Surtaxe immobilière : encore une belle pigeonnade

Maison Argent Immobilier

Un texte de Nafy-Nathalie et h16

Tout le monde le sait parce que c’est évident, c’est dit et répété partout, et notre Anne de Paris l’a même expliqué plusieurs fois dans le poste : l’heure est grave, puisque nous sommes en pleine crise du logement.

Oui, il y a pénurie ! Et si le citoyen ne peut plus se loger, ce n’est pas parce que les propriétaires disparaissent sous l’accumulation des taxes mortifères et des lois vexatoires, mais parce qu’ils sont d’infâmes spéculateurs, peu attachés au ♪ vivrensemble et aux valeurs de solidarité ♫ qui sont le ciment essentiel de notre société tsoin tsoin ♩♩.

Selon Anne, ce fourbe rentier de propriétaire préfère évidemment mettre son logement sur AirBnB plutôt que louer de manière classique. Quel insupportable fripouille, qui, comme nous l’explique cet article de Contrepoints, tient compte du fait que « (…) 12 nuits de loyer AirBnB sont équivalentes en moyenne à un mois de loyer dans le cadre d’une location classique » !

Mais bougre de turbocapitalistes sans foi ni loi, ce n’est pas une raison ! Même si « louer une petite surface à des touristes est en moyenne 2,6 fois plus rentable dans la capitale que de la louer à l’année », peu importe !

Peu importe également que ces locations sont a priori plutôt le fait des locataires qui utilisent AirBnB durant leurs vacances !

Peu importe que ce soit l’État qui, à force d’incitations fiscales mal calibrées et de lois contre-productives, est à l’origine du manque de logement locatif.

Peu importe aussi que l’idée même de la pénurie de logement soit plus que contestable comme nous l’indique cet article de Challenge, si l’on fait l’effort d’examiner les faits plutôt que les dogmes.

Peu importe !

Il faut contrer AirBnB en taxant les propriétaires.

Il faut obliger le vilain propriétaire à mettre ses biens en location et Anne, fièrement équipée, s’est attelée à la tâche avec l’idée (simpliste) qu’en augmentant la ponction sur les propriétaires de résidences secondaires ou vacantes, ils finiraient bien par louer leurs logements.

Cependant, ce n’est pas la première fois qu’on joue à augmenter les taxes pour libérer du foncier locatif. Et à chaque fois, le succès de l’opération a toujours été franchement mitigé.

La taxe sur les logements vacants (TLV) est en effet une invention française qui a vu le jour en 1998 avec pour objectif de sanctionner les propriétaires récalcitrants au vivrensemble qui décident volontairement (et obstinément) de ne pas proposer leur(s) logement(s) à la location. Malgré cette taxe, la part de logements vacants n’a pas cessé d’augmenter selon l’INSEE : la France comptait 8,3 % de logements vacants en 2016, soit 0,5 point de plus qu’en 2009.

De même et toujours selon l’INSEE, le nombre de résidences secondaires dans la capitale a bondi de 43 % entre 1999 et 2014 pour atteindre 7,5 % du parc de logements malgré la taxe d’habitation, créée en 1974.

Il n’y a pas à tortiller, c’est une franche réussite.

Le 14 novembre 2016, sous l’impulsion des socialistes, l’Assemblée nationale donne la possibilité aux communes situées en « zones immobilières tendues » de moduler la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, via un amendement voté dans le projet de budget 2017.

Cette mesure était avidement attendue par la Ville de Paris. Selon Jacques Baudrier (PCF), cité par Le Parisien,

pour une surtaxe moyenne actuellement de 600 euros, cela reviendrait à payer 2 500 euros. Ce montant inciterait dans son idée les propriétaires à libérer des milliers de logements.

Mais oui, bien sûr…

Vu le prix de l’immobilier à Paris, il est très facile d’imaginer que ceux qui y possèdent une résidence régulièrement vacante ont, sans que cela les mettent en difficulté, largement les moyens de supporter une augmentation de la taxe d’habitation. Si l’on oublie le dogmatisme de la Mairie, on comprend qu’elle le sait parfaitement. En revanche et de façon bien plus logique, cette mesure est une manne bienvenue pour les finances de la Capitale qui continuent de s’enfoncer dans les abysses de plus en plus fréquentés des finances publiques, après tous les projets foireux dont notre Anne de Paris s’est faite la spécialiste.

On imagine sans mal qu’il lui faut trouver des financements importants pour combler ses déficits « inattendus », d’autant plus si on tient compte de son plan d’investissements de 10 milliards d’euros sur sa mandature et des dotations de l’État qui baissent considérablement.

Toujours selon les dernières estimations de l’INSEE, il y a 1 362 182 logements à Paris répartis entre environ 7,9 % de résidences secondaires et 7,9 % de logements vacants, ce qui ferait une réserve de 215 225 logements. Afin d’éviter que leurs propriétaires fassent muter le statut de leur logement en vacant, il est aussi décidé d’augmenter la taxe sur les logements vacants dans une même proportion. Le gain pour la Ville de Paris serait de 20 millions par an pour les logements vacants et de 43 millions pour les résidences secondaires.

Lorsqu’on cumule les déficits et les mauvaises nouvelles, 63 millions ce n’est pas rien ; et moyennant un marketing citoyen, festif et bien dans l’air du temps, on peut même les faire passer auprès des électeurs comme un rééquilibrage naturel, une sorte de justice sociale.

Tant pis si les propriétaires, via leurs représentants de l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI), parlent de surenchère fiscale et rappellent, pour la forme, que « Certains propriétaires doivent déjà verser au titre de la taxe foncière jusqu’à trois mois de loyer. » L’injustice est sans importance puisque ces cochons de rentiers ont les moyens de payer.

« Bonne » nouvelle supplémentaire : les propriétaires de province « bénéficient » aussi des mesures.

Ainsi, le point de vue d’une association de propriétaires de résidences secondaires « Les Pigeons de Saint-Nazaire », également impactés par ces augmentations, est édifiant. Dans les colonnes de 20 minutes, ils expliquent qu’ils se sentent comme « l’os à ronger que l’État donne aux mairies. »

Dans le contexte de l’exonération de taxe d’habitation, taxer davantage une certaine partie de la population passe en effet difficilement. Et comme par hasard, dans les municipalités où cela se produit, on ressort bien vite les mêmes arguments qu’à Paris (si ça marche là-bas, pourquoi pas ici ?) : à Saint-Nazaire, la Mairie (socialiste – coïncidence ?) assume parfaitement vouloir faire rendre gorge aux proprios sa position en expliquant que « l’objectif est aussi de dissuader la spéculation, notamment via les locations Airbnb. »

Méchante spéculation qui enrichit de riches propriétaires ! Vilain AirBnB qui crée des revenus de nababs ! Vite, taxons-le afin de le punir d’avoir ainsi une résidence secondaire !

Sauf que le contribuable pourrait se montrer beaucoup plus récalcitrant que prévu et refuser de changer son mode de vie ou de se séparer de ses biens. Pragmatiquement, à Saint-Nazaire, les « Pigeons » ont déjà fait des recours et ne semblent pas vouloir s’arrêter là.

Quant au financement des surtaxes dont le coût devient de plus en plus prohibitif, ces mêmes contribuables pourraient choisir, avec une ironie qui ne manquera pas d’alimenter les conversations, de les financer en mettant pendant leurs absences leurs logements secondaires en location sur AirBnB.

Ah, décidément, qu’il fait bon vivre en Macronie ! Toute cette tempête de libéralisme, toutes ces taxes qui diminuent, tous ces impôts qui disparaissent, toute cette fiscalité qui s’allège, cela donne le tournis.