Frais bancaires : la concurrence a du bon !

La concurrence se fait au bénéfice du consommateur, comme en témoigne l’évolution du secteur bancaire.

Par Nathalie MP.

En voilà une nouvelle ! La concurrence serait parfois intéressante pour le pouvoir d’achat des consommateurs ! Ce n’est pas moi qui le dis, mais le journal Le Monde qui a publié les résultats de son baromètre annuel sur les tarifs bancaires avec ce titre magnifique : « Quand la concurrence freine la hausse des frais bancaires » ! 

Et dire qu’on croyait tous que la concurrence était une déviance ultra-libérale complètement débridée par lequel le capitalisme le plus sauvage se remplit les poches de profits honteusement gagnés au prix de la misère la plus noire et d’inégalités galopantes ! Mais ça a l’air un petit peu plus compliqué…

Article inhabituel

• Passablement médusée par ce titre très inhabituel chez notre grand quotidien de référence, j’ai plongé dans la lecture de l’article. J’ai ainsi découvert que Le Monde publie depuis quelques années un baromètre sur les tarifs des banques pour les particuliers en association avec le site Meilleurebanque.com qui est un comparateur en ligne de frais bancaires appartenant au groupe de courtage de prêts Meilleurtaux.

Méthodologiquement, Meilleurebanque.com a passé en revue les nouvelles plaquettes tarifaires 2018 de 170 établissements bancaires classiques ou en ligne et les a appliqué à 6 profils de clients différents : jeune inactif, jeune actif, employé, cadre, cadre supérieur et senior. Les paramètres d’opérations bancaires et de revenus retenus pour chacun d’eux sont détaillés à la fin de l’article.

Si l’étude 2018 fait ressortir une petite hausse tarifaire moyenne de 0,34 % par rapport aux tarifs appliqués en 2017, hausse effectivement très modérée puisqu’on anticipe une inflation de 1 % en 2018, la rétrospective des baromètres similaires pour les années précédentes montre que ces tarifs s’inscrivent dans un mouvement de baisse depuis quelques années, comme on peut le constater dans le tableau ci-dessous.

Dans la colonne « Variation frais », j’ai reporté la hausse moyenne des tarifs de l’année considérée par rapport à ceux de l’année précédente. Dans la colonne suivante, j’ai donné la valeur 100 aux tarifs appliqués en 2012 et j’en ai déduit la valeur des tarifs des années suivantes grâce aux variations annuelles moyennes calculées par Meilleurebanque. Puis j’ai fait la même chose avec l’inflation dans les deux colonnes en bleu.

France : Variation annuelle des frais bancaires pour les particuliers
Année Variation frais       En base 100            Inflation     En base 100
2012 100 100
2013 1,22 % 101,22 0,90 % 100,90
2014 -2,02 % 99,18 0,50 % 101,40
2015 -3,50 % 95,70 0,00 % 101,40
2016 1,40 % 97,04 0,20 % 101,61
2017 1,16 % 98,17 1,00 % 102,62
2018 0,34 % 98,50 Est. 1,00 % Est. 103,65

On voit donc qu’entre 2012 et 2018, les tarifs bancaires sont passés de 100 à 98,50 soit une baisse de 1,50 % tandis que l’inflation était de 3,65 % (avec une estimation de 1 % pour 2018). La baisse déflatée sera donc d’un peu plus de 5 % en six ans.

L’étude met aussi en évidence la grande disparité des tarifs pour tous les profils testés selon que la banque est une grande banque de réseaux (classique ou mutualiste : Société générale, Crédit agricole etc…) ou une banque en ligne telle que Boursorama ou Fortuneo. Pour le profil « cadre », par exemple, les frais peuvent aller de 267 € à 55 € respectivement.

Une loi Macron sans effet significatif

• Pour expliquer la stagnation tarifaire de 2018, la journaliste du Monde commence par mettre en avant la loi sur la mobilité bancaire qui a pris effet il y a exactement un an (le 6 février 2017). Introduite dans la loi Macron de 2015, cette disposition vise à faciliter le changement de banque des particuliers en fixant par la loi l’obligation de la nouvelle banque d’assurer elle-même, gratuitement et dans des délais définis toutes les démarches de transfert des ordres de virements et de prélèvements de l’ancien compte vers le nouveau.

On observe cependant qu’au bout d’un an, elle n’a pas eu d’effet significatif. Les Français s’avèrent très fidèles à leur banque où ils restent en moyenne une quinzaine d’années. Cette durée tend à diminuer, mais ni plus ni moins qu’avant la loi sur la mobilité. On constate même, si l’on en croit une étude de l’association UFC Que Choisir que la gratuité exigée de l’ancienne et de la nouvelle banque pour le transfert des comptes les pousse à renchérir d’autres frais non réglementés dans la loi mobilité.

Pour Que Choisir, cette situation reflète « les nouvelles entraves mises par la banque à la concurrence » et appelle à l’évidence de nouvelles mesures coercitives. J’exprimerais les choses différemment – libéralement (!) : l’État a jugé utile de s’immiscer dans la tarification bancaire ; il a donc décidé de fixer certains prix en dehors de toute référence au marché, uniquement sur la base de son idée de ce que doit être le prix d’un transfert de compte, c’est-à-dire gratuit.

Résultat : au lieu de favoriser la mobilité, cette loi, comme toutes les lois défavorables à un acteur de façon unilatérale et discrétionnaire, entraîne inéluctablement ses contournements et favorise un obscurcissement complet du système de prix en vigueur pour ce type de service, à mille lieues de ce que devrait être un marché libre et concurrentiel.

L’effet de la concurrence

• Mais puisque l’on constate globalement une baisse des tarifs bancaires, il reste une explication, à laquelle se rallie à juste titre la journaliste du Monde, celle d’une concurrence accrue qui voit des entrants arriver à tout moment avec de nouvelles idées de service pour le consommateur.

Comme pour de nombreux autres secteurs – taxis, transport aérien, hébergement, médias, … – les grandes banques de réseaux, qui considéraient jusqu’ici leur clientèle comme captive et dans une certaine mesure héréditaire, sont bousculées – entre autres1 – par la révolution des technologies de l’information.

Des banques directes, puis en ligne, telles que ING Direct, Boursorama ou Fortuneo sont arrivées sur le marché depuis quelques années avec des structures de coûts réduites. Elles sont encore loin d’avoir le nombre de clients des banques traditionnelles (1 million pour les deux premières contre 7 millions pour BNP Paribas et 27 millions pour le Crédit agricole), mais elles grignotent petit à petit le marché par leurs tarifs attractifs et leurs services rapides et simplifiés.

Ce mouvement profite bien évidemment à leurs clients, des jeunes qui ouvrent leurs premiers comptes chez elles ou des transfuges des banques classiques, mais il profite également aux clients de ces dernières sans qu’ils aient à bouger car leur banque est alors poussée à moderniser son offre, affiner ses services et ajuster ses prix. Un nouvel entrant de qualité sur un marché et c’est tout le secteur qui est entraîné vers l’avant.

Des activités bancaires en pleine évolution

En ce début d’année 2018, les activités bancaires sont encore une fois en pleine évolution du fait de l’arrivée depuis novembre dernier d’un nouvel opérateur doté d’un potentiel de développement important : Orange Bank. Ce nouveau venu, beaucoup plus que la loi Macron sur la mobilité bancaire, fait craindre aux banques installées de perdre des clients ou de ne pas parvenir à capter les jeunes générations qui commencent tout juste à faire usage de produits bancaires.

Se revendiquant 100 % mobile et s’appuyant sur le potentiel de clients de son activité télécom ainsi que sur la notoriété de sa marque, Orange Bank fait partie de ces « néo-banques » qui s’attaquent non seulement aux banques traditionnelles mais également aux banques en ligne « ancienne » génération, tout comme les VTC, après être venus concurrencer les taxis réglementés, ont dû faire face  à l’arrivée d’UBER.

Cet exemple des prix des services bancaires montre très clairement deux choses :

· La coercition par la loi, en brouillant complètement le marché, est inopérante pour faire advenir une situation qui soit favorable aussi bien aux consommateurs qu’aux producteurs. C’est pourtant un mode d’action très en vogue chez nos dirigeants, y compris chez Emmanuel Macron et ses ministres qui rêvent d’instaurer partout le « juste » prix, notamment dans l’agriculture et l’alimentation.

· Le libre jeu de la concurrence, la possibilité (pas l’obligation) que de nouveaux acteurs entrent sur un marché, se traduit par une amélioration de la situation des consommateurs, que ce soit en matière de prix ou en matière de qualité de service ou les deux.

Ce qui est vrai pour les services bancaires l’est aussi pour d’autres secteurs – transports ferroviaires, éducation, sécurité sociale … – qui gagneraient à s’ouvrir à de nouveaux acteurs pour échapper à la malédiction des déficits couplés à l’insatisfaction élevée des bénéficiaires.

Sur le web

  1.  On peut aussi citer les établissements de crédit spécialisés – pour le crédit auto par exemple –  et les courtiers de prêt comme Meilleurtaux.