Il faut libérer le secteur de l’électricité sud-africain

Il est crucial, pour l’économie sud-africaine assiégée, de disposer d’une offre d’énergie et d’une capacité de production suffisantes. Un tel déficit ne permet pas d’espérer créer des emplois.

Par Chris Hattingh.
Un article de Libre Afrique

Quelle est la différence fondamentale entre un monopole soutenu par l’État et un monopole émergeant du marché ? Le premier s’appuie sur l’État qui le renfloue, via l’argent du contribuable, pour combler ses déficits et le protéger de la concurrence des rivaux potentiels via la législation.

Dans le second cas, une entreprise privée ne peut gagner de position de monopole que si elle offre de meilleurs services et produits aux consommateurs. Lorsqu’une entité est protégée par la législation, elle devient systématiquement un monopole.

En revanche, si une entreprise privée occupe une position dominante sur le marché, c’est parce qu’elle est plus compétitive que ses concurrents.

Des dépenses irrégulières de 3 milliards de rands

Les derniers états financiers annuels d’Eskom (monopole public dans le secteur d’électricité en Afrique du Sud) enregistrent des dépenses irrégulières de près de 3 milliards de rands. L’auditeur souligne l’existence « d’irrégularités notables », c’est-à-dire des fraudes à sanctionner.

Par ailleurs, il note que les processus de fonctionnement d’Eskom ne répondent pas aux exigences légales. Les fonds de compensation irréguliers, les processus d’appel d’offres douteux et le lien entre le directeur financier de l’entreprise, Anoj Singh et la famille Gupta font partie intégrante des points noirs de l’histoire d’Eskom.

En outre, la dette à long terme d’Eskom a atteint désormais la bagatelle de 336,8 milliards de rands. Le contribuable sud-africain va devoir payer l’addition en plus de toutes les autres taxes qui lui sont imposées.

Un marché concurrentiel de l’énergie

Une situation scandaleuse, mais qui ne changera jamais à moins que nous ne cessions les sauvetages d’Eskom financés par les contribuables.

Au lieu de s’attendre à ce qu’Eskom continue à générer 95% de l’électricité du pays, l’Afrique du Sud a besoin d’un marché concurrentiel de l’énergie. Le marché de l’électricité devrait être ouvert de manière à ce que les producteurs indépendants d’électricité (IPPs) puissent se concurrencer les uns les autres pour gagner la satisfaction des consommateurs.

Ainsi, tout producteur fiable et capable d’offrir le meilleur service au meilleur prix, sera l’heureux élu et s’accaparera la part du lion sur le marché. Ceux qui échoueront devront fermer car ils ne pourront plus compter sur le sauvetage du gouvernement (zéro renflouement en cas de faillites).

Prenons la production d’électricité, comme exemple. Si les entreprises privées étaient sûres que l’État n’interviendrait pas, elles seraient suffisamment rassurées pour investir leurs propres capitaux dans des centrales génératrices modernes et fiables.

Encourager la concurrence

Les entreprises privées peuvent à la fois financer et exploiter ces usines, et pourront ainsi créer des emplois. Celles qui offrent les meilleurs contrats attireront les meilleurs travailleurs.

Un marché de l’énergie décentralisé encouragerait la concurrence dans les différents compartiments possibles du système : l’électricité serait tarifée en fonction de la demande et de l’offre, l’efficacité augmenterait à mesure que les fournisseurs obtiendraient une connaissance plus claire des heures creuses et celles de pointe de la demande et les consommateurs auraient la liberté de choisir leurs fournisseurs.

Parce que les entreprises privées investiraient leur propre argent, elles seraient davantage incitées à construire les meilleurs générateurs et réseaux de distribution possibles.

En l’absence de garanties gouvernementales ou de possibilité de renflouement, ces entreprises privées, en concurrence avec d’autres, devraient faire de leur mieux pour attirer des clients en proposant des prix compétitifs et un service de meilleure qualité.

Desserrer l’étau gouvernemental

Le prix de l’électricité doit être étroitement lié à la satisfaction des personnes qui paient pour l’usage de cette ressource vitale (en ce moment les usagers Sud-Africains) et non à celle des bureaucrates du gouvernement qui décrètent ex nihilo un prix, et se paient leurs salaires comme bon leur semble.

La tendance à travers le monde est au desserrement du contrôle gouvernemental de l’économie. Le gouvernement sud-africain pourrait être suivre cet élan en fixant les règles pour un marché concurrentiel de l’énergie.

Personne n’a toutes les connaissances nécessaires pour diriger une industrie, aucun esprit ne peut prétendre pouvoir posséder et traiter toutes les informations nécessaires pour gérer un marché aussi complexe et important que celui de la production et de la distribution d’énergie.

Comme l’a souligné l’économiste Friedrich Hayek, aucun système ne peut être plus efficace que celui où les offreurs se font concurrence pour répondre aux besoins des consommateurs.

Il est crucial, pour l’économie sud-africaine assiégée, que nous disposions d’une offre d’énergie et d’une capacité de production suffisantes. Nous ne pouvons tout simplement pas avoir un tel déficit et espérer créer des emplois.

Le monde tend vers l’énergie verte, mais qu’il s’agisse du charbon, du gaz, des éoliennes ou de l’énergie solaire, nous avons besoin d’une offre suffisante d’énergie. Et la meilleure façon d’amener davantage de personnes à utiliser de l’énergie durable serait d’offrir des sources d’approvisionnement fiables et bon marché que seul un marché de l’énergie concurrentiel pourrait offrir.

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