur à l’Amérique.

Et n’oublions pas les perdants du troisième rang : l’intégralité ou presque de la population US, qui paiera tout plus cher, depuis ses canettes de bière jusqu’à ses outils de jardin. Un prix bien élevé à payer simplement pour enrichir quelques compères…


Pour plus d’informations, c’est ici.

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  • Quelque chose m’ échappe que je ne comprend pas: « Au lieu de fabriquer à domicile, les États-Unis ont commencé à acheter à l’étranger – en payant avec le nouvel argent bon marché. Au lieu d’être une locomotive industrielle, les États-Unis se sont transformés en paradis du crédit gratuit. »…..Pourquoi n’ ont ils pas continué à achetter de l’ acier US avec cet argent bon marché ???

    • ben sans rien y connaitre en économie, ça reste des échanges. l’idée générale selon moi reste que les gens échangent des trucs ou des services…qui se cassera le cul a fabriquer une voiture pour échanger contre un ordinateur si le gars qui te vend l’ordinateur accepte volontiers une promesse de remboursement que tu n’auras sans doute pas à tenir?

  • Un droit de douane est un impôt prélevé sur les consommateurs. Donc Trump taxe ces concitoyens. C’est en effet idiot. Espérons que l’Union Européenne ne va pas à son tour taxer ses propres consommateurs pour « punir » Trump d’avoir taxé les siens. Ce serait tout aussi idiot.

    • @ Jacques Peter
      D.Trump ne taxe pas « ses concitoyens »: il taxe les importations d’acier et d’aluminium!
      Ce n’est pas du tout la même chose!

      C’est un ballon d’oxygène à la métallurgie U.S.
      Le prix des voitures U.S. en acier U.S. ne doit donc pas augmenter de ce seul fait, contrairement à ce que raconte B.Bonner!

      • Il vous faudrait quand même lire l’article et le piger un mini, non ❓

      • si la taxe est dissuasive, car si les gens continuent à acheter de l’acier à l’étranger plus cher ( et alors rien pour les producteurs d’acier ) …les consommateurs us y perdent. l’etat engrange la taxe..on peut, comble du ridicule, imaginer qu’il la redonne aux consommateurs lésés…et alors….juste un peu de richesse disparaît dans les coûts bureaucratiques .Si par contre la taxe est dissuasive, l’acier est toujours plus cher pour les consommateurs us , ils perdent du pouvoir d’achat sauf les producteurs d’aciers us ..sans compter les répercussions sur les exportations..

        la vraie question à l’origine est que si des pays échangent c’est que c’est globalement bénéfiques pour les deux parties. ça maximalise la richesse produite un truc de ce genre.. en conséquence diminuer volontairement les échanges est forcement néfaste…la question est de savoir comment on planque l’appauvrissement matériel… certes il y a un enrichissement moral, il n’ y a rien à dire si une personne achète délibérément des produits estampillés « local » pour en retirer un contentement.. sauf que..tout le monde ne peut pas se permettre cela.

        c’est ma vision un peu simpliste de l’économie qui doit dans le monde réel est altérée par la nature de la monnaie qui peut masquer certains effets de façon temporaire.

  • Eh bien je vais être un peu provocateur, mais ces déclarations de Trump sont une excellente chose pour deux raisons. La première, c’est que tant qu’il ne s’agissait que de la thèse des trois quarts ou plus des candidats à la présidentielle française, personne ne trouvait rien à redire au protectionnisme. La seconde est que c’est l’occasion ou jamais de comprendre que Trump est un négociateur brutal, et que dans l’affaire il ne défend pas le protectionnisme par principe, mais qu’il négocie de nouveaux accords douaniers avec ceux qui acceptent, et notamment le Canada et le Mexique qui sont de loin les plus gros exportateurs d’acier vers les USA ! Les Européens, avec leurs contre-taxes sur le bourbon et le beurre de cacahuète n’ont rien compris, ils sont bien plus idiots que Trump.

  • il y a aussi un truc si on achète moins à l’étranger il faut bien d’une façon ou d’une autre que l’étranger nous achète moins aussi, le message reste avant tout que des échanges libres sont « mauvais »..

  • Non D Trump n’est pas protectionniste. Il veut simplement établir des accords commerciaux équilibrés. Ex: les voitures européennes sont taxées à 2% aux USA, les voitures américaines 10% en entrant en Europe.

    • Vous relevez l’ambiguïté latente de toutes ces affaires prétendument protectionnistes / libre-échangistes : il ne s’agit que de négociations et de réarrangement d’unions et d’accords douaniers.

  • Les commentaires sont fermés.

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