Renouvellement du glyphosate : Macron contre le reste de l’Europe ?

Glyphosate by campact(CC BY-NC 2.0)

La France pourrait interdire le glyphosate malgré la prolongation de l’autorisation au niveau européen. Une décision lourde de conséquences.

Par Jérôme Lasalle.

Emmanuel Macron a annoncé vouloir arrêter la production de glyphosate, d’ici à trois ans. Populisme ou choix raisonné ? Pour les agriculteurs, il s’agit d’un nouveau tour de montagnes russes dont ils se seraient bien passés.

Le Commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis a déclaré, peu après l’annonce du président Macron :

Savez-vous combien de produits à base de glyphosate sont autorisés en France ? Environ 700.

Il a conclu, excédé :

Si les autorités françaises décident de retirer tous ces produits, qu’elles le fassent ! Cela ne relève pas de la Commission européenne.

Qu’il soit éxcédé, on le comprend. Si dans les médias français, on parle de « passage en force », de la puissance des lobbies ou encore de l’aveuglement supposé de l’Union Européenne, cette logique surprend, si ce n’est stupéfie, outre-Rhin, outre-Manche et même outre-Atlantique. Largement plébiscité comme une molécule non dangereuse, le glyphosate fait depuis deux ans l’objet de critiques récurrentes, toutes basées sur les seules études du Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) de l’OMS.

Seulement voilà. Les conclusions du CIRC ont été largement remises en cause. Ce dernier pourrait faire l’objet d’une enquête parlementaire américaine pour méthodes douteuses. Et une étude portant sur une cohorte de 57 000 agriculteurs américains, sur 20 ans, a définitivement écarté le risque de cancer du glyphosate sur l’homme.

Et, il faudrait asséner, à plusieurs reprises, que, la perception du danger est déformée par des marchands de peur qui confondent toxicités et risques, dans un maelström où le principe de précaution a depuis longtemps été remplacé par une psychose ochlocratique…

Interdire le glyphosate ? Économiquement c’est incompréhensible

La décision du président Macron intervient comme un coup de massue pour les milliers d’agriculteurs qui cherchent encore à retrouver un modèle économique pérenne. Le choix du président est à plusieurs titres, incompréhensible.

Sur le plan économique, d’abord. Si « des alternatives techniques existent », selon la Confédération paysanne, un syndicat agricole opposé aux pesticides chimiques, cette dernière admet bien volontiers que changer de modèle ne sera pas indolore. « Si [les alternatives] ne sont pas massivement utilisées par les paysans aujourd’hui, c’est en grande partie pour des raisons économiques » explique la Confédération.

Car, oui, la difficulté de concilier un idéal écologique et des réalités économiques est réelle. Il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit. Les agriculteurs français ne fantasment pas leur vie précaire, leurs horaires impossibles, les fins de mois difficiles, l’endettement sur deux, trois, quatre ans, juste pour pouvoir manger au quotidien.

Avec la décision du président Macron, le coût de l’interdiction du glyphosate (2 milliards par an, portés par les seuls agriculteurs) vient donc se coupler à une distorsion de concurrence au sein même de l’Union Européenne.

glyphosate

Comment peut-on valoriser la production française et lui mettre de tels boulets aux pieds ? Comment peut-on, en toute honnêteté, prétendre défendre le Made in France quand les légumes venus d’Espagne, autre pays ayant voté pour le renouvellement du glyphosate, seront trois ou quatre fois moins chers dans trois ans ? Quand on sait que l’Allemagne a dépassé, en 2016, la France dans la production de blés, il y a vraiment de quoi s’inquiéter de ce suicide agricole et économique…

Les arguments des « anti »

Mais le comble est atteint quand, soudainement, les militants de la fronde antiglyphosate s’improvisent agriculteurs. Alors certes, beaucoup de collègues, fervents défenseurs de l’agriculture biologique, prétendent qu’il est possible de se passer du glyphosate. La plupart avancent toujours les mêmes arguments.

Le plus récurrent est celui du désherbage mécanique, la solution la plus « simple » : cela signifie, purement et simplement, de disposer de main d’œuvre pas cher disponible pour faucher les mauvaises herbes. À l’heure où la France se prétend championne de la lutte contre les travailleurs détachés, cette posture ferait sourire, si la situation n’était pas à pleurer.

En outre, sans aller dans la confrontation des modèles, il faut rappeler que le bio est loin, très loin, de représenter une solution miracle. Si beaucoup d’agriculteurs prétendent pouvoir en vivre, force est de constater que c’est principalement parce que la filière est fortement subventionnée, et parce que les produits sont plus chers. Une règle basique de l’économie veut que plus les produits bio seront répandus, plus leur prix baissera. Comment les agriculteurs bio feront alors face à la chute des prix ? La dure loi de l’offre et de la demande…

Mais surtout, il est intéressant de se poser la question de l’objectif final. Selon une étude parue dans la revue Nature il y a quelques mois, passer à une agriculture 100% biologique n’est pas un gage de gain pour la planète ! L’étude, réalisée pourtant par des partisans du bio, a démontré que le modèle 100% bio n’était pas tenable avec les techniques actuelles, que ce dernier se traduirait par davantage de déforestations et d’érosion des sols, sauf à supprimer totalement la consommation de viande et supprimer également le gaspillage alimentaire.

Tout cela en moins de trois ans, excusez du peu…

La carte anti-Europe comme joker

Confrontés à un premier échec écologique, Emmanuel Macron et Nicolas Hulot n’avaient qu’une seule carte à jouer : la plus ancienne, la plus facile, celle que les États-membres utilisent le plus souvent pour occulter les réalités à leurs concitoyens. Ils ont abattu cette carte sans réfléchir une seconde aux conséquences. Ils ont tout simplement tout mis sur le dos de l’Europe, trop partisane, trop technocrate et forcément liée aux lobbies.

Non seulement il s’agit d’un camouflet terrible pour toutes les instances européennes, dont l’EFSA et l’ECHA, diminuant de facto la confiance des citoyens en ces institutions supranationales. Mais surtout, cette politique fait des premières victimes, à savoir les agriculteurs français, qui auront toutes les peines du monde pour se dépêtrer de la situation intenable dans laquelle le président jupitérien les a plongés.

Cette sortie du glyphosate ne se fera pas facilement, mais nous sommes d’ores et déjà mobilisés pour trouver des produits de substitution pour ne pas laisser les agriculteurs au bord de la route.

disait Brune Poirson, au micro de France Info le 27 novembre. Mais Madame Poirson, c’est pourtant ce que vous venez de faire…