Loin de Douala, de Max Lobe

Max Lobe confirme dans son dernier roman ses talents de conteur et de peintre des mœurs, ici celles du Cameroun.

Par Francis Richard.

Boza, c’est l’aventure. Tout un périple complexe qui mène les bozayeurs, par petites étapes, du Cameroun jusqu’en Europe.

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Malgré le déprimant retour des bozayeurs malchanceux, rien n’entame la ferveur des partants. Tous les jours, parce qu’ils ont été recalés à la suite d’un ou deux refus de visa, des jeunes décident de boza.

Claude Moussima Bobé meurt. Ngonda, sa femme, croyante jusqu’à la superstition, a cru qu’il guérirait par la toute-puissance de Yésu Cristo : il suffirait de l’oindre d’huile bénite et de lui faire boire de l’eau également bénite pour qu’il échappe à la maladie.

Au dernier moment son fils aîné Roger et son ami Simon l’ont transporté à l’Hôpital Général de Douala. Mais c’était trop tard… Et, du coup, Roger accuse sa mère et son petit frère Jean, le Choupinours de sa mère, l’intello-pasteur de la famille, de l’avoir tué.

Roger n’est pas un intello. Quelques mois plus tôt, après quatre tentatives, il a enfin décroché le brevet, tandis que son frère cadet, lui, réussissait son bachot. Les études ne l’intéressent pas. En dehors du foot, point de salut. Son idole, c’est Roger Milla

Après une altercation avec Jean, à qui il donne deux gifles pour lui apprendre à le traiter de bon à rien, Roger est porté disparu, avant même l’enterrement de son père. Simon et Jean, partis à sa recherche, apprennent qu’il est allé boza, en Europe, à pied.

Roger rêvait de Real de Madrid, de FC Barcelone, d’être un nouveau Roger Milla. Son rêve va enfin devenir réalité. Son chemin passe par le Nigéria, au nord du pays. Il doit peut-être maintenant être en train de tracer sa route tranquille jusqu’en Espagne.

Simon et Jean se lancent à sa poursuite, ce qui les emmène Loin de Douala, en suivant les étapes du boza : Yaoundé, Ngaoundéré, Garoua, Maroua… Mais, plus ils approchent du Nigéria, plus se font sentir les présence et influence de  Boko Haram…

Ce récit de Max Lobe permet au lecteur de faire ample connaissance avec le pays natal de l’auteur à la faveur des rencontres que font Simon et Jean, son narrateur, de souvenirs que celui-ci évoque et de révélations qui lui sont faites sur les siens.

Max Lobe y confirme ses talents de conteur et de peintre des mœurs, ici celles du Cameroun. Il agrémente d’ailleurs son récit de termes anciens et modernes du français camerounais, au milieu desquels il glisse quelques termes british employés là-bas…

Loin de Douala, Max Lobe, 176 pages, Zoé (sortie le 1er mars 2018)

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