Les fondements du libéralisme économique

Même si les conditions économiques ont profondément évolué depuis les écrits des premiers économistes libéraux français, revenir aux fondements de leur pensée permet de comprendre leurs successeurs actuels.

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Frédéric Bastiat (image libre de droits)

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Les fondements du libéralisme économique

Publié le 5 octobre 2017
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Par Paul-Jacques Lehmann1.

Un ouvrage sur la naissance du libéralisme économique dans notre pays vient d’être publié (« Les fondements du libéralisme économique – Les 50 économistes à l’origine de la pensée libérale en France »).

Il remet au premier plan des penseurs français alors que l’on croit souvent que les fondateurs du libéralisme économique sont des auteurs anglais. Parmi les économistes retenus, certains (par exemple Jean-Baptiste Say ou Frédéric Bastiat) sont encore cités de nos jours, mais beaucoup d’autres (comme Eugène Daire ou Théodore Fix) ne sont connus que des spécialistes.

La spécificité de l’économie politique

Vivant à un moment où l’économie est peu enseignée dans notre pays, étant considérée par la plupart des gouvernements en place comme un ferment d’opposition, ces auteurs démontrent que l’économie politique est une science à part entière et que l’observation des faits prouve que le monde est régi par un ordre naturel que l’homme ne peut modifier, auquel il est obligé de s’adapter, même s’il est capable d’exercer une influence considérable sur son développement. Il s’ensuit que le législateur ne crée pas de droits puisque ceux-ci naissent spontanément.

Le livre insiste sur la diversité des économistes de ce mouvement, non seulement dans les différentes étapes de leur vie (selon leur origine familiale, leur religion, leur formation, leurs activités professionnelles, leur engagement politique, la nature de leurs apports), mais aussi dans leurs idées, ce qui est normal puisque l’étude couvre plus de deux siècles, entre l’année de naissance de Turgot (1727), considéré comme le précurseur de l’économie libérale en France, et l’année de décès de Clément Colson (1939), la dernière personnalité étudiée. Mais de nombreux points communs les réunissent dans un même idéal : la défense de la liberté que l’État est incapable de faire respecter.

La défense de la liberté

Le premier ressort de l’homme est l’intérêt individuel et seule la liberté permet de le satisfaire. Dans le domaine économique, la liberté doit s’exercer essentiellement à deux niveaux : sur le marché du travail et dans les relations commerciales.

La liberté du travail et de sa rémunération permettent la division du travail, chaque individu exerçant son activité là où ses compétences sont les mieux exploitées. Le capital lui-même n’existe que parce qu’il est la conséquence d’un travail préalable. Travail et capital sont à la source de la production, donc du développement économique puisque, selon la fameuse loi des débouchés de Say, « les produits s’échangent contre les produits ».

La liberté du travail conduit également au droit de propriété car aucun homme n’accepterait de travailler s’il n’était assuré de profiter, lui-même ou ses descendants, des fruits de son travail grâce à l’épargne qu’il constitue. Certes, le droit de propriété est à la base d’inégalités.

Mais celles-ci, inhérentes à la condition humaine, sont à l’origine des progrès des peuples à partir du moment où les individus se sentent pleinement responsables de leur sort et sont persuadés que seuls leurs efforts sont aptes à les faire progresser dans la hiérarchie sociale.

Nécessité du commerce

La liberté commerciale est également nécessaire puisque, sans échange, la production ne sert à rien. L’échange libre est aussi à la base de la formation des prix, par l’intermédiaire de la loi de l’offre et de la demande.

Au niveau international, la concurrence prend la forme du libre-échange, facteur non seulement de paix entre les pays, mais aussi de croissance économique dans chacun d’entre eux grâce à l’essor des exportations.

Il s’ensuit naturellement une condamnation du protectionnisme, système caractérisé par des prohibitions, des droits de douane, des privilèges accordés à certains producteurs et des hausses des prix qui pèsent sur l’ensemble des consommateurs, donc sur toute la population.

La condamnation des interventions de l’État

Ce qui précède ne laisse aucun doute sur les limites que ces économistes fixent aux interventions de l’État. Tous sont d’accord pour que celui-ci exerce les trois missions régaliennes de base : assurer la sécurité, tant intérieure qu’extérieure, protéger le territoire et empêcher l’injustice de régner.

Toujours source d’oppression et d’appauvrissement, son action doit s’arrêter là : l’État restreint la liberté, étouffe et annihile la responsabilité et l’initiative individuelles, empêche la volonté de s’exercer.

Ces reproches conduisent à des conséquences majeures dans le domaine économique où le rôle des pouvoirs publics doit être le plus restreint possible puisque leurs interventions ne créent aucune richesse.

Par exemple, ayant des capacités moindres que celles des individus pour être de bons entrepreneurs, ils ne doivent jamais s’immiscer dans la production ou dans la formation des prix pour imposer des minima ou des maxima.

Centralité de l’équilibre budgétaire

Sur le sujet des finances publiques, l’accord est unanime entre économistes libéraux pour que soit respecté l’équilibre budgétaire, avec des dépenses et une dette publiques réduites au minium pour ne pas constituer un frein pour la croissance future du pays. C’est sur le sujet des recettes publiques qu’existent les divergences d’opinions les plus profondes entre les libéraux du XIXème siècle.

Certes, la perception d’impôts pour faire face aux dépenses publiques indispensables est unanimement acceptée. De même le fait que les contributions obligatoires ne doivent pas porter atteinte à la propriété, décourager l’esprit d’entreprise et d’épargne, conduire à une spoliation empêchant la formation de capital pour l’avenir.

Des désaccords demeurent

Mais des oppositions apparaissent sur le nombre de contributions, sur la matière imposable (capital, revenu ou consommation), sur la forme que l’imposition doit prendre (proportionnelle ou progressive).

Cette dernière question est d’autant plus sensible que l’on se trouve à un moment où existe un grand débat public sur l’éventualité de la mise en place de l’impôt progressif sur le revenu qui verra le jour au début du XXème siècle.

Pour beaucoup, cette forme d’impôt répond seulement au désir, certes généreux, d’égaliser les conditions des citoyens, mais néfaste pour l’économie puisqu’elle empêche la formation des capitaux et conduit à la stagnation de l’industrie.

En revanche, tous les libéraux se retrouvent dans une critique sans nuance du socialisme dont ils dénoncent les inconvénients dans les moindres détails, dans le but de faire comprendre aux ouvriers que leur salut ne peut venir de ce système qui ne profite en réalité qu’à ses initiateurs. Ils s’efforcent de démontrer que son erreur fondamentale est de considérer que l’État est une providence.

Ils ajoutent qu’il ne faut jamais oublier que la société repose sur des principes que l’économie politique met en évidence, ce que les socialistes ne sont pas capables de prendre en considération puisqu’ils ne font pas de la science, mais simplement de la dialectique.

Ceux-ci ont donc une mauvaise approche de la réalité : ils ne créent que des sociétés imaginaires dans lesquelles ce n’est plus l’individu qui décide, mais la société, par l’intermédiaire de ses représentants, qui décide pour lui.

Même si les conditions économiques ont profondément évolué depuis les écrits des premiers économistes libéraux français, revenir aux fondements de leur pensée permet de comprendre à la fois la démarche et les préconisations de leurs successeurs actuels.

Paul-Jacques Lehmann, Les fondements du libéralisme économique. Les 50 économistes à l’origine de la pensée libérale en France, Iste éditions, 2017.

  1. Paul-Jacques Lehmann est professeur émérite à l’université de Rouen.
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  • Bonjour,

    Il est vrai que l’intervention de l’état doit se limiter à des garanties fondamentales. Je complèterais cependant votre définition du régalien avec l’étendue faite par le conseil d’état : La fiscalité et les relations étrangères.

    En effet, nous ne devons pas omettre que les différentes conceptions de l’économie à travers le monde peuvent parfois avoir des répercutions dangereuses pour un peuple et que seul l’état, avec sa capacité à gérer les relations étrangères et la fiscalité, peut amortir ou annihiler pour protéger le peuple.

    Pour ma part je rajouterais et défendrais la notion de l’éducation dans cette liste de ministères régaliens. Les institutions doivent en effet garantir au peuple son esprit critique. C’est de cet esprit que naissent les courants de pensées et la liberté.

    Question : En l’état actuel des choses, les institutions élues sont-elles les mieux placées pour développer l’esprit critique du futur électeur ?

    • Non, puisque l’EN inculque des idées socialistes aux enfants en diffamant le capitalisme et le libéralisme, or ce sont eux qui ont réduit la pauvreté dans le monde!

    • Les institutions doivent en effet garantir au peuple son esprit critique. C’est de cet esprit que naissent les courants de pensées et la liberté.

      Avec tout le pognon gratos cramé par l’état, l’esprit critique de nos concitoyens ne semble pas très affuté… Autant dire que c’est un échec, et cela démontre que cela ne peut être régalien.

    • Il y a une grande différence entre financer l’éducation et organiser et dispenser l’éducation.

  • J’ai un petit problème de logique avec cette partie:

    « Certes, le droit de propriété est à la base d’inégalités.

    Mais celles-ci, inhérentes à la condition humaine, sont à l’origine des progrès des peuples à partir du moment où les individus se sentent pleinement responsables de leur sort et sont persuadés que seuls leurs efforts sont aptes à les faire progresser dans la hiérarchie sociale. »

    L’auteur de l’article le rappelle dans la partie précédente le droit de propriété répond à un besoin naturel de construire et de léguer à sa descendance. Très bien mais cela invalide la partie « que seuls leurs efforts sont aptes à les faire progresser dans la hiérarchie sociale. »

    Il faut être logique notre réussite ne peut être à la fois notre seule responsabilité et l’héritage de sa position de départ dans la vie, si celle ci conditionne la facilité d’évolution ultérieure.

    C’est bien évidemment un des axes d’attaque de la gauche devant ce type de phrase en donnant l’exemple de fils de bonne famille et du fils d’ouvrier. Le second est contraint à l’excellence pour espérer progresser tandis que le premier par les facilités de réseau et de financement peut fort bien supporter et même fructifier sa médiocrité. L’exemple qui me vient immédiatement en tête est celui de George W. Bush.

    • Bush n’était point un médiocre. La diffamation de la gauche a porté ses fruits, grâce à des salopards comme Michael Moore. Mais vous avez raison au sujet des réseaux qui permettent d’obtenir des postes que l’on ne pourrait occuper autrement. Ceux qui n’ont pas cette chance n’y parviendront pas, que ce soit en France ou aux USA! Quoique cela soit moins le cas outre atlantique puisque des Truman, Eisenhower, Reagan, Clinton ou Trump sont devenus présidents.

  • Les fondateurs du libéralisme économique sont des auteurs anglais, n’en déplaise à l’auteur. Certes Bastiat et Say en furent, mais c’est oublier que ce dernier fut converti en Angleterre, et le premier plus tardif, au XIXe siècle, donc pas aux origines du libéralisme. Or le terme fondateur a une signification bien précise.

    • Turgot, contemporain de Smith, ils semble que ses influences sont à trouver du côté des physiocrates plutôt que chez les philosophes anglais.
      En remontant un peu on trouve Vauban qui a été un autre précurseur dans le domaine, bon sujet du Roy de France.
      Il n’y a pas un inventeur unique ou un fondateur unique, on ne parle pas de l’Islam ou du Bouddhisme. Mais il y a des auteurs qui en ont inspiré d’autres, qui eux-mêmes… Aujourd’hui, nier que la pensée de Frédéric Bastiat est à la base de celle de bon nombre de libéraux modernes, ce n’est pas de la mauvaise foi, c’est de l’ignorance pure et simple.

      • Personne ne nie que Bastiat soit important. Mais l’auteur parle des fondateurs, soit ceux qui sont à l’origine du mouvement, incontestablement en Angleterre avec la grande Charte imposée au roi, puis des gens tel Locke, Hume, Adam Smith, etc…

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