La crise qui vient (et que personne ne voit)

De nombreux signaux nous laissent à penser qu’une crise est en train d’arriver et qu’elle sera violente, il faut donc adapter sa stratégie d’investissement en conséquence.

Par Eddie Willers.

J’ai pris le temps, il y a peu, de lire le mémo du 26 juillet dernier d’Howard Marks, fondateur de la société de gestion Oaktree Capital. Howard Marks publie régulièrement des notes dans lesquelles il détaille son sentiment vis-à-vis des marchés financiers. Ce dernier mémo a fait beaucoup de bruit car sa thèse est difficile à entendre.

De nombreux signaux nous laissent à penser qu’une crise est en train d’arriver et qu’elle sera violente, il faut donc adapter sa stratégie d’investissement en conséquence. Les signaux qu’analyse Howard Marks correspondent majoritairement à des changements de comportement des investisseurs.

Quelque chose cloche

Dans un contexte de rendements bas, ces derniers prennent toujours plus de risques, parfois totalement décorrélés des espérances réelles de gains. Tout le monde a conscience que quelque chose cloche, que les valorisations sont excessivement élevées.

La hype actuelle des crypto-monnaies est d’ailleurs pour moi le signe ultime que les investisseurs ont décidé de découpler espérance de gain et valeur intrinsèque d’un actif. Pour autant, tout le monde continue à investir en imaginant que les arbres poussent jusqu’au ciel.

Je partage de nombreux points de l’analyse d’Howard Marks, cependant en lisant ce mémo, je reste sur ma faim. Le fondateur d’Oaktree se contente de dire que l’économie fonctionne par cycles au cours desquels les investisseurs deviennent parfois trop optimistes et c’est à ce moment que s’opère la correction. Néanmoins il manque à mon sens une étape d’analyse : pourquoi est-ce que les investisseurs deviennent à un moment trop optimistes ?

Le rôle des banques centrales

À mon sens, la réponse est à chercher du côté de nos banques centrales. Depuis plus de 2 ans, la BCE a décidé de “napalmer” les marchés financiers avec ses euros fraîchement imprimés. Les taux d’intérêts négatifs qu’elle impose aux banques se retranscrivent dans d’importants niveaux de malinvestissement.

Le coût du financement étant artificiellement peu cher, des projets aux résultats moyens affichent tout à coup des espérances de rendement tout à fait acceptables. Le risque lié à l’endettement est abaissé. Bref, nos banques centrales ont décidé de passer un coup de peinture sur un mur couvert de salpêtre.

Au départ, tout le monde est heureux car le salon retrouve un peu de couleur, pour autant le problème n’est pas réglé. Pire, il n’est pas traité et risque d’occasionner des dégâts bien plus importants. Nous sommes aujourd’hui dans une phase où les investisseurs continuent de danser dans un beau salon et nient l’existence du problème.

Une crise du capitalisme ?

Le jour où la crise arrivera, on vous annoncera que c’est encore une crise du capitalisme. Que de toutes manières il ne fait que créer crise sur crise, misère et désolation. On occultera évidemment de vous faire part de la responsabilité immense des banques centrales dans cette crise. On vous proposera même de s’en remettre à elle pour nous sortir à nouveau de ce mauvais pas.

Elle vous proposeront alors de racheter tous les actifs pourris que les banques auront à leurs bilans (risque systémique oblige) à grands coups d’euros et de dollars nouvellement imprimés. Les épargnants qui auront déjà été durement secoués par la baisse de la valeur de leur portefeuille boursier seront rasés gratis grâce à une jolie inflation.

Bien que je reproche à Mark Howards de ne pas être allé plus loin dans son analyse, je partage ses conclusions. Dans les situations où le marché sur-valorise des actifs, il faut être encore plus exigeant sur la qualité de ces derniers.

Stratégie risquée

Parier sur la baisse d’un marché est pour moi la stratégie la plus risquée qu’il soit. Même si les valorisations actuelles sont dans l’ensemble très élevées, je n’ai aucune idée du moment où les autres investisseurs décideront de corriger leur position. Bien que je sois convaincu que les niveaux actuels sont stratosphériques, je ne suis pas un adepte des stratégies “Achetez” ou “Vendez-tout !”.

Olivier Delamarche dont je partage de très nombreuses analyses en a fait les frais sur la gestion de ses fonds Platinium. Il était convaincu que les indices étaient gonflés par l’action des banques centrales et que la bulle éclaterait. En attendant, la valeur des indices boursiers continue de grimper, se soldant par d’importantes pertes pour ses fonds.

En revanche, je suis convaincu qu’il faut savoir investir avec une “marge de sécurité” suffisante qui peut se traduire par différentes approches selon tout un chacun. Je vous laisserai faire vos recherches sur ce point.

In fine, oui une crise arrive, oui elle est de la responsabilité des banquiers centraux et oui elle risque d’être difficile. Il conviendra alors de corriger les erreurs qui ont été faites en 2009 et de laisser le marché revenir à des niveaux de valorisation cohérents. En somme, être capitalistes à défaut de l’avoir été auparavant.

Si cela vous intéresse, ci-dessous le mémo d’Howard Marks :

https://www.oaktreecapital.com/docs/default-source/memos/there-they-go-again-again.pdf?sfvrsn=6

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