Comment les Soviétiques ont cherché à détruire Noël

La campagne soviétique pour remplacer les symboles de Noël est un chapitre culturel intéressant dans l’histoire de ce que Ronald Reagan nommait «l’empire du mal».

Par Michael de Sapio.

Article paru initialement en 2016

Lorsque les régimes totalitaires (en particulier ceux de gauche) arrivent au pouvoir, une des premières choses qu’ils font généralement est de détruire les symboles culturels sacrés, afin de mieux reconstruire la société depuis la base. La campagne soviétique pour remplacer les symboles de Noël est un chapitre culturel intéressant dans l’histoire de ce que Ronald Reagan nommait «l’empire du mal».

À la suite de la Révolution russe, le nouveau gouvernement athée commença une campagne antireligieuse. Tous les symboles jugés religieux ou « bourgeois» furent éradiqués et remplacés par de nouvelles versions laïques. Ainsi Noël (qui dans le calendrier orthodoxe russe est le 7 janvier) fût aboli en faveur du Nouvel An, et plusieurs coutumes et traditions de Noël reçurent de nouvelles identités.

Nouveau père Noël et nouvelle nativité

Saint-Nicolas et le Père Noël cédèrent leur place à Ded Moroz ou «Grand-père gel» (une figure populaire provenant des temps païens), et la nouvelle «nativité» le présentait avec sa petite-fille la Vierge des neiges au lieu de Joseph et Marie, parfois avec le «garçon du Nouvel An» à la place de Jésus. Les cartes de Noël représentaient souvent Ded Moroz chevauchant aux côtés d’un cosmonaute soviétique dans un vaisseau spatial blasonné avec un marteau et une faucille.

De telles images semblent ridicules de nos jours, mais la volonté de détruire les traditions fait partie intégrante des mouvements sociaux radicaux à travers l’histoire. Pensez aux révolutionnaires français qui ont remplacé le calendrier chrétien, allant jusqu’à renommer les mois et les jours de la semaine afin d’éviter toute référence possible au christianisme.

Et les Soviétiques n’étaient pas les seuls à avoir un problème avec Noël. Les puritains de Boston au 17ème siècle s’y opposèrent avec véhémence. Un « avis public » de l’époque proclamait :

« La célébration de Noël étant considérée comme un sacrilège, l’échange de cadeaux et de salutations, vêtir de beaux vêtements, l’organisation de festins et autres pratiques similaires sataniques sont par la présente interdits avec le délinquant, passible d’une amende de cinq shillings. »

Un groupe détestait Noël parce qu’il était religieux, et l’autre le détestait parce qu’il était irréligieux. L’histoire et la nature humaine sont pleines de paradoxes.

Quant aux Soviétiques, ils ont fini par adoucir leur position. En 1935, Pavel Postyshev, le dirigeant du Parti communiste, écrivit un éditorial dans la Pravda qui se moquait de la faction extrémiste anti-Noël. Il déclarait que les coutumes de Noël devraient être ramenées pour le plaisir et le bénéfice des enfants. (Il va sans dire que pour les enfants l’objectif était toujours de les rendre serviteurs obéissants de l’État.) Après la chute de l’Union soviétique en 1991, Noël devint populaire à nouveau.

Tout cela montre que si vous pouvez lutter contre les traditions, vous ne pouvez pas les détruire complètement. Elles peuvent être cachées, en sommeil, mais une fois les restrictions levées, elles jailliront de nouveau. Et tout régime qui tente de remplacer le monde familier par un monde synthétique est fondamentalement en guerre avec l’esprit humain.

  • Traduction Contrepoints

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