La peur de la mobilité, particularité bien française

Les Français ont un problème avec la mobilité. Comment faire pour changer les mentalités ?

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La peur de la mobilité, particularité bien française

Publié le 17 novembre 2017
- A +

Par Gérard Dosogne.
Un article d’Emploi2017

C’est une évidence ! Si l’on vous offre un emploi à 130 km de chez vous (La Souterraine), 230 km (Alstom) ou, 900 km (un grand groupe m’a proposé de quitter Paris pour Cannes), tout le monde trouve cela inadmissible.

Vous comprenez, il faudra déménager et mon époux (se), comment va-t-il faire, et les enfants, la crèche, l’école, les copains, et ma grand-mère qu’il faut soigner, et mon club de foot, etc., etc.

Enfin est-il humain en France, et même compatible avec les droits de l’homme, de proposer à un chômeur un travail à plus de 100 km de son domicile ? Il s’agit d’ailleurs d’une cause valable pour refuser un travail proposé par Pôle emploi.

Une question culturelle ?

Pourquoi ? Et surtout pourquoi cette attitude est-elle comprise en France… une question culturelle ? La peur de l’éloignement ? Une particularité « bien française » que le monde ne nous envie pas ?

Oui, un peu de tout cela sans doute, mais tout le monde préfère la stabilité et doit faire un véritable effort quand il doit déménager pour son travail. Partout, aux États-Unis comme en Chine, en Belgique comme en Allemagne.

Alors, connaissant cette difficulté à accepter cette mobilité, il est indispensable de faciliter au maximum la démarche.

En France on fait le contraire : on a multiplié les obstacles et les freins à la mobilité, donnant raison à ceux qui ne veulent pas bouger. Bouger, c’est à la limite de la morale pour l’État (au niveau inconscient), puisque cela signifie obliger l’époux (se) à quitter son emploi, l’enfant à changer d’école, la famille à vendre la maison : donc au lieu d’encourager la mobilité, il faut en dissuader tout le monde.

Et pour ce faire, tous les moyens sont bons

• Rigidité du marché de l’emploi : il est vrai que si votre époux (se) doit démissionner, il perd beaucoup (ancienneté, avantages divers, conventions collectives…) et aura des difficultés à retrouver un emploi. L’État montre l’exemple : un fonctionnaire est difficilement muté. En plus, pendant la période de recherche, il n’aura pas droit au chômage, et sera livré à lui-même ;

• Rigidité du marché immobilier : si vous êtes locataire d’un appartement social, et que vous le quittez, alors bonjour la galère pour en retrouver un dans votre nouvelle ville. Et si vous êtes propriétaire ? Eh bien l’État vous attend au tournant : si vous vendez et rachetez ailleurs… Les frais de notaire et les taxes vont atteindre environ 12 % de la valeur, sans compter les coûts d’agence… Allons, arrondissons à 20 % en tout, une paille.

Quand on m’a proposé de partir pour Cannes, le coût, pour avoir un logement identique à celui que j’avais à Paris (70 m2) s’élevait à plus de 100 000 euros – pas très incitatif… Et si vous vous dites : je garde mon logement que je donnerai en location et je loue un logement dans ma nouvelle ville, aie, le fisc vous attend avec un marteau : le loyer que vous allez recevoir sera fiscalisé au maximum, et vous avez de la chance si vous conservez 50 % du montant de la location après impôt. En outre, bien sûr, le loyer que vous allez payer ne sera pas déductible ;

• Et les banques ? Elles se feront tirer l’oreille pour vous redonner un prêt hypothécaire si vous êtes encore en période d’essai…

• Le système de crèche, école, etc., est quant à lui complètement sclérosé : les nouveaux arrivants sont bien entendu pénalisés : vous n’espérez quand même pas passer devant quelqu’un qui attend une place depuis plusieurs mois ! Manque de place, mauvaises priorités : le chômeur passera avant celui qui vient de retrouver un travail.

J’oublie sans doute toute une série de freins, comme les aides de certaines mairies qui ne seront pas transmissibles, l’abonnement au club de sport non remboursable, et d’autres broutilles faites pour vous rendre désagréable le changement. Une autre particularité amusante (?).

Accompagner la mobilité

Beaucoup de personnes sont prêtes à un certain « sacrifice » pour aller « au soleil » dans le sud de la France… mais refusent de partir vers le Nord : ne serait-il pas du devoir de l’État, dans le cadre de l’aménagement du territoire, d’offrir à ses fonctionnaires, enseignants… des salaires plus élevés pour les candidats prêts à s’installer dans le nord du pays ? On le fait bien pour les courageux qui partent au soleil de la Martinique ou de Tahiti.

Il faut accompagner la mobilité. Et la solution est simplement que l’État, les banques, l’Éducation nationale, les offices HLM, les syndicats « déroulent le tapis rouge » à ceux qui sont mobiles en suppriment les freins. C’est uniquement politique. Bien sûr, il sera toujours difficile de quitter ses copains, son environnement douillet, mais au moins, il faut que la perspective d’un bon emploi contrebalance ces freins « psychologiques » sur lesquels l’État n’a que peu de prise.

Et le Français est rationnel, comme les citoyens des autres pays.

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  • Personnellement, j’ai été surpris de voir combien, d’anciens amis d’école qui ont aujourd’hui la trentaine, continuent à vivre dans un rayon de 10 km autours de l’endroit où nous avions grandi.
    Pourtant, ce n’était pas un endroit à fort particularisme régional, c’était juste à la limite de l’île de France et de l’Oise. Bref, un endroit que j’aime bien et auquel je suis attaché mais ça n’est pas un endroit touristique ou réputé pour sa qualité de vie.
    Quant aux amis d’enfance que j’avais connu par ailleurs, et qui ont bougé, ils ont choisi un endroit pour lequel ils avaient un attachement fort : l’endroit où ils avaient passé toutes leurs vacances depuis leur plus jeune âge.
    Ceci veut dire que pour des gens ne venant pas des milieux urbains CSP+, y compris dans les jeunes générations, la notion d’enracinement demeure très forte et que cet attachement à un endroit, fut il des champs de betteraves, n’est pas un vain mot.
    par ailleurs, j’ai l’occasion, par mon travail, de fréquenter ces fameux jeunes urbains trentenaires, ^pour qui un travail à Londres, Bruxelles, New York ou Singapour revient à peu près au même, et qui ont moins cette notion d’enracinement. De leur point de vue, cet article peut paraître parfaitement censé et logique. Sauf qu’ils ne constituent pas une majorité de la population, et ils feraient bien de s’ouvrir à la réalité que vivent la majorité de la génération (réalité qui est, je le sais, quasi absente de leurs relations, car en bon cadre urbain, il est très facile de se couper de cette réalité)

    • @ Orior

      Jolie intervention! Félicitations!

      Il n’y a pas incompatibilité entre mobilité et enracinement, et racines: 30 ans de racines + 37 ans d’enracinement, avec vie et travail dans 3 pays (dont 7 départements en France) : bouger, ça ouvre l’esprit et non, ça ne coupe pas forcément de la réalité ou des relations (vraies).

  • Bonjour Gérard ,Orior et Mikylux,
    Difficile de ne pas être en accord avec vous sur le diagnostic.
    Il m’arrive sur certains blogs d’évoquer , pour cette  » France d’en bas  » les Oubliés de la Nation , ce que j’appelle de mes vœux, un Contrat social , un New deal , un plan Marshall , que sais-je encore.
    Bref, comment faire remonter cette France d’en bas dans le giron de la Nation.
    Exemple : A quoi bon apporter de la formation professionnelle si la mobilité n’est pas prise en charge financièrement.

  • Les taxes sur l’immobilier sont particulièrement dissuasives.

  • Hein!!? Le « devoir de l’état » ? Le « français est rationnel » ?
    L’article était intéressant mais la conclusion se vautre dans le socialisme…

  • quand vous êtes dans une région où ville ..ou le travail à disparu ..pour sudvenir à vos besoins ..vous êtes mobilisable..quand vous êtes célibataire cela n’est pas un problème. .
    marié +enfants +maison à crédit c’est un peu plus compliqué. ….Mais le problème le plus important c’est que l’on a concentré les entreprises dans les grandes villes…
    ils y a des villes ,villages qui sont à l’agonie plus de travail…donc les gens vont sur Paris ..Bordeaux ..etc ..ect….

  • Les fonctionnaires, toujours plus nombreux en France, sont loin d’être les plus mobiles. Comment un couple de fonctionnaires peut-il obtenir une mutation attrayante simultanée ?

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