Cette folie gauchiste qui emporte l’Amérique

Le milieu du football américain semble s’être transformé en plateforme politique anti-Trump ces derniers temps : cela n’est que le signe visible de tensions raciales plus profondes alimentées par une extrême-gauche particulièrement agressive.

Par Roger Kaplan, depuis les États-Unis1.

Il semblerait que même le football soit devenu une affaire de politique, le football de chez nous, s’entend, ce sport simultanément brutal et élégant, mélange de ténacité et d’audace, obstination et souplesse.

Tout cela, et beaucoup plus encore, car dans certaines régions ce sport est un élément important de rapports humains, sociaux, communautaires. Le rite du match hebdomadaire est une forme d’apaisement entre voisins.

Vous trouvez ce dernier mesquin, abruti, stupide, que sais-je, mais vous partez ensemble (femmes et enfants sur les sièges arrière) au stade pour assister au match entre l’équipe au sein de laquelle vous même avez connu vos heures de gloire au temps de votre adolescence, et tout est pardonné, au moins jusqu’à demain.

Pour des raisons que les économistes et sociologues expliqueront mieux que moi, le football professionnel a pris, au cours des dernières décennies, une sorte de domination dans le monde du sport.

La religion civile du sport

Par le passé, la passion des amateurs était dirigée vers d’autres amateurs, c’est-à-dire les équipes de la high school locale ou de l’université publique de l’État.  On supporte son patrimoine spirituel, et le sport a, ou avait, un côté spirituel, ou si vous préférez, représentait une sorte de spectacle ou rituel exprimant la religion civile des Américains.

Ceci est peut-être du au fait que le sport était apprécié par des gens qui eux mêmes étaient des vrais sportifs ; maintenant, il s’agit d’un spectacle créé par des professionnels, comme les acteurs célèbres et les politiciens, les chefs d’orchestre ou de restaurant, les grands voyous, les grands philantropes.

Le football a commencé à faire concurrence au baseball dans le marché professionnel ; il faudrait consulter des historiens mais je pense que cela a commencé dans les années 60, où l’on constate aussi l’introduction d’astuces publicitaires (marketing) comme le super bowl (pour rivaliser avec le World Series qui termine la saison de baseball).  Le basketball professionnel, d’autre part, amorce la même ascension à cette époque.

Fascination universelle pour la confrontation sportive

On pourrait, certes, reprocher aux Américains leur fascination pour les équipes professionnelles ; mais c’est sans doute un reproche que l’on pourrait étendre à d’autres activités.

Ce genre de spectacle date de l’Antiquité, il suffit de se promener rue Monge à Paris et admirer le site des arènes de Lutèce pour s’en rendre compte. Puis, avant de juger trop hâtivement la crétinerie qui s’installe à travers le pays les jours de matchs, avec toutes les places prises dans les stades et les non-stadiens installés sur leurs canapés devant des télévisions aux écrans aux dimensions d’un cinéma, il faut voir ce que font les hooligans du football en Europe (notamment les Anglais, peuple intrépide et guerrier), sans parler non seulement des Africains et des Sud-asiatiques pachtounes, soi-disant non-violents Hindous. On se souvient aussi que le Salvador et le Honduras sont partis en guerre l’un contre l’autre à la suite de la décision d’un arbitre, dont on ne connait pas le nom.

Bêtise humaine, vieux problème… Mais que l’on retrouve dans l’affaire qui agite le football américain actuellement. Un joueur en fin de la saison passée a refusé le salut main sur le cœur pendant l’hymne national, rite traditionnel avant les matchs. Pour les grandes occasions, il y aura aussi un bref défilé d’une garde d’honneur ou même le survol d’un escadron de l’USAF ou de la garde nationale (les milices d’État), section aviation.

On ne plaisante pas avec le drapeau

Or, dans l’Amérique profonde (que l’on peut trouver dans les quartiers non huppés de New York et même Los Angeles, aussi bien que dans les petites villes du Texas ou de l’Alabama), on ne plaisante pas avec le drapeau et on ne se moque pas des uniformes.

Le joueur en question, d’ailleurs, insistait sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un manque de respect, mais qu’il saisissait cette occasion pour protester contre l’usage excessif de la force policière à l’encontre de la population dite noire.

La logique de son raisonnement n’était pas évidente, le rapport entre la salutation au drapeau et les bavures policières ne semblant pas aussi simple que, par exemple, la hausse de la criminalité en Allemagne et la politique migratoire de ce pays traditionnellement paisible et respectueux des lois.

D’ailleurs, l’idée forte du mouvement contestataire Black Lives Matter –  à savoir que la police, les polices, convient-il de dire, chaque localité et État, maintien des forces locales, visent les Noirs, parce que l’oppression raciste américaine persiste – fut contestée par les experts en police, qui démontrent, statistiques et études à l’appui, que le mouvement anti-police Black Lives Matter est une arnaque politique.

Des violences d’abord intra-communautaires

En effet, en premier lieu, les statistiques montrent que les victimes, si le mot est juste, de la police sont majoritairement de race (mais est-ce une race ? Le Wolof se considère-t-il de la même race que le Peul, voire le Dinka ? ) noire.

Ils sont, de plus, presque tous des auteurs de crimes pourchassés par les gardiens de l’ordre, sinon des auteurs d’agressions contre ces mêmes gardiens, qui réagirent par instinct de survie, et respect du règlement.

En illustration tout particulièrement emblématique de ce mouvement : un jeune dans l’État du Missouri essayait de prendre l’arme d’un policier enquêtant sur un vol dans un magasin (tenu par un Asiatique) ; le dénouement fut tragique, effectivement, mais les enquêtes et rapports, officiels et autres, qui suivirent, ont confirmé la version officielle.

La corruption rhétorique, d’ailleurs, est digne du plus grand pourfendeur du mensonge politique, Eric Bair (George Orwell).  Black Lives Matter se fonde sur l’idée que la guerre raciale est inhérente au système américain. Or, depuis un quart de siècle, les taux de mortalité dans les quartiers urbains à forte criminalité sont en baisse continue.

Criminalité à Chicago

Cela est particulièrement apparent dans les quartiers non-Blancs.  Pourquoi ? Parce que les départements de police, dans leur grande majorité, protègent mieux les populations à risque, notamment les pauvres et les immigrés. Ce qui signifie que les Noirs, entre autres, ont énormément bénéficié de cette supposée guerre menée contre eux par les forces de l’ordre !

Exception importante : depuis l’arrivée à la mairie de Rahm Emmanuel, ancien conseiller de Barack Obama, la ville de Chicago connait une explosion de criminalité violente sans précédent (c’est-à-dire armée, par contraste avec les cambrioleurs dilettantes et désarmés).

Avec plus d’un meurtre par jour, la population noire de Chicago vit dans la terreur. Or, Emmanuel, quoique issu d’une famille de droite, traditionnellement favorable à la force pour répondre au meurtre, est l’un des ténors de la gauche américaine, le parti démocrate, lequel par le passé, avait comme service d’ordre une organisation tristement célèbre, le Ku Klux Klan.

Détruire les monuments

Paradoxes en chaînes !  On ne s’y retrouve plus !

Mais restons calme. Dans l’avant dernier épisode du feuilleton de la folie, (il faut toujours écrire avant-dernier parce qu’il y en aura un au moment même où on l’écrit), les anti-racistes se sont mis dans la tête qu’il fallait détruire les monuments.

Sans doute une bonne majorité des villes du Sud des USA a des monuments à la gloire des soldats morts pendant les guerres. Les Sudistes en ont érigé beaucoup, ils sont de nature guerrière, même s’il convient de ne pas généraliser. Il y a aussi, bien sûr, la guerre de Sécession, où la quasi majorité des Sudistes s’est soulevée contre le gouvernement fédéral des États-Unis.

Ce fut une catastrophe, plus d’un homme sur quatre tué, blessé ou estropié, de la Virginie jusqu’au Texas oriental, tout fut totalement détruit, les villes pillées ou brûlées… l’Allemagne en 1945, sans plan Marshall.

Cette haine introuvable

Ils sont revenus très lentement à la vie, avec des régimes ouvertement racistes et vengeurs (et pour empêcher les esclaves africains libérés et citoyens à droits civiques égaux de prendre le pouvoir dans les localités où ils sont majoritaires, car elles existent, surtout après l’hécatombe et l’interdiction de vote imposée à tout individu ayant participé à la rébellion, c’est-à-dire quasiment tous les Blancs survivants).

Au tournant du siècle, ces régimes sont en place dans tous les États du Sud, réintégrés dans le système fédéral, et l’on commence alors à ériger des monuments.

Ces monuments sont des insultes à tout individu ayant souffert de la haine raciale, nous dit-on soudainement. Or, la haine raciale n’existe quasiment plus dans le Sud, depuis presque un demi-siècle.

Une sorte d’obsession raciale, par contre, s’est installée dans les esprits bien-pensants qui vivent ailleurs. Un peu comme s’il y avait eu un déplacement psychologique. Pendant les décennies de la ségrégation (dite Jim Crow) dans le Sud, le parti unique était le parti démocrate, et il avait comme milice une organisation terroriste, le Ku Klux Klan, pur produit de la bêtise humaine, américaine en particulier.

Naissance et mort du KKK

Le Klan, originellement fondé par un général confédéré, Nathan Bedford Forrest (une sorte de Murat, audacieux, intrépide et sans pitié) pour résister, c’est le mot, au régime militaire imposé par le Nord victorieux ; le premier Klan, effectivement, terrorise les affranchis, les Blancs qui cherchent la réconciliation, etc.

Le mouvement s’éteint rapidement (le Sud est bien trop affaibli pour mener une guerre de résistance), et Forrest lui-même reconnait son erreur, demande pardon aux anciens esclaves et prend sa retraite ; il était un raciste notoire, ayant fait fortune comme marchand d’esclaves avant la guerre, et commis ce qui même à l’époque était reconnu comme des crimes de guerre en massacrant des prisonniers de l’armée fédérale (surtout les Noirs).

Mais dans les années 20 du nouveau siècle, sinon avant, le Klan se reconstitue pour servir le pouvoir en place. Il terrorise, tue, corrompt. Dans certaines régions, il perdure jusqu’aux années 60, puis est balayé par la volonté d’en finir une fois pour toutes avec tout ce qui avait motivé la Guerre Civile, et ses séquelles.

Le fonds de commerce du racisme

Il  subsiste quelques individus avec des problèmes d’alcool, malades mentaux, violents envers les femmes et les faibles etc. Ce n’est un problème, ni politique ni même de police, sauf très rarement, et à partir des années 70, le Sud est géré par des administrations, des polices, des élus, de plusieurs origines ; par exemple le gouverneur de la Louisiane, pays où le racisme était ultra violent, est fils d’immigrés indiens et de carnation très foncée.

L’ex gouverneur de la Caroline du Sud (État qui mena le mouvement sécessioniste), Nikki Haley, est également fille d’immigrés indiens, au teint plutôt clair ; elle représente les États-Unis à l’ONU où elle attaque entre autres, avec fougue et courage, les islamistes radicaux qui insultent la ville de New York par leurs démonstrations d’hypocrisie planétaire, au sein de cette organisation pourtant fondée par des hommes de bonne volonté pour mettre fin à la haine entre les peuples et les races.

L’arrivée de Donald Trump

Donc, dans ce contexte, des imbéciles d’extrême gauche et des petits arnaqueurs politiques dont le fond de commerce d’un racisme qui n’existe plus sauf dans leurs diarrhée verbales (et à l’ONU, l’Unesco, etc.) s’en prennent aux monuments aux morts, aux statues érigées pour saluer les intrépides généraux de la cause sudiste précédant l’installation des régimes d’apartheid dans certaines régions.

Et il y a Donald Trump, le président des États-Unis. Ce riche New Yorkais de 70 ans a confondu ce qu’en France on nomme la pensée unique au nom du bon sens et du pragmatisme. Par nature provocateur, bagarreur, pas inculte mais pas particulièrement à la hauteur dans les dossiers. Il choque les bien-pensants.

Ceux-ci, malheureusement pour eux, ont rallié le pire candidat possible lors de l’élection présidentielle de 2016, Hillary Clinton. Il faut noter en passant que l’establishment politique américain depuis Reagan n’a pas de quoi se vanter.

Trump bouscule et dérange

Passe encore sur George Bush père, mais Bill Clinton, une espèce de voyou de l’Arkansas, George Bush fils, brave type qui nous a coûté cher en soldats, Noirs et Blancs, du Sud, sans résultats satisfaisants, Barack Obama, qui ne parvient pas à en finir avec les guerres et a réussi par contre à diviser la nation sur les questions raciales et socio-économiques.

C’est déprimant, mais ce n’est pas spécifique aux USA. Les démocraties riches ne poussent pas de grands hommes sur la scène politique, observez chez vous ou chez vos voisins.

Mais Trump bouscule et dérange et devient un objet de haine dont les contours évoquent justement le racisme.  Insultes, moqueries, détestations…  Dire que les monuments ne sont pas vraiment le problème mais qu’il faut récuser la violence dans les manifestations, quel que soit le camp, n’est qu’un énoncé de bon sens.

Provocations gauchistes

Ce n’était pas quelques abrutis se réclamant du complètement has been Ku Klux Klan ou du nazisme qui représentaient un défi à l’ordre public, mais les gauchistes armés venus d’ailleurs, car il s’agissait en l’occurrence d’une manifestation à Charlottesville, petit bourg de Virginie.

Ils avaient l’intention de provoquer des heurts, ce qu’ils ont fait. Par la suite un attardé mental se réclamant des abrutis de l’autre bord fonce dans la foule en voiture et fait un mort.

Le président appelle au calme. On l’accuse de prendre le parti des KKK et des nazis.  Cette accusation vient de droite comme de gauche, car nombreuses sont les personnalités politiques de droite (parti Républicain), scribes et feuilletonistes de la presse dite conservatrice qui s’étaient opposés à la candidature du New Yorkais, certains allant jusqu’au ralliement à Hillary Clinton.

Le cirque anti-fasciste

Puis le cirque continue, avec maintenant les anti-fascistes joignant leurs forces aux anti-polices du Black Lives Matter, avec le soutien de nombreux joueurs de football.

Le football a ses admirateurs, et ses détracteurs.  Pour beaucoup d’Américains, comme nous le remarquions plus haut, le football est une affaire qui occupe une place sociale bien au delà du sport.

Celui-ci, avec ses exigences de finesse, d’intelligence stratégique, provoque admiration et respect.  Beaucoup d’autres Américains trouvent ce sport ridicule et pervers, qui consiste à mettre des garçons grands, forts, et stupides, dans des tenues invraisemblables, à les faire courir et se battre pendant deux heures pour le plaisir de leurs supporters sadiques.

La direction malsaine du sport

Dans les deux cas, il s’agit bien sûr de caricatures n’illustrant pas la réalité des joueurs, et celle des jeunes qui y participent, leurs amis ou parents, etc.

Il n’en demeure pas moins que la marchandisation du sport en général, et de ce sport ci en particulier, a évolué vers une direction fort malsaine. Et comme même les supporteurs les plus dévoués en sont conscients, un malaise s’est tout de suite installé quand des footballeurs ont commencé à manifester, sans recul, avec un a priori sur la police et l’injustice, puis sur leur droit à protester lorsque le président s’est invité dans l’affaire en recommandant aux managers de limoger les protestataires.

Donald Trump donne souvent l’impression de se mêler de ce qui ne le regarde pas au détriment de ses propres affaires.  Pour le meilleur ou pour le pire, l’attention extrême des medias sur les chefs d’États des pays développés les transforme en stars, au même titre que les sportifs professionnels et autres vedettes, avec leur logique propre de devoir rester dans le coup.

Une certaine idée de l’Amérique

Mais Trump dérange tout particulièrement. La question de son efficacité mérite sans doute d’être posée, mais il est certain qu’il a adopté un programme radical qui dérange, parce que lui même dérange.

Il a été élu sur un programme pouvant se résumer autour de l’idée qu’il faut savoir s’opposer à certaines tendances lourdes dans les démocraties avancées, pour pouvoir adhérer à ce qui a fait la grandeur des sociétés libres, les États-Unis d’Amérique en particulier.

Ces tendances lourdes ont conduit à l’émergence de nouvelles classes. Nommées déjà new class dans les années 1970 par Irving Kristol, ou new ruling class, on pourrait les qualifier de classe sociale administrative davantage que productive.

L’administration n’est pas forcément nécessaire, dans un environnement socialiste ou de libre marché ; mais Trump a compris la crainte de ses électeurs d’un monde de fonctionnaires outrepassant ses fonctions pour se mêler de tout dans une espèce de conformisme quasi-universel. Trump s’oppose à la pensée unique, political-correctness, et la défie.

Les guerres culturelles américaines

Ceci peut-il expliquer la réaction violente à son élection ? Ou bien des évolutions plus profondes encore rongent-elles les sociétés libres ? Donald Trump est contesté même avant son installation au pouvoir en janvier : incessantes guerres médiatiques, politiques, mentales, culturelles sont ouvertes et ouvrent de nouveaux fronts à chaque opportunité.

Ces guerres ne sont pas récentes, certains de ses fronts étaient franchement soutenus par des gouvernements démocrates, notamment ceux de Carter, Clinton, et Obama.

Batailles de mots et d’idées, guerres à l’étranger contre un ennemi désespéré, féroce et sans pitié, complexe et né de conflits intérieurs, l’Amérique porte effectivement un fardaud.  Elle l’assume, depuis longtemps. Si la France s’est faite à coups d’épées, l’Amérique l’a été à coups de carabines.

Winchester, Remington, Colt, méritent que leurs noms aient leurs places dans l’Histoire, aux côtés des hommes ayant manipulé leurs productions pour conquérir successivement Français, Espagnols, Anglais, Mexicains, et… voisins.

Ce ne sont pas quelques idiots cruels et sadiques qui stopperont cette aventure, ni des nihilistes grincheux, lâches et envieux ayant comme programme capitulation et soumission.

  1. Roger Kaplan est journaliste et écrivain. Il vit à Washington et écrit pour The American Spectator.