4 idées reçues de Frédéric Lordon sur la bourse

Tokyo Stock Exchange by DocChewbacca (CC BY-SA 2.0)

Faut-il fermer la bourse, ainsi que le préconise Frédéric Lordon, économiste du mouvement Nuit Debout ?

Par Eddie Willers.

Faut-il fermer la bourse ? Frédéric Lordon, leader du mouvement « Nuit Debout » qui avait pris ses quartiers place de la République il y a bientôt deux ans s’est posé la question en 2010 dans un article du Monde Diplomatique.

Je n’ai pas pour habitude de lire régulièrement Le Monde Diplomatique mais il ne fait jamais de mal d’aller voir ce qui s’écrit ailleurs. Car derrière son statut d’économiste, Frédéric Lordon, semble déblatérer sur un concept qu’il maîtrise à l’évidence très peu. Reposons nous donc la question de Frédéric Lordon, « faut-il fermer la bourse ? », et tentons d’y répondre avec des arguments un peu plus étayés que les siens.

1. Les actionnaires s’enrichissent sans financer l’économie

Le principal reproche que Lordon fait à la Bourse est d’être une espèce de cirque où les actionnaires spéculent et s’enrichissent sans pour autant financer l’économie réelle. La Bourse ne permettrait pas de lever de nouveaux capitaux mais simplement de s’échanger des titres financiers.

Première remarque : souscrire à une augmentation de capital n’a absolument rien de plus vertueux que d’acheter un titre financier à une autre personne. Une personne peut avoir mille et une bonnes raisons de vouloir céder un titre financier : risque trop important par rapport à son niveau acceptable, besoin de liquidités pour un projet personnel, besoin de financer les études de ses enfants etc.

Il est donc normal qu’elle puisse vendre ce titre financier et trouve donc une liquidité. Si vous n’aviez que la possibilité de souscrire à des augmentations de capital sans avoir la possibilité de céder facilement votre participation ensuite, et bien … vous ne souscririez jamais à ces augmentations de capital. Car au moment où vous aurez besoin de monnaie fiduciaire et non d’un titre financier, vous seriez coincés.

Or la Bourse est l’endroit où il est le plus facile d’obtenir une liquidité sur un titre. J’investis pour ma part dans des sociétés non-cotées au quotidien et je peux vous assurer qu’acheter et vendre des titres de ces sociétés prend bien plus que 3 clics sur le site d’un courtier en ligne.

2. Il faut pratiquer le fixing sur toutes les valeurs

L’article du Monde Diplo dit qu’il serait dès lors intéressant de mettre en place une mesure intermédiaire : un fixing sur toutes les valeurs. En gros, vous placez tous vos ordres dans le carnet avant une certaine heure tous les jours et à une heure pile, le système apparie les ordres d’achats et de vente. Impossible de faire du trading intra-day et donc moins de spéculation.

Cependant, lorsque je vois déjà les manipulations à l’oeuvre sur les sociétés qui suivent le fixing (passage d’ordres au tout dernier moment, ordre validés et retirés …), je me dis que ce système ne se ferait certainement pas au bénéfice des épargnants.

3. Le marché secondaire nourrit l’inflation

Lordon continue également ses reproches au marché secondaire (celui où s’échangent des actions nouvellement émises) en disant qu’il nourrit l’inflation des prix des actifs.

Il oublie cependant que la principale source d’inflation du prix des actifs aujourd’hui provient des tombereaux de cash que les Banques Centrales déversent sur les marchés et qu’il faut investir au risque d’être taxé sur ses dépôts.

4. La distribution des dividendes doit s’arrêter

Enfin, Lordon semble faire une fixette sur la distribution de dividendes et le principe du rachat d’actions. Primo : distribuer des dividendes n’a rien d’incohérent, c’est la rétribution d’une personne qui a apporté des capitaux financiers à la société. On rémunère des banquiers avec des intérêts pour la somme qu’ils nous prêtent, les dividendes ne sont que le pendant pour un apport en capital.

Deuxio : que diriez-vous à votre banquier si au lieu de faire fructifier votre épargne comme vous lui avez demandé, il ne faisait que garder de l’argent sur votre compte ? Vous l’engueuleriez et lui retireriez la gestion de votre épargne. Une société qui garde des montants énormes de cash sur son compte fait rigoureusement la même chose.

Le rachat d’actions constitue dès lors un moyen de faire fructifier l’argent de la société au bénéfice de ses détenteurs, les actionnaires. En réduisant la quantité d’actions disponibles, elle en fait augmenter la valeur pour ceux qui en détiennent.

En conclusion

La Bourse est une institution profondément démocratique, elle permet aux épargnants de pouvoir investir dans un très grand nombre de sociétés à travers le monde, de choisir quand ils veulent le faire et de vendre lorsque les résultats n’atteignent pas leurs espérances. Il y a bien une raison pour laquelle seuls des acteurs spécialisés s’aventurent à investir dans des sociétés non-cotées : les enjeux financiers et juridiques sont bien plus difficiles à apprécier et les modalités d’investissements plus complexes.

Libre à chacun de décider s’il souhaite investir directement dans une société cotée ou s’il préfère mettre son épargne sur des comptes euros d’assurances-vie. Néanmoins, la Bourse leur donne a minima ce choix. Mais la liberté est une valeur que les marxistes exècrent plus que tout. Touchés par la grâce, ils savent ce qui est bon pour vous et le feront à votre place sans vous demander votre avis.

Le système français de retraite par répartition en est la preuve : vous êtes incapables de construire un capital pour votre retraite alors nous allons le faire à votre place en créant une pyramide de Ponzi qui explosera un jour.

Au final, répondons à l’interrogation du Monde Diplo : que se passerait-il si la Bourse fermait ? Seuls les plus fortunés qui peuvent se payer des conseils financiers et des avocats pourraient investir dans des sociétés et faire fructifier leur épargne. Ci-git la démocratie de l’épargne.

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