Desperado. La cendre des gestes, de Thierry Luterbacher

Le desperado est amnésique. Il ne sait plus son nom, ni son âge, ni où il habite. Il se réveille dans une chambre blanche et vide. Un roman à découvrir.

Par Francis Richard.

Une fois maman m’a dit que tu étais un desperado. J’ai pas bien compris et j’ai cherché dans le dictionnaire. Ça disait : « hors-la-loi prêt à se battre jusqu’à la mort. », lui dit un jour sa fille retrouvée, après quelque vingt ans d’absence.

Le desperado est amnésique. Il ne sait plus son nom, ni son âge, ni où il habite. Il se réveille dans une chambre blanche et vide : Quatre murs comme autant de pages vierges, deux fenêtres, et, sous mes pieds nus, un plancher.

Un endroit insolite

Il n’a pas que les pieds nus, il est tout nu. Il ne s’en rend pas compte tout de suite. Il cherche surtout à sortir de cet endroit insolite. Il avise une porte, mais elle ouvre sur une paroi. Dans la plinthe de cette paroi, il y a une languette.

Du pied il appuie sur la languette. La paroi coulisse. Il se retrouve dans un couloir. La paroi se referme derrière lui. Où est-il ? Chez lui. Il ne reconnaît rien, ou plutôt si, une odeur, la sienne, qui imprègne des vêtements, sur une chaise…

Quand il est face aux portes miroir qui surmontent les deux lavabos de la salle de bains, il ne se reconnaît pas. Il sait désormais à quoi il ressemble. Il a une blessure au-dessus de l’oeil gauche. Peut-être vient-elle de là son amnésie.

Une jeune femme

Dans l’appartement, il y a deux chambres, hormis la chambre blanche. La sienne et une chambre de femme, de jeune femme : sa compagne, sa fille ? Quel âge a-t-elle ? Comme ça, au premier coup d’oeil, un peu moins que la trentaine.

Lui se donne la cinquantaine. Il découvre un nom sur une enveloppe : Sol Djelem. Il déplie un journal et reconnaît le visage qui lui est apparu dans la salle de bains : c’est celui d’un certain Joseph Lair, qui serait la tête pensante d’un groupe terroriste…

Quand une jeune femme s’adresse à lui en le tutoyant, il suppute quelqu’un d’intime puisqu’elle est entrée dans l’appart. Elle l’appelle Sol : C’était un bonheur sans nom de m’entendre appeler par un nom, mon nom, du moins celui qu’elle me donnait.

La môme

Quand la police sonne à la porte, l’inconnue lui demande de se cacher. Il se réfugie dans la chambre blanche… Et, quand il en ressort, elle n’est plus là. Un homme tapote à la vitre d’une fenêtre. C’est un dénommé Cisco : la môme a été embarquée…

Il comprend que la môme, c’est sa fille, Nassima. Le fait est que lorsque celle-ci revient, c’est bien sa fille, puisqu’elle en porte le nom, sa fille qui lui apprend pourquoi on l’appelle Djelem, entre autres : En langage tzigane ça veut dire : « je suis parti »

Etre lui-même

Comme il est réellement traqué, il se dit alors : Il [faut] que je me tire de là, je finirais bien par me trouver, moi ou des bribes de moi, pour savoir si [j’ai] envie de redevenir ce que j’étais. En attendant, il a surtout une inexorable envie d’être lui-même.

Pendant sa cavale, cet ex-insaisissable en vient à se connaître lui-même et à s’interroger sur l’honnêteté des autres personnes qu’il côtoie. De la beauté des gestes de l’une d’elles, il ne lui restera bientôt plus que la cendre, après l’oubli…

Thierry Luterbacher, Desperado – La cendre des gestes, 200 pages Bernard Campiche Editeur

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