Tchad–USA : les dessous du « Travel ban »

Pourquoi Donald Trump a-t-il placé le Tchad sur la liste des États dont les ressortissants sont interdits d’entrée sur le sol américain ?

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Tchad–USA : les dessous du « Travel ban »

Publié le 13 octobre 2017
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Par Oredje Narcisse.
Un article de Libre Afrique

Par un décret migratoire qui vient démontrer sa détermination dans la lutte contre le terrorisme, Donald Trump place le Tchad parmi les pays dont les ressortissants sont interdits d’accès au territoire américain.

Personne, mêmes les Tchadiens ne s’attendaient à cette décision, puisque le pays est considéré comme étant le principal allié de la communauté internationale dans ce combat contre les forces du mal. Au-delà des raisons invoquées officiellement, la décision de Trump ne cache-t-elle pas d’autres motivations ?

Ce que Trump reproche au Tchad

Le Tchad regorge de terroristes sur son sol et ne partage pas de manière efficace des informations avec les agences américaines de renseignements. Ce sont en résumé les reproches faits au Tchad par l’Administration Trump. Plusieurs éléments concourent à corroborer ces reproches.

Le Nord du Tchad regorge de trafiquants de drogues et d’armes susceptibles d’être qualifiés de terroristes selon la nature des activités qu’ils mènent. Boko Haram, l’EI et les milices djihadistes du Sud libyen utilisent ce couloir pour se ravitailler en armes et en hommes. Le recrutement de nouveaux candidats terroristes se fait jusqu’en profondeur dans la région du Lac aussi bien du côté tchadien, nigérien que nigérian.

De même, le système d’état civil tchadien est défaillant du fait de la corruption et du manque de sérieux des autorités en charge de ses services. Tout le monde peut se procurer une pièce d’identité puisqu’il n’y a pas vraiment de moyens pour filtrer les demandeurs d’identité.

Terreur au sein de la population

D’autres malfaiteurs venant d’autres pays peuvent donc se faire délivrer ces documents précieux. C’est le cas en 2015 de Mahamat Moustapha, alias Bana fanaye, le Nigérian qui coordonnait les activités de Boko Haram depuis le Tchad.

Quant aux services de renseignements tchadiens ils ne sont pas formés pour partager des informations avec d’autres agences. Moins professionnels et non informatisés, leur travail au quotidien consiste à collecter des informations politiques afin de réprimer les voix discordantes et consolider ainsi le régime du président Deby. Une technique que le régime utilise depuis 27 ans pour semer la terreur au sein de la population.

Mais s’il faut s’arrêter à ces raisons officielles, pourquoi fallait-il punir seulement le Tchad ? Les incohérences de cette décision avec les réalités sur le terrain sont notoires.

Le pays partage ses frontières avec d’autres pays en crise et en proie au terrorisme. Le Nigeria, pays d’origine même de la secte Boko haram, le Cameroun et le Niger sont les théâtres récurrents d’actes terroristes depuis quelques années. Ces pays présentent presque les mêmes défaillances sécuritaires. Pourtant, ils n’étaient pas inquiétés !

Par ailleurs, si Trump voulait réussir dans son combat contre le terrorisme, il aurait plutôt intérêt à soutenir Deby, même si celui-ci n’est pas un ange, et non le sanctionner. Car une telle décision pourrait pousser Deby à lever le pied dans ce combat et à partir de là, il y a le risque que cela empire.

Pour rappel, l’armée américaine est toujours en place et c’est d’ailleurs elle qui encadre le Groupement anti-terroriste de l’armée tchadienne dans ce domaine. Il s’ensuit que la responsabilité est aussi partagée.

Au regard du caractère non convaincant de la version officielle, on est en droit de chercher d’autres motifs qui auraient pu motiver la décision de l’Administration Trump.

Ce que cacherait le décret de Trump

Le Président Deby se considère comme le seul allié capable de stopper la progression des sectes terroristes dans le Sahel. Fort de cette posture, il reproche aux dirigeants de grandes puissances, notamment les USA, de ne pas mettre assez de moyens à sa disposition.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il aurait boycotté la dernière rencontre du G5 Sahel et en même temps l’Assemblée Générale de l’ONU. Ce qui aurait été perçu comme un chantage par le Président Trump qui, en signant ce décret, voudrait rappeler à Deby que c’était lui le maître du jeu.

L’autre raison possible et non des moindres, c’est l’attitude du Président Deby envers Exxon Mobil ; la multinationale américaine qui, depuis plusieurs années déjà, exploite le pétrole tchadien et en association avec les sociétés Petronas et Chevron. Depuis 2009, l’État tchadien accuse Exxon Mobil de ne verser que 0,2% de la redevance qu’elle doit au Tchad, alors que le taux fixé par la loi était de 2%. Dans ce litige, la justice tchadienne a condamné en 2016 le pétrolier à verser 44 700 milliards de FCFA au Tchad.

Revanche d’Exxon Mobil

Le règlement à l’amiable de cette affaire a permis de prolonger le contrat de Exxon Mobil jusqu’en 2050, mais la firme a perdu sa notoriété, de l’argent et sa position privilégiée auprès des autorités tchadiennes. Par suite, les Américains en ont voulu au régime de Deby pour cette affaire.

Dès lors, il est plausible de penser à un désir de revanche de la part d’Exxon Mobil via son ex-PDG Rex Tillerson, qui n’est autre que le Secrétaire d’État aux affaires étrangères dans l’Administration Trump. De même, le nouveau feuilleton de l’Airbus A340 de la compagnie Air Inter serait l’autre raison de la colère de Trump.

Cet avion immatriculé au Tchad dans des circonstances inconnues jusqu’à ce jour serait impliqué dans le trafic d’armes et des produits prohibés au Kazakhstan, l’Iran et l’Iraq.

Certes, les défaillances sécuritaires au Tchad existent mais les présenter de cette manière s’apparente à de l’instrumentalisation politique de la part de Trump plutôt qu’une véritable invitation à pallier ces lacunes. De même, Déby est en train d’instrumentaliser ce décret afin de se refaire une popularité en fédérant le peuple tchadien contre l’ennemi américain.

Les Tchadiens ne devraient pas tomber dans ce double piège. S’ils voulaient retrouver de la souveraineté, il faudrait faire pression sur Déby pour que les griefs cessent d’être instrumentalisés par les leaders occidentaux afin d’avancer leurs pions sur l’échiquier géostratégique mondial.

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