Quand l’intelligence artificielle nous parle

L’IA, aujourd’hui, nous parle : en moins d’un an, elle a pénétré le grand public et laissé une relation presque intime se créer entre elle et les humains par son expression vocale.

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Quand l’intelligence artificielle nous parle

Publié le 27 octobre 2017
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Par Matthieu Deboeuf-Rouchon.
Un article de The Conversation

L’intelligence artificielle suscite des émotions ambivalentes. Des théories folles et anxiogènes de la dite singularité, jusqu’aux fantasmes de la création d’un Nouveau Monde, l’IA alimente de nombreux débats à la fois éthiques, humains et sociétaux.

Terme, souvent galvaudé et « vendu » pour ce qu’il n’est pas, il est environné d’un verbiage « technico-intello » qui laisse perplexe le profane. Machine learning, deep learning, réseaux de neurones, synapses, apprentissage supervisé, algorithmes prédictifs, transhumanisme, bio et nanotechnologies, apprentissage par renforcement…

La confusion des genres et les amalgames sont devenus si fréquents que la définition du Larousse, résumant l’intelligence artificielle par l’ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence, paraît obsolète.

L’IA, dénominateur commun de la transformation et du développement des GAFA(M), s’est mise à nous parler depuis quelques années, sans que nous y prêtions réellement attention.

Société de l’IA

Simuler l’intelligence… l’expression semble bien faible au regard de ce que l’IA peut aujourd’hui nous offrir, et ce pour un coût marginal souvent nul au regard du coût de création de valeur dans d’autres industries.

L’amalgame des nouveaux usages issus de la transformation digitale avec celles des capacités de calcul et des développeurs à concevoir des programmes toujours plus poussés, laisse entrevoir une nouvelle forme de société ou l’IA serait « diffuse » dans notre environnement quotidien, invisible, et pourtant palpable.

L’IA, aujourd’hui, nous parle : en moins d’un an, elle a pénétré le grand public et laissé une relation presque intime se créer entre elle et les humains par son expression vocale. Siri, Alexa, Cortana ou encore Google Assistant (l’IA de Google ne possède pas de prénom) sont les voix de nos ordinateurs et/ou de nos mobiles. Elles interviennent désormais dans notre habitat.

Grâce au Google Home, Amazon Echo, ces boîtiers pas plus grands qu’un disque dur, permettent d’interagir avec son environnement pour le contrôle de ses volets, de son panier de courses, de l’éclairage, de la réservation d’un VTC, etc.

Réseau domestique – U.S. Government Accountability Office

 
Des initiatives plus globales orientées démotique, comme le projet SARAH ont vu le jour ces dernières années, mais l’adage « the winner takes all », qui résume parfaitement l’esprit des GAFA, démontre que sans puissance capitalistique et force commerciale exceptionnelle, coexister à côté des géants est aujourd’hui un vœu pieux.

Entre Google et Amazon la guerre est lancée depuis longtemps, mais la bataille pour pénétrer l’habitat des populations des pays industrialisés est sans merci. Amazon, leader du développement d’offres de services mais uniquement en anglais, perd un avantage considérable face à Google dont l’IA parle déjà plusieurs langues.

Intégrées dans un boîtier, ces intelligences artificielles sont aujourd’hui au cœur de notre quotidien via un micro passif et une enceinte. Même si l’utilisation de la voix est aujourd’hui assez répandue pour les requêtes courtes, récurrentes et simples, le recours à un assistant personnel est en croissance constante.

Aux USA, fin 2016, 20 % des requêtes étaient vocales, d’ici à quatre ans ce sera 30 % en Europe et il n’est pas rare d’entendre certains spécialistes avancer le fait que nous parlerons bientôt plus à une intelligence artificielle qu’à notre propre conjoint !

D’ici à 2020, aucune décision personnelle ou professionnelle ne sera prise sans l’aide d’une intelligence artificielle comme aime le rappeler la patronne d’IBM en parlant d’IBM Watson. Et tout cela avec la voix ! Vous avez peur ? Pensez que nous allons être dominés par des machines ? 2045 est une date qui vous fait penser à quelque chose ? Ne paniquez pas, tout du moins pas tout de suite !

Deux visions

En France, l’utilisation des IA conversationnelles est un phénomène nouveau porté par l’arrivée sur le marché de Google Home (bien avant Alexa d’Amazon qui n’est pour le moment disponible qu’en version anglaise).

De nouveaux usages auxquels le mobile ne pouvait initialement répondre en termes d’expériences sont aujourd’hui accessibles. La réalité rejoint la science-fiction et nous sommes presque projetés dans le film Her de Spike Jonze ! La célèbre série Black Mirror) s’en trouvera très certainement démodée rapidement !

Malgré cette percée, réservée pour le moment à un petit groupe de précurseurs, nous sommes encore très loin de la singularité et des visions avant-gardistes exprimées par Elon Musk ou encore Reed Hasting, pour ne citer qu’eux.

Deux tendances se dessinent et sont le reflet de visions différentes de l’intelligence artificielle. D’un côté celle d’Amazon qui nomme son IA Alexa, de même que Apple (Siri), ou encore Microsoft (Cortana).

En offrant une identité à leurs intelligences artificielles, ces sociétés promeuvent une vision collaborative avec l’humain : l’IA nous, assiste, elle intervient en complément des actes de la vie.

Google a choisi une autre forme d’interaction et, sans offrir de nom à son IA, souhaite en faire l’extension même du cerveau de l’humain qui se verrait ainsi pourvu de pouvoirs puissants pour interagir avec son environnement. Deux visions différentes, et même opposées, de la relation entre un individu humain et une intelligence artificielle.

Une IA « sous-humaine »

Apprendre à être complémentaire, à terme, avec l’IA, c’est ce que défend le Dr Laurent Alexandre dans la plupart de ses conférences. Aujourd’hui, malgré une intelligence artificielle d’un niveau maximum de deux sur les six que propose le Professeur Jean‑Claude Heudin, dans son intervention au Sénat début 2017, l’IA reste encore « sous humaine ».

Les capacités de calcul, le développement de nouveaux algorithmes, les progrès des recherches sur le domaine laissent entrevoir un champ des possibles exceptionnels, mais loin, très loin encore, d’une pseudo singularité.

Même « sous-humaine », Alexa ou Home Assistant de Google, sont tout simplement « bluffantes » et laissent apparaître de nouvelles formes de consommation dont les impacts sur les organisations économiques et le travail, seront majeures.

Danger ou opportunité, fantasme ou réalité

Selon un sondage réalisé par Odoxa pour le magazine Stratégies en mai 2017, les 15-25 ans développent un sentiment anxiogène envers l’IA, principalement dans le monde du travail quand les cadres et seniors y voient majoritairement une opportunité.

L’intelligence artificielle n’en demeure pas moins une réalité quotidienne où les interactions Hommes/Machines se feront à la voix. Tentons donc d’accueillir, comprendre ce nouvel outil avant qu’il ne devienne un support, puisque l’innovation sauvera le monde comme le précise Nicolas Bouzou dans son dernier ouvrage.

Les chantiers sont nombreux, mais l’accélération du développement et des capacités de l’intelligence ne nous laissent d’autres choix que de faire de ces voix nos meilleures ennemies.

Matthieu Deboeuf-Rouchon, Directeur du Département Web & Ebusiness – Institut de l’Internet et du Multimédia IIM – Groupe Léonard de Vinci Paris, Pôle Léonard de Vinci – UGEI

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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  • L’intelligence reste un concept encore mal défini sur le plan scientifique.

    Les algorithmes n’ont-ils pas avant tout une signification mécanique?

    Comment les considérer « intelligents »dans l’état actuel des connaissances?
    Le super ordinateur HALL pensant et agissant avec sa propre personnalité (C.F. le film « 2001 l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick n’est toujours pas d’actualité).

    • Vous avez raison, on ne peut parler d’intelligence. D’ailleurs peu d’humains le sont, vu ce qui se passe sur la planète. Pour élire Macron il faut être con!

    • L’intelligence artificielle est surtout à prendre dans le sens de collecte automatique d’information. Un algorithme peut ensuite faire des choix, automatiques ou automatiques et aléatoires sur la base des informations collectées, mais il ne sait pas concevoir une abstraction à partir de ces informations, il ne sait que répéter les actions qu’on lui a apprises. En ce sens, il ne s’agit pas d’intelligence au sens francophone, ça se compare plutôt à une réaction réflexe à une combinaison de stimuli.

      • @MichelO

        Merci pour vos précisions qui illustrent parfaitement que le terme « intelligence »au sens francophone, (c’est bien ce qui nous intéresse),ne doit en aucun cas être galvaudé.

        Pour créer un ordinateur pouvant concevoir une abstraction, il faudrait d’abord comprendre le fonctionnement de notre cerveau qui est à priori le siège de la conscience.
        Les recherches en la matière ont permis des progrès considérables.
        Le concept même de « conscience » reste cependant une énigme et un formidable défi pour la science du 21éme siècle.

  • Pour comprendre ce qu’est le deep learning, pour tout non informaticien :
    https://youtu.be/trWrEWfhTVg

    • @Koriaendre
      Une video intéressante qui montre les formidables progrès en matière de recherche sur les neurones artificiels et les réseaux profonds.
      les extraordinaires applications en reconnaissance et « apprentissage « d’images sont déjà une réalité et tendent à se banaliser.
      il est cependant toujours impossible de comprendre les phénomènes à l’origine de la pensée humaine abstraite,et nos neurones biologiques bien différents des neurones artificiels sont loin d’avoir livré tous leurs secrets!

  • Les commentaires sont fermés.

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