Ô vous, soeurs humaines, de Mélanie Chappuis

Dans Ô vous, soeurs humaines, c’est de l’amour de la prochaine qu’il est question.

Par Francis Richard

Le livre emprunte son titre à celui du livre d’Albert Cohen, Ô vous, frères humains. Ou plutôt, non, il ne l’emprunte pas, il le décline au féminin. Ce qu’il lui emprunte, par contre, c’est une brève citation, mise en épigraphe, sur une expression biblique : « Je cherche l’amour du prochain, dites, sauriez-vous où est l’amour du prochain ? »

En l’occurrence, dans Ô vous, soeurs humaines, c’est de l’amour de la prochaine qu’il est question, amour qui peut prendre la forme de l’amitié ou celle de l’amour tout court, entre prochaines, mais aussi celle de l’amour que l’auteur a pour ses créatures féminines (inspirées de la vraie vie), qualités et défauts compris.

Ce livre est un recueil de courts récits, mettant en scène des prochaines de tous horizons, de toutes cultures, de toutes conditions et, peut-être même, de tous temps. Elles se parlent. Elles se pensent. La lectrice (ou le lecteur) entre dans leur confidence, ses propres réminiscences la traduisant en signes de reconnaissance.

Mélanie Chappuis a répertorié ses nouvelles en qualités au sens large, c’est-à-dire en manières d’être qu’ont ces soeurs humaines les unes avec les autres, qualités qui ne sont pas forcément exclusives les unes des autres et qui d’ailleurs riment entre elles: rivalités, solidarités, dualités, complicités, fidélités et vanités…

La brièveté des textes a pour corollaire leur efficacité. L’auteur, en effet, dit en peu de mots beaucoup de choses. Quelques exemples, pris hors contexte, extraits de chaque partie du recueil, peuvent en donner un aperçu et mettre en appétence celle (ou celui) pour qui rien d’humaine (ni d’humain) n’est étranger:

Rivalités : « La légitime est alitée, cloîtrée dans sa chambre, elle n’est plus que mère et future mère. C’est elle maintenant, la femme, la favorite du roi, bien mieux que l’officielle. »

Solidarités : « Maintenant que cette femme veille sur elle, elle peut recommencer à aimer ses petits. Elle prie pour recevoir encore, juste ce qu’il faut pour continuer à donner. »

Dualités : « Pauline arrive, sublime comme toujours. Pourvu que Karim ne tombe pas sous le charme. Tiens, Pauline n’a pas l’air d’apprécier qu’elle soit en train de discuter avec Romain. Elle a bien fait de la mettre, cette robe, finalement. »

Complicités : « A mesure que le fard densifie ses paupières, elle sent le regard de sa fille changer, allant du soulagement à l’éblouissement. […] L’enfant lui prend la main, lui murmure qu’elle est jolie, même sans maquillage. Mais surtout avec. »

Fidélités : « Qu’il est bon d’avoir un ennemi commun pour se rapprocher, resserrer les liens ! Mona et Lisa s’aiment bien, bien plus que quand elles le devaient, et leurs mères, unies dans l’adversité, sont plus que jamais soudées par l’ingratitude de ces enfants qu’elles ont pourtant tellement gâtées. »

Vanités : « Elle aimerait ne pas craindre la mort. […] Se convaincre qu’il ne s’agit que d’un passage. Penser que sa famille l’attendra à la sortie du tunnel, dans la lumière blanche. Touchée par la foi, à son âge, quel opportunisme. Tant pis. Dieu lui pardonnera. »

Ô vous, soeurs humaines, de Mélanie Chappuis, 128 pages Slatkine et Cie (sortie le 24 août 2017)

Sur le Web.