Le « double standard » alimentaire de l’Europe

Le commissaire Jourová évoque des règlements et des dispositifs relatifs à la qualité alimentaire, mais il est difficile d’en comprendre le sens, ou les moyens que compte utiliser la commission.

Par Bill Wirtz.

Lorsque le président de la Commission européenne, M. Jean-Claude Juncker, a mentionné dans son discours sur l’état de l’union au Parlement européen, qu’il est inacceptable que certains États membres obtiennent mieux que d’autres des produits de qualité inférieure dans leur supermarché, de nombreux citoyens d’Europe centrale et de l’Est ont dû se sentir soulagés.

Le concept de “double standard” alimentaire, souvent abordé dans ces régions, consiste à affirmer que les grandes entreprises vendent délibérément dans leur pays des produits de qualité inférieure aux articles équivalents en France, en Belgique ou en Allemagne. Que la Commission Européenne s’attaque enfin aux préoccupations des Tchèques, des Polonais, des Slovaques ou des Hongrois semble intéressant, de prime abord.

Protéger les consommateurs

Non seulement Juncker a-t-il abordé personnellement la question de la définition européenne de qu’il nomme les dual food standards, mais la commissaire de la justice, des consommateurs et de l’égalité des sexes, la tchèque Věra Jourová a également interpellé les entreprises sur cette question et s’est dite engagée à protéger les consommateurs.

Madame Jourová a déclaré dans une vidéo destinée aux réseaux sociaux qu’il n’y aurait pas de «citoyens de deuxième classe en Europe». La Commission s’engage à dépenser 1 million d’euros pour aider les autorités locales à évaluer la situation sur le marché.

À l’heure actuelle, la preuve de l’existence de ce double standard alimentaire n’a pas encore été démontrée. Les producteurs ont affirmé que leurs produits ne différaient qu’en raison des adaptations aux exigences du marché local, en appliquant des niveaux de graisse et de sucre adaptés aux goûts des consommateurs locaux.

Choisir en fonction des goûts locaux

Tout comme la bière brune se vend mieux en Belgique qu’en République tchèque, les ménages choisissent les produits selon leurs goûts. Il serait évidemment peu adéquat de critiquer les entreprises pour leur adaptation aux goûts locaux.

Même l’étude sur laquelle un bon nombre d’hommes politiques tchèques se référent, supposée prouver l’existence d’un double standard alimentaire, n’était pas concluante sur ce point là.

Le professeur Jan Pivoňka, de l’Université de Chimie et Technologie de Prague, qui a mené la recherche, a déclaré : « Le but de la recherche n’était pas de montrer qu’il existe des produits de plus ou moins grande qualité dans certains pays. Les critères de qualité sont très subjectifs. » Le chercheur a souligné que son étude n’avait pas pour objectif de prouver que l’alimentation en Europe centrale et de l’Est était de mauvaise qualité.

Une décision qui soulève des questions

En l’absence de preuves sur ces différences de normes de qualité qui seraient appliquées entre les pays, la soudaine décision de l’UE soulève bien des questions ; et ceci d’autant plus qu’en juillet, la pression exercée par les députés tchèques et slovaques sur cette question n’avait suscité aucun enthousiasme.

Cette décision de fin septembre coïncide étrangement avec les élections législatives en République tchèque qui se dérouleront fin octobre. Le parti de Věra Jourová, ANO 2011, envisage de devenir le premier parti de ces législatives et la promesse de campagne d’une intervention européenne sur le double standard alimentaire exerce une très grande attraction auprès des Tchèques.

La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie ou la République tchèque se sentent régulièrement ignorées par la machine de Bruxelles, et la Commission ne pouvait pas trouver un meilleur sujet pour démontrer les vertus de l’union. Jean-Claude Juncker déclara cette situation un « problème européen ». Serait-ce une manifestation de bonnes intentions à la lumière d’une prochaine élection ?

Débat surréaliste

Les réglementations alimentaires ne devraient pas être un sujet de débat de campagne électorale, car elles peuvent avoir des conséquences durables pour les consommateurs.

Ces réglementations peuvent augmenter les prix alimentaires et les rendre moins accessibles, en particulier pour les foyers à faibles revenus. La seule méthode durable pour changer le marché devrait dépendre de la demande et des goûts des consommateurs, libres de se tourner vers d’autres produits s’ils le désirent.

 

Le commissaire Jourová évoque des règlements et des dispositifs relatifs à la qualité alimentaire, mais il est difficile d’en comprendre le sens, ou les moyens que compte utiliser la commission. En fait, cette dernière tente de vendre à une population indifférente à l’UE la résolution d’un problème probablement imaginaire, avec le secours de règles opaques.

Chasser des fantômes un mois avant des élections importantes pourrait presque suggérer qu’il s’agit de populisme.

Cet article est une traduction de l’article The EU Commission’s populist rhetoric on dual food standards, publié sur Vocal Europe.