Le retour prochain d’une crise ? (1)

Pour nos banquiers centraux occidentaux : youpi, la crise est finie ! Pourtant plusieurs indices indiquent le contraire…

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Janet Yellen, économiste et présidente de la Fed (Crédits : FMI, CC-BY-ND-ND 2.0)

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Le retour prochain d’une crise ? (1)

Publié le 9 septembre 2017
- A +

Par Nicolas Perrin. 

L’interprétation par les marchés des déclarations méticuleusement rédigées des autorités monétaires est lourde de conséquences. À quand le prochain krach 2017 ou 2018 ?

Pour nos banquiers centraux occidentaux : youpi, la crise est finie ! L’été fut l’occasion pour les dirigeants des deux plus grandes banques centrales occidentales de tenir des propos très catégoriques.

Du côté de la Fed, Janet Yellen déclarait le 27 juin :

Je ne crois pas que nous verrons une autre crise de notre vivant.

En Europe, Mario Draghi confirmait le point de vue de son homologue américaine en déclarant le 23 août :

La politique monétaire non-conventionnelle a été une réussite des deux côtés de l’Atlantique mais des lacunes demeurent dans la compréhension de ces instruments relativement nouveaux, nécessitant un approfondissement de la recherche.

Ces déclarations viennent-elles clore l’histoire des crises, dont la théorisation avait commencé avec Sismondi, l’économiste suisse de la première moitié du XIXe ?

Rejeter cette hypothèse, c’est envisager soit que les banquiers centraux puissent être ignorants, soit qu’ils ne s’adressent non pas à notre intelligence mais à notre ignorance, au travers de déclarations aussi culottées que fumigènes.

Entre ces trois possibilités, à vous de choisir, cher lecteur. Mais je vais tout de même vous dire ce que j’en pense !

De la vanité des prévisions

Commençons par rappeler que personne ne connaît l’avenir. Pas même l’intelligence artificielle ne parviendra à changer cet état de fait. Néanmoins, vous connaissez sans doute ce grand principe qui fait le succès des commentateurs se risquant régulièrement à l’exercice des prévisions : à force d’en émettre, on finit toujours pas avoir raison ! Comme le veut l’adage, une pendule arrêtée ne donne-t-elle pas l’heure juste deux fois par jour ?

L’histoire des conjectures est donc jalonnée de succès étourdissants d’exactitude et d’échecs cinglants.

Le 5 septembre 1929, l’entrepreneur et économiste américain Roger Babson déclarait devant une assemblée de chefs d’entreprise :

Tôt ou tard, un krach va se produire et il pourrait être énorme.

Quelques heures plus tard, le Dow Jones dévissait d’environ 3%, avant de s’effondrer le jeudi 24 octobre. Signe annonciateur pour certains, opportunité d’achat pour (beaucoup) d’autres, le Babson Break, point de départ du krach de 1929 et de la Grande Dépression, fut annoncé avec une précision saisissante.

Bien plus malheureuse fut la prévision de Nicolas II, Tsar de toutes les Russies, souhaitant une bonne année à son peuple en décembre 1916 :

L’année 1916 a été tellement désastreuse que l’année 1917 sera certainement meilleure.

Un an et demi plus tard, les bolcheviks exécutaient Nicolas II aux côtés de son épouse, son fils, ses quatre filles, le médecin de famille, son domestique personnel, la femme de chambre et le cuisinier.

Des institutions en désaccord sur la crise

Toutes les institutions ne sont pas aussi optimistes que Janet Yellen et Mario Draghi, loin s’en faut.

Le 3 juillet, l’AMF publiait sa Cartographie des risques pour l’année 2017, résumée dans ce tableau de synthèse :

risque de crise

Je passe sur les cinq risques que l’AMF estime simplement significatifs (niveau jaune). Pour ce qui est du risque de crédit (avec les questions des prêts « non-performants »), il est estimé en augmentation et jugé « élevé » (orange), tout comme le risque portant sur le fonctionnement des infrastructures de marché. L’AMF estime enfin que « le risque d’une hausse brutale des taux d’intérêt, dans un contexte de hausse de l’endettement privé et de faiblesse des primes de risque » est au niveau… « systémique » (rouge) !

Trois jours plus tard, Francois Villeroy de Galhau, le Gouverneur de la Banque de France, mettait en garde le gouvernement face au risque qui pèse sur la dette souveraine :

crise

On pourrait me répondre que ces craintes sont très franco-françaises. Pas du tout. Voici ce que titrait Capital le 6 juillet :

crise

Mais bon, pas de quoi affoler Janet et Mario, apparemment…

Scepticisme des analystes

Faute de pouvoir être exhaustif dans ce genre d’exercice, je vais prendre un exemple étranger, et un exemple français pour illustrer le scepticisme.

Commençons avec Steve Keen, professeur à l’Université Kingston de Londres où il dirige le département Économie, histoire et politique. L’économiste australien, quoique post-keynésien, ne croit pas une seconde à la déclaration de Janet Yellen.

Bruno Bertez explique :

Son analyse des crises, fondée sur une analyse serrée et modélisée de Minsky, a eu le mérite de subir avec succès l’épreuve de réalité car il a bien prédit de façon argumentée et modélisée celle de 2008.

Dans son ouvrage Can we avoid another financial crisis? [« Pouvons-nous éviter une autre crise financière », NDLR], publié cette année, Keen explique que la crise est inéluctable car endogène au système.

Une conviction « délirante »

Le lendemain de la déclaration de Yellen sur la fin des crises, il expliquait sur Forbes qu’une telle conviction est « délirante », dans la mesure où les crises financières ne sont aucunement « des événements dus au hasard, causés par quelque chose en dehors de l’économie » mais sont « une manifestation de la nature intrinsèque des économies capitalistes », « qui peuvent être anticipées grâce aux tendances de la dette privée […] », comme l’expliquait l’économiste américain Hyman Minsky.

Déjà dans mon livre publié en 2013, je vous parlais du Moment Minsky, ce moment où les investisseurs surendettés sont forcés de vendre massivement un actif donné pour faire face à leurs besoins de liquidité, déclenchant ainsi une baisse auto-entretenue de son prix.

Janet Yellen n’a certainement pas lu mon livre. Mais Steve Keen fait remarquer l’ironie de la situation en rappelant que le 16 avril 2009, Janet Yellen donnait un discours intitulé… Moment Minsky : leçons pour les banquiers centraux  ! Voici sans doute un indice qui vous aidera à prendre position sur la question que je posais en préambule à cet article. Ces déclarations ne s’appuient pas sur l’ignorance.

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici.

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  • en 2008 les spécialiste d’économie que ceux qui s’alarmer d’une crise économiste étaient des imbéciles.
    pas de pot pour eux la crise été là. .
    Et maintenant ils nous donnent des leçons..
    bien sûr que le monde est en crise qui en est le responsable…???

  • si tout va si bien que ça , pourquoi l’Allemagne vient de rapatrier 28 milliards de dollars d’or avec 3 ans d’avance ? Yellen fait parti de ces gens gracement payé pour nous dire le contraire de ce qui est ; on préviendra les populations quand un ouragan se prépare , certainement pas quand une nouvelle crise pointe son vilain nez ;

  • Quand une crise se produit, on se précipite à féliciter ceux qui ont mis en garde contre elle et à lapider ceux qui n’y croyaient que très mollement. Quand il ne s’en produit pas, on ne se précipite pas à lapider ceux qui en avaient prévu une, et on trouve toujours à redire aux conseils de ceux qui en avaient donné de bons pas assez excellents toutefois. Voilà pourquoi il y a beaucoup de Cassandre. Nul ne peut prédire quand la prochaine crise se produira, mais s’il faut être conscient du risque et s’en protéger, il est aussi certain que ceux qui passeront leur vie recroquevillés en enserrant leur cassette seront perdants, eux, dans tous les cas de figure.

  • Les crises sont endogènes au système car elles sont éminemment désirables. Il est en effet désirable que les mauvais investissements soient sanctionnés par la faillite. A défaut, les bons investissements ne peuvent exister.

    La dette publique est l’exemple le plus criant de mauvais investissement. Il est nécessaire au bon équilibre économique général, pour ainsi dire conforme à la morale bien comprise, que ceux qui prêtent aux Etats soient sanctionnés par des pertes majeures, voire par la faillite.

    Par nature improductif, un Etat ne doit jamais pouvoir s’endetter. Cette loi de l’économie échappe visiblement à nos banquiers centraux. Avec leurs politiques prétendument non conventionnelles (en réalité, ces politiques de financement de l’endettement public par inflation des actifs sont tout à fait banales), ces derniers ont en effet renoncé à servir de prêteur en dernier ressort pour faire fonction de financiers des Etats. Les banquiers centraux et les Etats qu’ils financent indûment par l’intermédiaire des banques abondées sans limite sont les principaux coupables de la prochaine crise.

    La fin de la plupart des crises économiques qui ont agrémenté l’histoire humaine viendra avec l’interdiction définitive de la dette publique. Evidemment, cette mesure s’accompagnera de la disparition des banques centrales, préalable à la mise en concurrence de la monnaie. Une banque, une monnaie. A chaque banque sa monnaie.

    • @ Cavaignac
      Bon vous aboutissez à votre conclusion impraticable: « Une banque, une monnaie. A chaque banque sa monnaie. » C’est la fin du libre échange.

      Il est important de dire que M.Draghi a pour conseillers, entre autres, le responsable de la banque centrale de chaque pays, dans la zone € et en dehors. Il est important de relever qu’on ne peut accuser « Bruxelles » ou « l’Euope » (M. Draghi et la BCE, indépendants, sont à Frankfurt !) de décisions auxquelles a participé son gouverneur de la banque de France, Fr.Villeroy de Galhau!

      Mais franchement, qui a intérêt à une bourse immobile? Certainement pas des spéculateurs qui ne peuvent gagner que des mouvements, hausse ou baisse d’un titre et certains, parmi eux, sont capables de créer ces mouvements, par ventes ou achats, fake news ou influences!
      Le « bon père de famille » ne peut conserver son calme qu’en ne jouant pas et en conservant des valeurs solides et pérennes, suffisamment longtemps.

      Pour le reste, oui, les pays d’Union Européenne renouent avec la croissance, malgré les pays « du sud », dont la France (taux de croissance 2017 prévu dans mon pays: 4,3% de PIB mais les conditions ne sont pas les mêmes – densité de population.)

  • le déficit de la France a une grande part, fait par les politiques …pour des raisons électorales !!
    ils veulent garder le pouvoir le plus longtemps possible…
    ex: ils n’aurons plus le droit à plus de 3 mandats successifs députés. ..
    mais ils pourront se présenter à 3 mandats européens. ..
    Et ensuite se présenter à 3 mandats de sénateurs. …

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