Grève dans les prisons : des matons dans les roues

Espérons que le gouvernement sera à la hauteur des enjeux que posent les matons avec leurs pneus.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Grève dans les prisons : des matons dans les roues

Publié le 26 janvier 2018
- A +

Par Baptiste Créteur.

Chose peu connue, quand les gardiens de prison sont en grève, ils travaillent deux fois plus : ils continuent d’empêcher les gens de sortir, et ils empêchent aussi les gens d’entrer.

Si on écoute les syndicats, leur mouvement est un classique du genre : en jeu, plus de moyens et l’augmentation des salaires. Que la garde des Sceaux ajuste ses promesses à la hausse, et tout rentrera dans l’ordre.

Mais si on écoute aussi les gardiens de prison, une question plus subtile émerge : celle du juste usage de la violence étatique. Car les souris dansent aussi quand le chat n’a pas de griffes. Pour assurer l’ordre parmi les détenus, les surveillants ont un stylo, un sifflet, et un talkie-walkie. Même à chifoumi, un forcené sortant du quartier d’isolement avec des ciseaux (comme le 11 janvier) est mieux armé.

Que la justice soit forte, que la force soit juste. –Pascal

Les limites de l’autorité étatique

Pour se défendre, ils voudraient (au moins) des tonfas et une plus grande latitude dans leur attitude à l’égard des détenus. Ils doivent pouvoir se défendre. Mais jusqu’à quel point peut-on user de la violence à l’égard d’autrui, fut-il un prisonnier ?

Les matons en colère, avec leurs blocages et leurs sifflets, posent l’une des questions fondamentales de la modernité, celle des limites de l’autorité étatique face aux droits individuels.

D’après eux, ils n’ont pas assez d’autorité pour faire respecter l’ordre dans les prisons. Et les détenus en profitent, non seulement pour se procurer des téléphones et de quoi rendre l’incarcération dans des conditions indignes qu’offre notre pays plus vivable, mais aussi en bafouant leur autorité – voire leur intégrité physique.

La froide logique étatique

By: Mark RainCC BY 2.0

Les détenus ne sont pas les seuls à maltraiter les matons. Leurs anecdotes en disent long sur un État monstrueusement froid avec ses gardiens : en cas d’agression, leurs supérieurs se soucient davantage du respect des procédures que de leur santé.

Pour fouiller un détenu, il faut remplir un formulaire, et le faire signer par les parents responsables. Un détenu envoyé à l’isolement en est libéré par le médecin, exaspéré par les incessants appels dont les détenus se servent pour expédier leur peine. D’où le malaise des gardiens de prison, qui sont en première ligne mais passent à l’arrière-plan.

Pingre sur le régalien

Curieusement, l’État est plus connu pour sa générosité que pour sa froideur.
C’est peut-être parce que ce que l’État économise en étant pingre avec les services régaliens1, il le « re »distribue.Il verse des allocations, mais n’est pas capable d’assurer l’ordre. L’État édredon a étouffé l’État régalien.

Concrètement, les dépenses régaliennes de sécurité (armée, police, justice : les fondements de l’autorité étatique) sont passées de 6,5 % à 2,8 % du PIB en 60 ans – leur part dans la dépense publique a été divisée par quatre. Peut-être ont-elles besoin de moins qu’aujourd’hui – 2017 est différent de 1960. Toujours est-il que si les prisons, les commissariats et les tribunaux étouffent, ce n’est pas la faute de l’austérité, mais une affaire de priorités budgétaires.

Que la force soit juste, et que le budget soit juste et équilibré. Espérons que le gouvernement sera à la hauteur des enjeux que posent ces quelques gars avec leurs pneus.

  1. qui constituent sa seule légitimité selon les textes fondateurs, mais c’est un détail
Voir les commentaires (4)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (4)
  • durcir un peu les conditions de détention profiterait à tout le monde, aux gardiens comme aux récidivistes. …
    obligeons les détenus à se lever le matin de bonne heure comme tout salarié qui se respecte ou comme les bambins qui partent pour la maternelle.
    dans la prison que je connais ils peuvent se lever à 15h00 s ils en ont envie.
    et celui à qui ça ne plait pas fera en sorte de ne pas y aller…

  • Quelques pistes histoire de reprendre le problème par le bon bout :

    – Ce sont les gardiens qui font la loi en prison, pas les détenus.
    – Les détenus ont des droits mais sont avant tout soumis à l’obligation de se plier aux règles.
    – La prison est une punition, pas une torture : des conditions de vie strictes et spartiates mais dans un environnement sain. Ils n’est pas acceptable que des gens vivent dans la crasse et la vermine, particulièrement s’ils sont en bonne partie responsables de cette situation.
    – L’oisiveté et l’enfermement ne sont pas bons pour le moral. Les détenus devraient être obligés de travailler, quitte à leur faire faire de l’ordre serré ou casser des cailloux pour les plus réfractaires. Ainsi le corps se fatigue, le temps passe plus vite, et ça ne coûte pas cher.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le 2 novembre se célèbre la journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité.

En réalité la périphrase désigne l’euthanasie ou le suicide assisté. Le climat politique illibéral dans lequel baigne la France rend difficile l’affirmation de choisir sa mort. Pourtant, la philosophie classique proposait une herméneutique de l’existence articulée autour de la mort.

Pour Socrate, savoir vivre impliquait savoir mourir et la philosophie n’est autre chose qu’une « pratique de la mort » (mélétè thanathou) : mourir dans le corps pou... Poursuivre la lecture

Ce serait faire injure à la mémoire de la reine Elizabeth de vouloir donner une signification politique à l’adieu impressionnant de cette dernière semaine : la reine a magnifiquement fortifié son rôle apolitique durant 70 ans.

Le nouveau roi Charles III suivra l’exemple de sa mère, disant en novembre 2018 : « Me, meddle as a king ? I'm not that stupid. »

La presse généraliste fera bien de s’inspirer de ceci pour ne pas souhaiter que le roi prenne position politiquement pour ce qu’il aurait soutenu comme prince de Galles et duc d... Poursuivre la lecture

8
Sauvegarder cet article

Par Olivier Maurice.

Le terme démocratie libérale est devenu tellement usité, tellement galvaudé et mis à toutes les sauces qu’il est plus que facile de confondre les deux termes : démocratie et libéralisme. Comme si le libéralisme impliquait inévitablement un régime démocratique et vice-versa.

La confusion est suffisamment entretenue par les médias et la classe politique, au point qu’aux États-Unis, les deux mots sont devenus quasiment synonymes et que l’on nomme communément liberals les membres ou sympathisants du parti démocr... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles