Renouvellement du glyphosate : Macron contre le reste de l’Europe ?

La France pourrait interdire le glyphosate malgré la prolongation de l’autorisation au niveau européen. Une décision lourde de conséquences.

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Glyphosate by campact(CC BY-NC 2.0)

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Renouvellement du glyphosate : Macron contre le reste de l’Europe ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 3 décembre 2017
- A +

Par Jérôme Lasalle.

Emmanuel Macron a annoncé vouloir arrêter la production de glyphosate, d’ici à trois ans. Populisme ou choix raisonné ? Pour les agriculteurs, il s’agit d’un nouveau tour de montagnes russes dont ils se seraient bien passés.

Le Commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis a déclaré, peu après l’annonce du président Macron :

Savez-vous combien de produits à base de glyphosate sont autorisés en France ? Environ 700.

Il a conclu, excédé :

Si les autorités françaises décident de retirer tous ces produits, qu’elles le fassent ! Cela ne relève pas de la Commission européenne.

Qu’il soit éxcédé, on le comprend. Si dans les médias français, on parle de « passage en force », de la puissance des lobbies ou encore de l’aveuglement supposé de l’Union Européenne, cette logique surprend, si ce n’est stupéfie, outre-Rhin, outre-Manche et même outre-Atlantique. Largement plébiscité comme une molécule non dangereuse, le glyphosate fait depuis deux ans l’objet de critiques récurrentes, toutes basées sur les seules études du Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) de l’OMS.

Seulement voilà. Les conclusions du CIRC ont été largement remises en cause. Ce dernier pourrait faire l’objet d’une enquête parlementaire américaine pour méthodes douteuses. Et une étude portant sur une cohorte de 57 000 agriculteurs américains, sur 20 ans, a définitivement écarté le risque de cancer du glyphosate sur l’homme.

Et, il faudrait asséner, à plusieurs reprises, que, la perception du danger est déformée par des marchands de peur qui confondent toxicités et risques, dans un maelström où le principe de précaution a depuis longtemps été remplacé par une psychose ochlocratique…

Interdire le glyphosate ? Économiquement c’est incompréhensible

La décision du président Macron intervient comme un coup de massue pour les milliers d’agriculteurs qui cherchent encore à retrouver un modèle économique pérenne. Le choix du président est à plusieurs titres, incompréhensible.

Sur le plan économique, d’abord. Si « des alternatives techniques existent », selon la Confédération paysanne, un syndicat agricole opposé aux pesticides chimiques, cette dernière admet bien volontiers que changer de modèle ne sera pas indolore. « Si [les alternatives] ne sont pas massivement utilisées par les paysans aujourd’hui, c’est en grande partie pour des raisons économiques » explique la Confédération.

Car, oui, la difficulté de concilier un idéal écologique et des réalités économiques est réelle. Il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit. Les agriculteurs français ne fantasment pas leur vie précaire, leurs horaires impossibles, les fins de mois difficiles, l’endettement sur deux, trois, quatre ans, juste pour pouvoir manger au quotidien.

Avec la décision du président Macron, le coût de l’interdiction du glyphosate (2 milliards par an, portés par les seuls agriculteurs) vient donc se coupler à une distorsion de concurrence au sein même de l’Union Européenne.

glyphosate

Comment peut-on valoriser la production française et lui mettre de tels boulets aux pieds ? Comment peut-on, en toute honnêteté, prétendre défendre le Made in France quand les légumes venus d’Espagne, autre pays ayant voté pour le renouvellement du glyphosate, seront trois ou quatre fois moins chers dans trois ans ? Quand on sait que l’Allemagne a dépassé, en 2016, la France dans la production de blés, il y a vraiment de quoi s’inquiéter de ce suicide agricole et économique…

Les arguments des « anti »

Mais le comble est atteint quand, soudainement, les militants de la fronde antiglyphosate s’improvisent agriculteurs. Alors certes, beaucoup de collègues, fervents défenseurs de l’agriculture biologique, prétendent qu’il est possible de se passer du glyphosate. La plupart avancent toujours les mêmes arguments.

Le plus récurrent est celui du désherbage mécanique, la solution la plus « simple » : cela signifie, purement et simplement, de disposer de main d’œuvre pas cher disponible pour faucher les mauvaises herbes. À l’heure où la France se prétend championne de la lutte contre les travailleurs détachés, cette posture ferait sourire, si la situation n’était pas à pleurer.

En outre, sans aller dans la confrontation des modèles, il faut rappeler que le bio est loin, très loin, de représenter une solution miracle. Si beaucoup d’agriculteurs prétendent pouvoir en vivre, force est de constater que c’est principalement parce que la filière est fortement subventionnée, et parce que les produits sont plus chers. Une règle basique de l’économie veut que plus les produits bio seront répandus, plus leur prix baissera. Comment les agriculteurs bio feront alors face à la chute des prix ? La dure loi de l’offre et de la demande…

Mais surtout, il est intéressant de se poser la question de l’objectif final. Selon une étude parue dans la revue Nature il y a quelques mois, passer à une agriculture 100% biologique n’est pas un gage de gain pour la planète ! L’étude, réalisée pourtant par des partisans du bio, a démontré que le modèle 100% bio n’était pas tenable avec les techniques actuelles, que ce dernier se traduirait par davantage de déforestations et d’érosion des sols, sauf à supprimer totalement la consommation de viande et supprimer également le gaspillage alimentaire.

Tout cela en moins de trois ans, excusez du peu…

La carte anti-Europe comme joker

Confrontés à un premier échec écologique, Emmanuel Macron et Nicolas Hulot n’avaient qu’une seule carte à jouer : la plus ancienne, la plus facile, celle que les États-membres utilisent le plus souvent pour occulter les réalités à leurs concitoyens. Ils ont abattu cette carte sans réfléchir une seconde aux conséquences. Ils ont tout simplement tout mis sur le dos de l’Europe, trop partisane, trop technocrate et forcément liée aux lobbies.

Non seulement il s’agit d’un camouflet terrible pour toutes les instances européennes, dont l’EFSA et l’ECHA, diminuant de facto la confiance des citoyens en ces institutions supranationales. Mais surtout, cette politique fait des premières victimes, à savoir les agriculteurs français, qui auront toutes les peines du monde pour se dépêtrer de la situation intenable dans laquelle le président jupitérien les a plongés.

Cette sortie du glyphosate ne se fera pas facilement, mais nous sommes d’ores et déjà mobilisés pour trouver des produits de substitution pour ne pas laisser les agriculteurs au bord de la route.

disait Brune Poirson, au micro de France Info le 27 novembre. Mais Madame Poirson, c’est pourtant ce que vous venez de faire…

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  • J’aimais bien Macron ! mais je trouve qu’il se comporte de plus en plus en démagogue autoritaire.
    C’est incroyable que l’étude du US National Cancer Institute, un peu notre centre re recherche contre le cancer conclue après 20 ans d’études sur 54 000 agriculteurs que le glyphosate utilisé normalement n’est pas dangereux, et Macron, pour plaire aux 0.2% d’écolos purs et durs, veut tout de même l’interdire !
    Il ferait bien de faire attention car il va vite faire émerger une vraie opposition ?

    • il s’écrasera devant l’Europe et l’Allemagne dirigeante

      • « on ne peut pas prouver que le glyphosate n’est pas dangereux »… Bien sûr, Jacques, puisqu’on ne peut pas prouver une négation ! Essayez donc de démontrer que le cassoulet ne provoque pas d’obstruction nasale…

        • oh mais je dis justement ça parce que ce genre de proposition est « antiscientifique »

        • Oh que si. Les personnes les plus exposées sont ceux qui s’en servent, les paysans. Si on ne constate pas davantage de cancer chez eux que dans la population, c’est la preuve que le CICR a céder à des pressions écologistes en prétendant qu’il pourrait être cancérigène.

      • Je ne crois pas. Si un de vos concurrents décidait de se saborder lui-même, vous l’en empêcheriez?
        La décision de Macron, si elle finissait par être appliquée, rendrait non concurrentielle la production agricole française. A la grande joie de ses concurrents européens immédiats (Allemagne, Hollande, Italie, Espagne…etc). Pourquoi voudriez-vous que ces pays fassent pression sur la France?

    • non, on ne peut pas dire ça, on ne peut pas prouver que le glyphosate n’est pas dangereux, mais ce qu’on peut faire est de regarder si les gens exposés « normalement » ( pas en buvant un litre) sont plus malades..et on ne voit pas grand chose.
      Selon tous les critères usuels d’valuation, qui n’ont si mal réussi l’humanité depuis un siècle ou deux, il n’y pas de quoi s’inquiéter, ça n’empêche pas de regarder.
      Les simples poussières naturelles produites par l’agriculture doivent être plus « néfastes »…
      On est dans le jeter le bébé avec la lingette.

      • et il faut bien comprendre que l’enjeu du débat sur le glyphosate n’est pas le glyphosate, c’est la modification de la méthodologie de la prise de décision reposant preuve vers le soupçon.

        • Exact. Il faudrait une bonne fois pour toute résoudre le problème de la traduction d’un résultat scientifique en termes médiatiques, revaloriser des expressions sans nuances comme « aucun effet mesurable », « aucune nocivité détectée à ce jour », les utiliser systématiquement comme conclusion des études scientifiques, et mettre les opposants au défi de les réfuter avant de lancer des soupçons alarmistes.

  • Normalement tout cela finira par se calmer ,l’Europe n’a plus besoin de faire une place aux produits américains sur le marché européen apres l’abandon du machin commercial avec les usa .je suppose que la France bien qu’elle veut interdire le produit n’envisage pas d’interdire les importations des productions agricoles utilisant le glyphosphate..

  • « Car, oui, la difficulté de concilier un idéal écologique et des réalités économiques est réelle. »

    L’erreur monumentale de l’ « idéal écologique » est qu’il exclut par axiome la chimie.

    • ou plutôt il exclut l’homme de la nature quand ça l’arrange, parce que exclure la chimie de la nature est assez ardu.. toute industrie chimique par destination est inacceptable pour les écolos.. mais par exemple la sidérurgie est acceptable… Arbitraire total..ça j’aime ça j’aime pas..

      • Là on constate l’ignorance et le crétinisme des écologistes. Ils sont contre la Chimie, oubliant que toute la vie sur Terre est CHIMIQUE. Notre corps n’est qu’une usine chimique, transformant des composées chimiques en d’autres dont notre organisme a besoin pour fonctionner !

  • Pourquoi interdire le glyphosate et pas les autres produits classés souvent encore plus dangereux par le CICR : tabac, alcool, goudron, saucisson, steack, eau très chaude. Au boulot Macron-Hulot, il y a des décrets à prendre en urgence.

    • Parce que vous avez le choix de ne pas fumer, de ne pas boire, de ne pas vous empiffrer de charcuteries et de régler votre robinet à la bonne température…

      • oui..mais tabagisme passif..

      • Vous avez aussi le droit de ne pas manger de légumes …

        • Ni de pâtes, ni de biscottes, ni de céréales au petit-déj…
          On pourra à la rigueur se rabattre sur l’eau du robinet, à condition de ne pas être trop regardant sur l’atrazine, un herbicide interdit depuis plus de 10 ans…

          • Ce n’est jamais qu’un régime cétogène. En tout, cas l’espérance de vie ne cesse d’augmenter, la mortalité infantile de diminuer …
            Heureusement qu’il nous reste les pesticides pour limiter cette progression.
            Je préfère mourir à 80 ans avec des pesticides dans le cigare plutôt qu’en bonne santé à 35 ans

  • J’aime bien les femmes écologistes
    elles ne veulent plus que l’on utilise des produits chimiques comme le glyphosate pour empêcher les plantes de naître
    Mais dans leur esprit éminemment contradictoire, elle prennent des produits chimiques pour empêcher un petit être humain de naître comme la pillule

  • Vous verrez dans quelques mois, le glyphosate aura empêché les ambitions européennes de Macron de pousser comme si c’étaient des mauvaises herbes. Un arriviste qui lâche ses agriculteurs et qui prétend tout mieux savoir que tout le monde, mais qui n’est pas capable de réduire son déficit ni de réformer son pays, personne ne l’écoutera.

    • Je crois que c’est déjà le cas depuis qq mois: les autres pays européens le reçoivent, l’écoutent parler mais auncun ne tient compte de ce qu’il dit.

      • Ils ont l’habitude depuis Mitterrand d’entendre les français leur raconter des conneries. Chirac et son principe de précaution, Hollande, et maintenant Macron qui répète ce que ce dernier a déjà sorti. Inutile de vous dire que tout le monde se gausse et prend les français pour des demeurés mentaux. Mais ça n’a pas l’air de gêner nos bobos d’être considérés comme des tarés!

  • En lisant l’article ce matin sur mon portable, il y avait une publicité pour Greenpeace…
    Il y a des jours comme ça qui commencent bien…

  • Logique macronienne : on interdit le glyphosate « et en même temps » on va aider les agriculteurs… en ne faisant rien !
    Il est sûr que dans très peu de temps « notre Jupiter se de service » sera la risée du monde… sauf chez quelques irréductibles LREM qui se laisseront endormir voire berner par ses incohérences !

  • Il faut que le monde agricole réagisse, durement.
    Mon député…Macronniste, (socialiste repeint), je vais lui pourrir la vie, tous ses gaspillages de député maire, ses combines au niveau communauté de commune, ses alliances foireuses vont étre mises sur la place publique, via internet et les réseaux sociaux.
    Mon préfet, préfet parce qu’écolo à caser subira le même pilonnage.
    Et puis, encore rien ne vous oblige à acheter français quand vous équipez votre ferme, votre maison ou que vous changez de voiture. Vous pouvez facilement faire la même chose pour votre banque.

  • il est pour L’EUROPE mais ne veux pas accepter le vote européen. ..
    bouffon…

  • Macron n’a absolument rien qui change par rapport à ses prédécesseurs. Aucun courage en tout cas, comme il vient de le démontrer en interdisant sans aucune raison, et en cédant aux pressions du lobby écolo!

  • Les agriculteurs seront encore plus enchaînés aux subventions qu’auparavant, pour des rendements à la baisse et des prix de vente à la hausse, incapables de s’aligner sur les prix mondiaux (et donc extrêmement limités pour l’export).

    Loi de l’offre et de la demande: les paysans vont se réveiller brutalement quand leurs récoltes ne pourront plus s’exporter.

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bio
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Le choix du mot biologique n’est pas anodin.

Ses adeptes français n’ont pas choisi de traduire simplement le mot anglais organic par organique, ce qui aurait été le choix de la logique. En choisissant le mot biologique, ils ont probablement voulu insister davantage sur la notion de vivant qui existe cependant dans le mot organique, mais parmi d’autres significations.

 

Bio : le choix des mots

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