En quoi le bitcoin nous est-il utile ?

Deux économistes de l’école autrichienne, spécialistes de l’or, se penchent sur le bitcoin et autres cybermonnaies et indiquent en quoi ces « monnaies » sont utiles.

Par Nicolas Perrin. 

« L’or, c’est le bitcoin sans l’électricité. » Charlie Morris, directeur des investissements du groupe britannique Newscape Capital.

Cette formulation n’est-elle pas trop simpliste pour être juste ? Quelles caractéristiques permettent de mettre le bitcoin sur le même plan que l’or ?

Un concept cher à Ronald Stoferle est celui du ratio stock/flux, notion que je décris dans mon livre. Le ratio stock/flux élevé distingue le métal jaune de l’ensemble des autres matières premières.

En 2012, alors qu’il était d’environ 61 pour l’or (c’est-à-dire que le stock mondial d’or correspondait à environ 61 années de production), il n’était approximativement que de 0,06 pour le cuivre qui est produit et consommé à flux tendu (c’est-à-dire que le stock mondial de cuivre équivalait à environ 3,5 semaines de production). L’argent affiche quant à lui un ratio stock/flux qui avoisine les 1,7.

Compte tenu de l’importance de son stock en comparaison de ses flux, l’or est beaucoup moins sensible aux évolutions de l’offre et de la demande que ne le sont les autres matières premières.

Aujourd’hui, le ratio stock/flux de l’or est de 64 alors que celui du bitcoin est de 25. Par conséquent, « non seulement le bitcoin est rare mais le stock existant est relativement constant dans le temps, ce qui suscite la confiance en cette monnaie », écrivent Stoferle et Valek.

Le ratio stock/flux du bitcoin est néanmoins intrinsèquement voué à augmenter dans le temps du fait des halving. Tous les quatre ans, le nombre de bitcoins minés est divisé par deux. Ainsi, en 2020, le stock mondial de bitcoins correspondra non plus à 25 mais à 56 années de production, puis à environ 119 années de production en 2024.

L’inverse du ratio stock/flux est le taux d’inflation. Aujourd’hui, du fait du minage, l’inflation annuelle sur le bitcoin est de 1/25, soit 4%. Ce taux ne sera plus que de 0,84% en 2024. Je ne saurais dire quel sera le taux d’inflation annuelle de l’euro ou du dollar à cette date, mais je suis assez persuadé qu’il ne se décidera pas derrière la virgule…

Ainsi, l’or et le bitcoin ont pour point commun un « taux d’inflation régulier et faible ». Ils doivent cette caractéristique au fait que « les décisions concernant la production et le contrôle de l’offre de monnaie ne sont pas laissées aux mains d’humains faillibles. Le bitcoin transfère la responsabilité des humains aux ordinateurs, alors que l’or dépend de la nature. » C’est ce qui fait dire à l’entrepreneur et investisseur américain Chris Dixon qu’« il y a eu trois ères monétaires : celle basée sur les matières premières, celle basée sur le politique et, aujourd’hui, celle qui repose sur les mathématiques ».

Les différences entre le bitcoin et l’or

L’or et le bitcoin sont cependant bien différents – en termes de capitalisation boursière, tout d’abord. Même si la valeur du bitcoin a énormément augmenté depuis sa création, sa capitalisation ne représente encore que 0,5% de la capitalisation de l’or ; la capitalisation du bitcoin représente elle-même un peu moins de 50% de celle du marché des cryptodevises.

Les avantages du bitcoin sur l’or sont assez évidents :

  • Rapidité d’exécution des transactions et nombre croissant de possibilités d’utilisation (là où je doute qu’on soit près de voir un Youtuber relever un défi sur le mode « j’ai vécu 30 jours en réglant toutes mes dépenses en or ») ;
  • Faibles coûts de transferts (alors que transfert d’or physique engendre des coûts considérables) ;
  • Faibles coûts de stockage.

J’évoquerai trois des quatre inconvénients du bitcoin sur l’or relevés dans le rapport :

  • Risque que le bitcoin se fasse dépasser en valeur par d’autres cryptodevises (on a encore très peu de recul, mais la dernière correction a été pour le bitcoin l’occasion de reprendre du terrain sur ses concurrents) ;
  • Risque d’un changement de régulation étatique (même si certains États commencent à considérer qu’il serait préférable de réguler le bitcoin pour mieux le contrôler, plutôt que l’interdire) ;
  • Dépendance à internet, à l’électricité et au matériel informatique physique (cf. la citation de Charlie Morris).

Pour vous : 10 fois moins de bitcoin que d’or

Quel pourcentage de bitcoin est-il raisonnable d’intégrer à un portefeuille ? Voici le conseil de Stoferle et Valek : « un nombre croissant d’articles de recherche académiques indiquent qu’un portefeuille devrait être diversifié jusqu’à 2% à 4% en bitcoins, quand l’or peut faire l’objet d’une allocation se montant jusqu’à 20% ».

Soit, mais comment investir sur ce secteur quand on est on est encore novice ? – vous demandez-vous peut-être. La meilleure solution pour gérer son patrimoine est toujours de se former.

Sachez aussi que Stoferle et Valek annoncent que leur fonds Incrementum va lui-même investir dans les cryptomonnaies.

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici